Le plan national de gestion des déchets médicaux (Pngdm) 2025-2029 est en phase de vulgarisation. Dans cette interview exclusive accordée à Al-watwan, l’experte en déchets chimiques et médicaux, Mariama Chabani, explique les risques (piqûres, infections, contamination), les bons gestes à adopter par les ménages (aiguilles, poches de sérum, médicaments périmés) et les faiblesses du dispositif national de collecte. Elle souligne ainsi que le problème des déchets chimiques et médicaux produits à domicile est autant logistique et institutionnel que technique
Quels déchets issus des soins à domicile peuvent être considérés comme des déchets médicaux ou des déchets à risque ?
Le plan national classe notamment parmi les déchets médicaux à risque les déchets piquants ou tranchants, les déchets infectieux et les déchets spéciaux, notamment pharmaceutiques et toxiques. Le plan cite explicitement parmi les déchets couramment rencontrés les seringues, aiguilles, flacons et ampoules injectables, ainsi que les compresses et autres matériels de soins. Dans le document plus récent de planification des déchets de santé aux Comores, la classification est encore plus explicite. Par exemple, une poche de sérum usagée doit être appréciée selon son contenu et son état : une poche vide, propre et non contaminée n’est pas forcément aussi dangereuse qu’une aiguille ou qu’un matériel souillé par le sang. En revanche, si elle contient encore un produit médicamenteux ou contaminée, elle doit être considérée avec davantage de précaution.
Quels sont les déchets qui présentent les risques les plus importants ?
Le danger le plus immédiat pour les familles, les agents de collecte et les personnes qui fouillent les déchets vient généralement des aiguilles, seringues et autres objets piquants ou tranchants contaminés. Ils peuvent provoquer des blessures et exposer à des agents infectieux. Le plan national souligne notamment le risque de transmission de l’hépatite B, de l’hépatite C et du Vih en cas de blessure avec une aiguille contaminée. On peut donc retenir trois grands niveaux de risque. Le premier est lié aux aiguilles et seringues usagées, qui entraînent un risque de piqûre et d’exposition au sang. Le deuxième concerne les déchets infectieux, représentés par les compresses, pansements ou matériels souillés par du sang ou des liquides biologiques. Enfin, le troisième niveau regroupe les médicaments et produits chimiques, associés aux risques d’intoxication, d’exposition chimique et de pollution de l’environnement.
Que faire d’une seringue, d’une aiguille ou d’une poche de sérum usagée à domicile ?
Il ne faut surtout pas mettre une aiguille ou une seringue directement dans le sac-poubelle. Il ne faut pas non plus les laisser traîner, les jeter dans la nature ou la remettre directement à un agent de collecte sans protection. Le principe de sécurité repose sur des règles simples : il convient de ne pas manipuler inutilement l’aiguille, tout comme il ne faut pas la casser, la tordre ou tenter de la récupérer. Elle doit être placée immédiatement dans un récipient rigide, solide, résistant à la perforation et fermé.
Ce récipient doit être conservé hors de portée des enfants, puis remis à une structure de santé ou à un point de collecte officiellement désigné. Il faut demander préalable la structure habilitée pour les déchets de soins produits à domicile. Il faut cependant apporter une précision importante. Le Pngdm 2025-2029 ne décrit pas un dispositif national clairement opérationnel de collecte porte-à-porte des déchets de soins produits par les ménages. Il prévoit l’implication des communautés et des usagers dans la récupération des déchets médicaux, mais son organisation détaillée est principalement centrée sur les établissements de santé.
Que doivent faire les ménages avec les médicaments périmés ou inutilisés ?
Ils ne doivent pas être jetés dans les toilettes, les éviers, les cours, les ravins ou la nature. Le Pngdm considère explicitement les médicaments non utilisés, périmés ou avariés comme des déchets médicamenteux. Le principe à privilégier est de les conserver séparément et de les remettre à une pharmacie, une structure de santé ou un dispositif officiel de récupération, lorsqu’un tel point existe. Aux Comores, cette question fait actuellement l’objet d’un renforcement institutionnel. En septembre 2025, l’Agence nationale des médicaments et des évacuations sanitaires (Anamev) a organisé la validation d’un Guide national sur la destruction des médicaments périmés et avariés, précisément pour améliorer leur gestion et limiter les risques sanitaires et environnementaux.
Le Pngdm 2025-2029 prévoit-il un mécanisme spécifique pour les déchets médicaux produits dans les foyers ?
C’est un point important à souligner. Le plan reconnaît la nécessité d’impliquer la communauté et les usagers dans la récupération des déchets médicaux et prévoit des campagnes de sensibilisation. Mais le dispositif décrit dans le détail concerne surtout les formations sanitaires : tri, conditionnement, collecte, transport, stockage et élimination au sein du système de soins. Chaque établissement doit disposer d’un plan de gestion et d’un responsable des déchets. Autrement dit, il existait une orientation vers la participation de la communauté, mais pas, dans ce Pngdm. Cette lacune est particulièrement importante pour les personnes recevant des injections, des perfusions ou d’autres soins à domicile. Les développements récents vont dans le sens d’un renforcement du système national. Des équipements de pré-collecte et de collecte des déchets biomédicaux font actuellement l’objet d’acquisitions publiques.
Une fois les déchets remis à une structure de collecte, que deviennent-ils ?
Le principe prévu par le système de gestion est une chaîne comprenant plusieurs étapes. Les déchets sont séparés à la source selon leur nature : déchets généraux, piquants ou tranchants, infectieux, pharmaceutiques, chimiques, etc. Ensuite vient l’étape de conditionnement. Les déchets dangereux sont placés dans des contenants adaptés. Les objets piquants et tranchants doivent notamment être placés dans des récipients résistants à la perforation. Vient après la phase de collecte et de transport.
Les déchets sont retirés et transportés dans des conditions permettant de protéger les agents, les patients et la population. Par la suite, c’est l’étape de stockage temporaire sécurisé. Avant traitement, les déchets sont conservés dans une zone appropriée. La suite, c’est le traitement. Selon leur nature et les équipements disponibles, le traitement peut notamment faire appel à l’incinération ou à des procédés de traitement appropriés des déchets infectieux. Le Pngdm prévoyait notamment des équipements adaptés aux différents établissements et des installations de traitement.
Après traitement, les résidus sont éliminés selon la filière appropriée. L’Oms recommande, lorsque cela est techniquement possible, de privilégier pour certains déchets dangereux des méthodes telles que l’autoclavage, le traitement à la vapeur ou d’autres procédés appropriés plutôt que l’incinération inadéquate. Le brûlage à basse température peut en effet générer des polluants comme les dioxines et les furannes. Il faut toutefois éviter de présenter cette chaîne comme totalement opérationnelle partout aux Comores. Les documents récents signalent encore des insuffisances de tri, de collecte et de capacités de traitement.
Quels sont les risques entraînés par les médicaments périmés jetés avec les ordures ou dans la nature ?
Il existe plusieurs risques liés aux médicaments. Pour la santé humaine, ils peuvent notamment entraîner une ingestion accidentelle par un enfant, la réutilisation d’un médicament périmé ou abandonné, l’automédication ou encore l’exposition de personnes qui récupèrent les déchets. Pour l’environnement, ces déchets peuvent contribuer à la contamination des sols, des eaux de surface et des eaux souterraines. Ils peuvent également exposer les organismes aquatiques aux substances pharmaceutiques. Les médicaments sont conçus pour agir biologiquement. Certaines molécules peuvent donc avoir des effets sur les organismes aquatiques lorsqu’elles atteignent les milieux naturels. Les traitements des eaux usées ne permettent pas nécessairement d’éliminer toutes les substances pharmaceutiques. Il existe également une préoccupation concernant la résistance aux antimicrobiens lorsque des substances antibiotiques atteignent l’environnement.
Quelles sont les principales difficultés pour mettre en place un circuit national de collecte et de traitement à domicile ?
Aux Comores, plusieurs difficultés concernent notamment l’absence historique d’un cadre réglementaire suffisamment précis pour couvrir toutes les étapes de leur gestion, l’insuffisance du tri à la source ainsi que le manque ou l’insuffisance d’équipements de collecte et de traitement. Les capacités de traitement restent également limitées, avec des difficultés liées à la maintenance des équipements. À cela s’ajoutent l’insuffisance de la formation et de la sensibilisation, ainsi que les difficultés à organiser la collecte dans les villages et les zones éloignées. Il existe aussi, historiquement, un manque de clarté concernant le circuit à suivre pour les déchets produits directement par les ménages.
Enfin, la question du financement durable du système constitue également une difficulté à prendre en compte. Le diagnostic réalisé en 2026 confirme notamment que le tri à la source, les capacités de traitement et la gestion des déchets infectieux restent des défis importants. Le problème est donc autant logistique et institutionnel que technique : même si l’on donne un récipient adapté à une famille, il faut ensuite avoir un point de dépôt, un système de transport sécurisé et une installation capable de traiter correctement le déchet.
Une famille possède actuellement une seringue, une poche de sérum et des médicaments périmés : que doit-elle faire concrètement ?
Voici la conduite la plus prudente en attendant un dispositif national de collecte à domicile clairement accessible. Pour les seringue ou aiguille, il ne faut jamais la jeter à la poubelle, dans les toilettes ni la laisser à portée des enfants. Il ne faut pas la casser ni la manipuler. Il faut la placer immédiatement dans un contenant rigide, fermé et résistant à la perforation. Pour ce qui est des poches de sérum, il ne faut pas vider un éventuel reste de solution dans l’évier ou la nature. Il faut la conserver séparément. Si elle est souillée par du sang, il faut évidemment la traiter comme un déchet de soins, pas comme un simple emballage.
Dans les deux premiers cas, il faut contacter le centre de santé ou le professionnel ayant réalisé le soin. En ce qui concerne les médicaments périmés, il faut les séparer des ordures, ne jamais les jeter aux toilettes, les brûler ni les donner. Il faut les rapporter à une pharmacie ou un point officiel de récupération.


