Malgré des initiatives de tri et de valorisation, les déchets plastiques continuent d’envahir villes et villages. Les entreprises de mise en bouteille d’eau évoquent des contraintes économiques et un manque d’infrastructures, et appellent à une mobilisation.
Les déchets plastiques continuent de représenter un défi majeur pour l’environnement aux Comores. Présents dans les rues de la capitale comme dans les villages, ils interrogent sur la responsabilité des entreprises, des commerçants, des collectivités locales et des citoyens. Si plusieurs acteurs du secteur privé affirment avoir mis en place des mécanismes de gestion des déchets, ils estiment que la lutte contre cette pollution nécessite une action collective et un meilleur accompagnement des pouvoirs publics.
Au sein de la société Salsabil, le responsable santé et sécurité, Youssouf Ali, assure que les déchets plastiques générés par l’entreprise font l’objet d’un traitement spécifique. «Les déchets plastiques qui sont dans notre usine, on ne les jette pas comme ça. Nous avons une personne spéciale qui les récupère, les broie et les envoie à l’extérieur», explique-t-il. Selon lui, seuls les cartons sont déposés à Itzundzuu, tandis que les bouteilles et les bouchons plastiques sont systématiquement triés.
Pour le responsable, la présence de déchets plastiques dans les espaces publics ne peut être imputée aux seules entreprises. «Les consommateurs, les communes, les quartiers ainsi que les villages jouent un grand rôle, c’est une responsabilité partagée», insiste-t-il. Consciente de l’ampleur du problème, la société envisage d’installer une unité capable de broyer et de recycler ses propres bouteilles afin de réduire davantage son impact environnemental.
Salsabil travaille, selon notre interlocuteur, avec des prestataires chargés de broyer les déchets plastiques avant leur exportation vers la Tanzanie. L’entreprise mènerait également une réflexion interne pour réduire la quantité de déchets plastiques associés à ses activités. «Notre administration est dans une étude pour diminuer ce fléau de plastiques qui se trouve surtout dans les villages et dans la capitale», assure-t-il.
Du côté de la société Salama, les difficultés sont davantage d’ordre économique. Son responsable estime que les coûts liés au recyclage local restent trop élevés. «L’électricité est trop chère, on n’arrive pas à recycler. Nous sommes en perte quand on recycle nos bouteilles ici», déplore-t-il. Bien qu’une entreprise française soit venue former le personnel aux techniques de recyclage, l’autre difficulté demeure la collecte des déchets plastiques. «Même si on voudrait collecter les déchets, on ne trouve pas des personnes pour se charger de nos bouteilles», explique-t-il. Selon ses estimations, une tonne de bouteilles plastiques est achetée à environ 200 dollars, un montant jugé insuffisant pour couvrir les coûts engagés. «Cinquante-cinq mille bouteilles représentent une tonne. Pour nous, cela reste une perte de temps», poursuit-il.
Face à ces contraintes, l’entreprise privilégierait l’exportation des déchets vers des pays comme la Tanzanie ou l’Inde, où des filières de recyclage mieux structurées permettent de valoriser ces matériaux. «Si l’État investit dans le recyclage et que cela devient rentable, nous sommes prêts à le faire», assure-t-il.
Les commerçants partagent également ce constat. Pour Saïd Djamal Edine, connu sous le nom de «Salut Mec», les collectivités locales doivent jouer un rôle plus actif dans la gestion des déchets. «Les maires doivent trouver des solutions contre les déchets qui se trouvent dans leurs régions», estime-t-il. Tout en reconnaissant sa part de responsabilité en tant que vendeur de produits emballés, il rappelle qu’il ne dispose pas des moyens nécessaires pour mettre en place un système de recyclage.




