Le ministre premier en charge de l’Energie, de l’Eau et des Hydrocarbures explique, dans cette interview, le travail technique mené ayant abouti à la nouvelle tarification des produits pétroliers. Dr Aboubacar Said Anli clarifie les choix du gouvernement consistant à réajuster les prix, seule alternative pour garantir la sécurité des approvionnements des produits pétroliers dans le pays. Le ministre souligne que même avec ces nouveaux prix, les coûts de revient au niveau de la Sch demeurent encore élevés mais que l’Etat a décidé de prendre en charge une partie de ces surcoûts financiers pour limiter l’impact sur les consommateurs.
 
Vous venez de procéder à la hausse des prix des produits pétroliers. Comment justifiez-vous une telle mesure ?
 
La réponse à cette question repose sur plusieurs facteurs : la hausse du fret,  l’augmentation des coûts d’assurance, la hausse du transport maritime liée à la fermeture du détroit d’Ormuz, le coût de l’armateur, et le prix du produit de base. Face à ces contraintes, le gouvernement a retenu l’option la moins pénalisante pour les consommateurs, tout en garantissant l’approvisionnement des îles. Ce choix implique néanmoins un manque à gagner de plus de trois milliards de francs par cargaison, que l’État prendra en charge. Il s’agit d’une décision difficile mais indispensable pour préserver la stabilité économique et assurer la disponibilité des produits.
 
À la lecture des chiffres, on se rend compte que le relèvement des prix est assez important et varie, selon le produit, entre 30 et 45%.  Sur quelle base de calcul avez-vous fondé ces chiffres ?
 
Le gouvernement a procédé à des ajustements des prix des produits pétroliers en tenant compte de plusieurs facteurs : hausse des prix internationaux du pétrole, augmentation des coûts de transport et d’assurance, charges financières liées aux importations, frais d’exploitation et de stockage, ainsi que les pertes dues à la vente de certains produits en dessous de leur coût réel. A rappeler que la différence du prix entre les produits est justifiée par la taxe Diesel. 
 
Et qu’en est-il des simulations financières établies ?
 
Les simulations montrent que les prix de vente actuels sont inférieurs aux coûts de revient. Certains produits stratégiques, comme le pétrole lampant et le gasoil pour la production électrique, étaient fortement subventionnés. Les nouveaux tarifs visent à garantir la continuité de l’approvisionnement mais surtout éviter une dégradation financière de la Société comorienne des Hydrocarbures (Shh) et des finances publiques. Toutefois, l’État continue de prendre en charge une partie des coûts pour limiter l’impact social sur les consommateurs.
 
Le prix du gasoil à la Sonelec passe de 315 à 380 francs. Faut-il craindre une hausse du prix du kilowattheure ou la société maintiendra toujours son prix actuel ?
 
Il n’y a pas lieu de craindre une hausse du prix du kilowattheure ni du mètre cube d’eau. Même si le prix du gasoil utilisé par la Sonelec et la Sonede passe de 315 à 380 francs, le tarif de l’électricité et de l’eau restera inchangé pour les consommateurs. La différence de coût sera absorbée par l’État, qui versera une subvention à la Sch et à la Sonede, afin de compenser cette augmentation. C’est une mesure de protection sociale et économique qui garantit la stabilité des tarifs pour les ménages et les entreprises, malgré la hausse des coûts de production.
 
Que répondez-vous à ceux qui disent que le prix du baril était relativement bas pendant une longue période alors que l’entreprise a toujours maintenu ses prix. 
Vous savez, le prix du baril est effectivement resté relativement bas pendant une certaine période. Mais il est important de rappeler que le prix de nos produits ne dépend pas uniquement du cours du brut. Il y a tout un ensemble de coûts liés au raffinage, au transport, au stockage et à la distribution qui pèsent sur le prix final. Ensuite, nous avons fait le choix de maintenir une certaine stabilité tarifaire. Cela permet d’éviter que les consommateurs subissent de plein fouet les fluctuations parfois brutales du marché international. Quand le baril remonte, nos clients ne voient pas immédiatement une hausse soudaine à la pompe. Il faut aussi tenir compte des taxes et charges locales, qui influencent directement le prix. Enfin, cette politique de prix constant nous a permis de garantir la pérennité de l’entreprise, d’investir dans nos infrastructures et d’assurer la sécurité énergétique du pays.
 
Le gouvernement n’avait-il pas d’autres alternatives à explorer pour éviter une hausse en cascade des prix dans les autres secteurs d’activités ?
 
Avant de prendre une décision, le gouvernement a exploré plusieurs alternatives : mobilisation et renforcement des lignes de crédit extérieures pour sécuriser l’approvisionnement, maintien de subventions implicites pendant plusieurs mois absorption partielle des surcoûts budgétaires malgré un contexte fiscal difficile, ouverture de discussions avec les partenaires techniques et financiers et enfin une étude de mécanismes temporaires de compensation fiscale. Cependant, prolonger artificiellement des prix bas comportait de graves risques. 
On citera notamment une rupture d’approvisionnement en carburant, une aggravation du déficit budgétaire, une accumulation d’arriérés, une fragilisation de la Société des Hydrocarbures, et surtout une menace sur la production d’électricité ainsi que sur les transports. En somme, l’inaction aurait probablement conduit à une crise énergétique et économique encore plus sévère.
 
Si la situation se stabilise dans le marché international et que le prix du baril retrouve son niveau d’avant-guerre, allez-vous réviser ces prix à la baisse ?
Oui, si la situation sur le marché international se stabilise et que le prix du baril retrouve son niveau d’avant-guerre, tout en espérant que le trafic maritime revienne à la normale, nous procéderons à une révision à la baisse de nos tarifs. Notre politique des prix est directement liée aux coûts des approvisionnements, et nous nous engageons à répercuter toute amélioration des conditions sur nos clients.
 
Il est question de disposer d’un stock de sécurité pour garantir une autonomie énergétique. Où en est-on de ce projet et comment faire pour réduire le coût des approvisionnements en produits pétroliers dans le pays ?
 
Dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques, des perturbations logistiques et une forte volatilité des prix, le Gouvernement place la sécurité énergétique nationale au cœur de sa stratégie. Un programme visant à accroître les capacités de stockage des hydrocarbures est en cours de mise en œuvre, aussi bien dans les trois îles qu’à Hahaya.
 
Son objectif est de renforcer l’autonomie énergétique, sécuriser les réserves stratégiques, réduire la vulnérabilité face aux chocs extérieurs, optimiser la planification des approvisionnements et prévenir les risques de pénurie. Compte tenu de sa position stratégique, Hahaya sera équipé d’infrastructures modernes capables de répondre durablement aux besoins du pays. Parallèlement, une politique de transition énergétique vise à réduire progressivement la dépendance aux énergies fossiles.
 
Des investissements importants favorisent le développement des énergies renouvelables, notamment le solaire, dont la part dans le mix énergétique national ne cesse de croître. Cette orientation contribue à limiter l’impact des fluctuations internationales des prix des hydrocarbures, à réduire les coûts de production de l’électricité et à soutenir les engagements environnementaux des Comores.