Mausolées, palais, murailles, forteresses, cimetières, mosquées. Les médinas des Sultanats historiques des Comores proposent un legs à préserver à tout prix
Domoni, la ville millénaire
Les études anthropologiques, historiques, cartographiques, juridiques et architecturales menées par les experts nationaux et internationaux sur les médinas des Sultanats historiques des Comores laissent découvrir des similitudes d’une richesse porteuse de développement touristique et économique. Ruelles étroites, palais, mosquées, zawiyas, murailles, forteresses et cimetières, parfois millénaires.
Située sur la côte orientale de Ndzuani, la ville millénaire de Domoni fut la toute première à être influencée par le sultanat venu de la région de Chiraz, en Iran. Les sultans qui régnaient aux Comores dans les cités-états transformés en médinas à partir du XVè siècle, font construire de nombreux palais avec des portes monumentales, des mosquées, des fortifications et des tombes pyramidales ou dites en “ailes”. Ainsi, Domoni reste, aujourd’hui encore, une ville symbolique, capitale culturelle, traditionnelle et moderne avec, notamment, ses trois palais que sont “Ujumbe”, “Twayifa” et “Pangani”.
Le “Ujumbe” est, à l’heure actuelle, le seul des trois qui semble avoir, le mieux, résisté au temps. Il reste, tout comme tant d’autre palais de la place, du domaine privé.
Construit en 1274 par Fani Onthman Ibn Affane, le palais “Pangani”, également propriété privée, offre une architecture d’une grande beauté “royale”. Par rapport aux legs religieux, la ville de Domoni proposent différents monuments, notamment, la mosquée chirazienne des XIVè et XVè siècle. Selon l’historien et anthropologue, Damir Ben, au XVIIè siècle, les villes avaient déjà pris la physionomie des médinas actuelles avec des ruelles étroites et, par endroit, des remparts.
Itsandraya, un écrin du patrimoine comorien
La médina d’Istandraya n’a pas fait exception. Vers la fin XVIIIè-début XIXè siècle – correspondant à l’époque des razzias malgaches sur les côtes comoriennes – sultan Fumnau wa Kori, Ntibe de Ngazidja, a fait construire le palais “Gerezani” avec une seule entrée “pour ne laisser aucune issue aux envahisseurs”.
Ce chef-d’œuvre est, aujourd’hui, le symbole vivant de la résistance contre les pirates malgaches. Construit en hauteur pour pouvoir prévenir les razzias auxquels les Comores ont dû affronter durant de longues années, le palais “Gerezani” compte deux tours de vigie qui donnent sur la mer et sur une partie de la médina, deux prisons situées de part et d’autre de la chambre du sultan, deux couloirs et une salle de conseil.
Sa grande plage blanche et sa proximité avec la capitale, la ville d’Itsandraya et sa médina aux milles couleurs peuvent, en effet, attirer de nombreux touristes.
La cité a connu de nombreuses influences swahili, arabe, et, plus tard, européenne. Ce mélange a donné naissance à une diversité culturelle qui a laissé ses empruntes sur les palais, les places publiques, les maisons princières, les cimetières ou encore le “Gereza” datant du XVIIè siècle. Cette médina abrite, en outre, le mausolée du célèbre érudit, Al Habib Omar Bin Soumeit, originaire d’Itsandraya et du Hadramawt au Yémen, mort en 1976. Il y a des visages qu’on oublie mais peut-être pas celui de Al Habib Omar devenu un des éléments constitutifs du billet de banque de 10.000 franc comoriens.
Itsandraya propose, également, le Cimetière Mkufundi ou encore le cimetière Fesse Al-Amine. “Le tourisme culturel devrait contribuer à initier et à développer des actions de protection et de promotion du patrimoine culturel local, ainsi que des activités génératrices de revenus. Il permettra à la population rurale et urbaine, notamment à leurs préfectures et mairies, de mobiliser leurs ressources culturelles de façon durable et efficace pour répondre aux besoins de développement social, culturel, et économique de l’archipel”, rappelait un des experts nationaux impliqués dans la préparation du dossier, Dr Oulédi Ahmed.
Médina de Moroni, mémoire vivante des Sultanats historiques
Construite au XIVè siècle, la ville de Moroni abrite un des médinas les plus attractifs des Comores. On y trouve encore des palais toujours habités par les descendants de familles royales, des mosquées, des zawiyas, des cimetières, des ruelles étroites comme on en trouve dans la majorité des médinas comoriennes ou encore des restes des remparts qui avaient été érigés pour faire face aux incursions des razzias malgaches. Moroni, “Undroni”, de son nom d’origine, qui signifie “là où il fait bon vivre”, a été construit, selon l’anthropologue Damir Ben Ali, par des populations qui seraient venues du sud-est de l’île de Ngazidja, au XIVè siècle.
Cette ville portuaire située entre 0 et 5 m d’altitude par rapport au niveau de la mer, offre une architecture semblable à celle de l’Afrique de l’Est. Ici, plusieurs demeures gardent, cependant, toujours leurs belles portes en bois sculptées à l’ancienne et les dalles de plaques de lave reliées au mortier de chaux, posées sur des poutrelles en bois décorées.
La médina de Moroni abrite, également, trois palais. Le “Dhwahira” construit en 1893 pour le sultan Saïd Ali, le “Msirintsini”, résidence du sultan Saïd Ali et de sa famille et “Shashanyongo” datant de la fin du XIXè siècle. Ce dernier, conserve encore une grande partie de sa structure originelle partiellement restaurée. “Son architecture présente une version tardive des éléments typiques des palais swahilis, avec des plafonds et des portes décorées en bois. Le palais est encore habité par un descendant du sultan”. Comme le veut la tradition matriarcale des Comores, ces vestiges appartenaient aux princesses, Bibi Anziza, femme de Msa Fumu, Mwana Mkuu et Mwana Sittina, épouses du sultan Saïd Ali.
Comme pour la totalité des localités comoriennes, la médina de Moroni regorge d’édifices religieux, notamment une dizaine de mosquée. La Mosquée du vendredi (“Msihiri wa djumwa” en Shikomori) plus communément appelée “Djumwa aswili” est, sans doute, de tout point de vue, le plus caractéristique de ces édifices. Construite à côté de la célèbre Place de Badjanani et dont le “mih’rab” (prêchoir) porte la date de 880H/14/26, elle a subi certaines modifications et des additions par adjonction de salles accolées, souvent avec grande habileté et en recourant, pour ce qui est du toit, à de matériaux et des techniques de construction à l’ancienne, tel que les “boroti”.
Les résultats témoignent du savoir-faire des artisans de l’époque où ont été menés ces travaux d’agrandissement ou encore de conservation et de restauration. “Construite au XIVè siècle, l’ancienne Mosquée du Vendredi de Moroni est un chef d’œuvre de la religion musulmane aux Comores. Cette mosquée symbolise la piété et la dévotion des croyants musulmans. Elle représente la fierté de la médina de Moroni et de l’ensemble du pays. Elle est pour l’ensemble des Comoriens ce que “Notre Dame de Paris” est pour les Français”, devait résumer, à son propos, l’expert national, Mohamed Mboreha Selemane.
Ntsudjini Ngome (Ntsudjini «les remparts»)
Ntsudjini, où coexistaient douze “clans”, est bâti au XIVè siècle. C’est pour la défendre qu’ont été construits les remparts (Ngome) bien conservé jusqu’à nos jours, tout comme les tours de guet et les fameuses portes historiques. Parmi ces sept portes bien conservées, on trouve notamment le “Goba Djufudu”, le “Goba maleni” et le “Goba Trandzikowa”.
“De toutes ces villes murées comoriennes, seul les remparts de la ville de Ntsudjini possède sept différentes portes dont chacune a un rôle bien spécifique. La plus importante d’entre elles est celle dite “Goba la salama” par laquelle passaient les guerriers. Au bas de cette porte, est inscrit un “Wafaku”, une écriture magico-religieuse censée protéger les guerriers”, explique l’expert national, Dr Bourhane Abderemane.
A l’instar de la ville d’Itsandraya et Ikoni entre autres, la médina de Ntsudjini est un symbole de la résistance contre les razzias malgaches : “En somme, Ntsudjini est bien plus qu’une ville ordinaire. Elle est un carrefour civilisationnel, plein d’histoire, possédant une architecture qui raconte le passage des différents groupes qui ont eu à la peupler. Il suffit de jeter un coup d’œil à la mosaïque du peuplement de Ntsudjini pour comprendre que son anthropologie physique témoigne de tous ces différents groupes. Tous ces éléments distinctifs son architecture, ses traditions vivantes et son potentiel touristique, notamment, font de Ntsudjini une perle précieuse de l’archipel des Comores”, estime Mboreha Selemane dans son rapport sur la préparation du dossier comorien.
Médina de Mtsamdu
La médina de Mtsamdu ya Ndzuani, à l’instar des cinq autres médinas officiellement inscrites au patrimoine mondial, propose une histoire riche et des potentialités touristiques remarquables. A l’heure actuelle, la “Citadelle de Mtsamdu” demeure le monument le plus visité de cette cité maritime du XIVè siècle. Construite de 1782 à 1789 sur la colline de “Sineju” par le sultan Abdallah 1er, cette forteresse militaire à vocation défensive est, aujourd’hui encore, le symbole de la résistance contre les razzias. De plus, cette médina renferme un ensemble de bâtiments d’habitation et de commerce, palais, tombeaux de personnages emblématiques du monde religieux et politique, ainsi que de lieux de culte.
Ces édifices ont subi quelques modifications depuis leur construction à partir du XIVème siècle. Toutefois, le palais “Ujumbe” garde son authenticité avec une architecture qui plonge le visiteur dans l’ère de ces sultans qui ont marqué une grande partie de l’histoire des Comores. Le palais “Ujumbe” est, également, un lieu historique qui a vu la signature de plusieurs traités, notamment le décret de l’abolition de l’esclavage en 1882, ou encore l’accord de protectorat par la France en 1887. Ce palais a perdu son statut en 1909 avec le décès du dernier prince, le petit-fils d’Abdallah 1er, Saïd Omar dit Sidi.
“La médina de Mtsamdu, tout comme les autres, est connue pour ses richesses historiques. Elle est également célèbre pour son aspect social, la convivialité des gens, les sourires permanents. Sur place, on ne se sent jamais étranger. La spécificité de cette médina est, par ailleurs, dans la fraicheur, de bon matin, de ses ruelles étroites. Sans compter la sécurité qui est un point important pour les touristes”, apprécie l’expert national, Missoubahouddine Ben Ahmed.
Ikoni, la médina qui a défié les razzias
Pour sa part, la ville d’Ikoni reste l’une des villes ancestrales du XIIè siècle et fut, pendant longtemps, la capitale de l’île de Ngazidja. On y trouve encore les ruines du palais des sultans de Bambao qui y ont habité entre le XVIè et le XIXè siècle. Construit à quelques mètres de la mer, ce joyau attire l’œil par son architecture qui a fait s’entremêler savoir-faire locaux et portugais. Par cette architecture, le palais “Kapviridjewe” se distingue d’ailleurs des autres palais des médinas des Sultanats historiques des Comores.
Au sommet de la colline se dressent encore les murs d’enceinte où se retranchaient les habitants aux moments des guerres. Contrairement aux autres médinas, celle d’Ikoni a construit ses remparts sur la colline pour y faire abriter les femmes, les enfants et les habitants les plus âgés. Les guerriers, pour leur part, restaient dehors avec les falaises qui pouvaient leur servir de véritable bouclierEn plus des palais et mausolées, la ville regorge de places publiques bordées de portes monumentales aux décorations saisissantes. La plus célèbre est la place dite “Bishioni” qui a marqué et continue d’influencer la vie de la cité et de ses habitants.


