Fidèle aux exigences de sa profession, Binti Mhadjou a rendu l’âme ce mardi 24 février, laissant son combat pour l’équilibre de l’information, sa disponibilité pour ses proches, et son sens de l’humour, comme signature. Les démarches de rapatriement du corps sont en cours et ses obsèques sont prévues ce samedi 28 février à Herumbili ya Hamahame.
La nouvelle du décès de l’ancienne journaliste et présentatrice du journal télévisé à l’Ortc, Binti Mhadjou, est tombée comme un coup de tonnerre chez tous ceux qui la connaissent. Décédée à 36 ans, celle qui saluait habituellement avec un sourire régulier, s’est éteinte en Egypte, ce mardi 24 février, laissant derrière elle, un petit garçon de 6 ans. Il y a près de 10 ans, en 2015, elle a débuté sa carrière en intégrant l’Office de radio et télévision des Comores, où, elle deviendra quelques années plus tard, un des piliers incontournables.
De 2016 à 2022, ceux qui étaient habitués à écouter Binti Mhadjou à travers ses reportages sur la politique et le social commencèrent à coller un visage à ce nom. Elle deviendra, pendant six ans, cette figure rassurante qui entrait dans le salon des Comoriens chaque soir, en présentant l’édition française du journal parlé de la chaîne nationale. L’ancien directeur général de l’Ortc, M’sa Ali Djamal raconte l’évolution fulgurante de celle qui deviendra entre 2019 et 2021, directrice de l’Information chargée de la rubrique politique.
« Lorsque j’étais son directeur, j’ai eu l’occasion de la voir évoluer dans l’exercice de son métier. Elle travaillait alors à la radio, où elle réalisait ses reportages avec sérieux, discrétion et engagement. Très vite, ses qualités professionnelles se sont imposées avec évidence. Elle avait une voix, une présence, et surtout une manière très juste d’aborder l’information »¸ témoigne-t-il.
Une professionnelle inégalable
Selon lui, la direction a été seduite par son engagement et a decidé de l’accompagner dans son évolution à travers une formation interne de renforcement des compétences de plusieurs journalistes. « Binti était de celles qui se distinguaient naturellement, par son professionnalisme, sa rigueur et sa capacité à assumer de nouvelles responsabilités, y compris à la télévision »¸ poursuit-il. Pour lui, ce qui caractérisait Binti, c’était son sens de l’équilibre.
« Elle abordait son travail avec conscience, avec le souci constant de respecter les faits et de contribuer, à son niveau, aux missions du service public. Attentive à la justesse de l’information, guidée par le respect du public et par l’éthique de son métier, elle incarnait une approche responsable et mesurée du journalisme, fidèle aux exigences de sa profession avec simplicité et conviction », raconte Msa Ali Djamal, qui garde en mémoire, une « professionnelle engagée, une collègue respectée et une personne profondément humaine ». Binti Mhadjou était pigiste de Karibu Hebdo et La Gazette des Comores entre 2015 et 2016.
Entre 2021 et 2022, elle a assuré les fonctions de rédactrice en chef de l’Ortc, la plus jeune de l’histoire de la télévision nationale. Elle reprendra ensuite ses reportages et tantôt la présentation du journal jusqu’au 24 novembre 2024, où, elle a annoncé sur sa page Facebook, son départ de l’Ortc vers le ministère des Affaires étrangères.
«Une femme, fidèle aux exigences de sa profession»
Là-bas, elle occupe la fonction d’attachée de presse avant d’être promue Conseillère politique du ministre. A l’annonce du décès, le ministre des Affaires étrangères, Mbae Mohamed s’est exprimée sur Facebook. « Cette disparition brutale m’afflige personnellement et touche douloureusement le ministère des Affaires étrangères et également tous ceux qui ont eu le privilège de travailler à ses côtés », partage-t-il, précisant qu’ « au sein du ministère, elle mettait son expérience, sa plume et son professionnalisme au service de la diplomatie comorienne, assurant avec dévouement la communication institutionnelle avant d’être promue conseillère politique ».
L’un des doyens des journalistes comoriens Ali Moindjie évoque « une grande perte pour le journalisme comorien et pour la cause féminine », saluant « son parcours professionnel, qui l’avait amené en outre, à exercer avec talent dans la presse écrite, a toujours été guidé par une éthique exigeante et un sens profond de l’honneur professionnel ».
« Journaliste de talent, femme de conviction et professionnelle respectée, Binti Mhadjou a consacré une grande partie de sa vie au service de l’information et de la communication publique », a souligné le secrétaire général du gouvernement, Nour El Fath Azali. « De la présentation à la direction de l’information, puis en qualité de rédactrice en chef à la télévision nationale (ORTC), elle a incarné une certaine idée du journalisme : exigeant, responsable et profondément attaché à l’intérêt général », a-t-il ajouté.
«Une amie fidèle»
En dehors de la femme de caractère connue de tous, Binti était une personne très humaine. «Binti était une femme d’une humanité simple et profonde. Sociable, respectueuse envers tous, elle traitait chacun avec considération, même sans le connaître. Les anciens étudiants comoriens de Dakar pourront en témoigner : sa bienveillance n’était ni posture ni circonstance, mais nature », raconte Iddy Soidroudine Boina, ami de la défunte depuis l’université à Dakar.
Et de poursuivre : « Mère dévouée, je me souviens de ce jour de septembre 2025, à Moroni, où je l’ai trouvée parcourant la ville sans relâche, sous une pluie battante, à la recherche d’un livre figurant sur la liste de fournitures de son fils». Iddy Soidroudine Boina dit être « stupéfait de la disponibilité de Binti lorsqu’on lui demandait un service, donnant de son temps et de son énergie sans calcul ». Moinadjoumoi Papa Ali, proche amie et collègue décrit la défunte, étant « celle qui pardonnait ».
«Parfois elle peut ne pas être d’accord mais pour éviter les disputes, elle disait souvent « kamdjilawa », histoire de banaliser les choses. Au début, on le prenait pour un mépris mais en restant avec elle, on a compris que c’était une façon de ne pas garder rancune », se remémore, le cœur serré, celle qui se disputait le plateau avec Binti Mhadjou. Au-delà de tout ça, cette mère d’un petit garçon, était membre de plusieurs associations de la place. En 2022, elle a été élue secrétaire générale de l’Association des femmes comoriennes de la presse (Afcp).
Entre 2022-2023, elle était membre du réseau des journalistes (Afrique, Asie et Océan indien) sur la prévention des risques de catastrophes. Elle a été la première journaliste de l’Ortc à intégrer le Syndicat national des journalistes comoriens (Snjc) depuis sa création en 2019, avant d’être élue, chargée de communication en 2024. Les démarches pour le rapatriement de son corps sont entamées par le gouvernement. Les obsèques se tiendront le samedi 28 février, à Herumbili ya Hamahamet, sa ville natale.


