Pieux, diligent et rigoureux, Hassane Azali, administrateur chevronné, a évolué dans la haute administration financière du pays, devenant, dans l’ombre, le principal architecte de la première banque de l’Etat, la Snpsf en avril 2005, et le sauveur de la Banque de développement des Comores (Bdc), depuis juin 2020, après une décennie de mirage financier, entre 2010 et 2020, entretenu par les précédents «investisseurs» de l’établissement.

 

Le directeur général de la Banque de développement des Comores (Bdc), Hassane Azali, 74 ans, est décédé hier lundi 6 avril au centre de santé de Mitsudje où il était admis pour des soins. Les obsèques ont mobilisé grand monde dans sa ville natale : autorités politiques et religieuses, élus, cadres, notables et jeunes. La prière mortuaire a été dirigée à la grande mosquée de la ville par le chef de l’Etat, Azali Assoumani, dont le défunt a été  à la fois le frère aîné et le mentor.  Le président de la République a salué «la mémoire d’un homme engagé, dont le parcours professionnel et le sens du devoir ont marqué le secteur financier national ».

«Homme de vision, de rigueur et d’engagement »

À l’annonce de son décès, des messages de condoléances ont afflué dans les milieux financiers et bancaires du pays. Le défunt ayant dédié toute sa vie aux deux secteurs jusqu’à son dernier souffle. Il était un administrateur respecté qui a participé à de nombreux programmes de redressement et de restructuration d’institutions bancaires. « Homme de vision, de rigueur et d’engagement, il a marqué de son empreinte le développement de notre institution et a œuvré avec dévouement au service du progrès économique», a souligné la Banque de développement des Comores (Bdc), dans un communiqué. « Le directeur général de l’U-Meck, son personnel et l’ensemble du réseau Meck présentent leurs condoléances les plus attristées à la famille endeuillée, à l’Association des professionnels des banques et des établissements financiers (Apbef) ainsi qu’à tous les acteurs du secteur bancaire », ajoute l’Union des Meck dans son message de condoléances.


Le secrétaire général du gouvernement souligne que «Hassani Azali fut pour moi un mentor, un modèle exemplaire qui m’a aidé avec bienveillance à grandir et accompagné tout au long de ma carrière depuis que j’occupais les fonctions de Conseiller privé du président de la République ». Nour El Fath Azali ajoute : «Aujourd’hui, j’ai perdu bien plus qu’un père : un ami très cher qui m’appréciait beaucoup et avec qui j’ai appris à développer au fil des années, une belle affinité profonde et sincère. Une relation d’une intensité rare qui dépassait le simple cadre familial qui unit un père à son fils ».
Le gouverneur de la Bcc, Dr Younoussa Imani, garde la mémoire « d’un homme humble, déterminé dans ses actions et qui était toujours à l’écoute de tout le monde», ajoutant que «l’homme disait tout haut ce que les autres disaient tout bas ». Pieux, diligent et rigoureux, Hassane Azali, laisse le souvenir d’un serviteur infatigable de la Nation et d’un pilier du secteur financier comorien. « Son action s’est distinguée par une conduite à la fois discrète et résolue. Sa modestie, dans un contexte pourtant exposé, ainsi que sa détermination face à l’ampleur des défis à relever, ont constitué des éléments déterminants dans l’avancement du processus de redressement de la BDC », souligne la Banque centrale des Comores (Bcc) dans un message transmis hier en fin d’après-midi à Al-watwan.


Le directeur général de Comores Telecom, Dr Moilim Amir, s’est dit «profondément attristé » après la disparition de Hassani Azali. «Il était un homme d’une sagesse infinie, humble et attaché aux nobles valeurs de justice et de tolérance. C’est un cadre qui a tout donné pour son pays, pour le secteur bancaire et qui a été à l’origine de la création de Comores Télécom avec aujourd’hui un héritage immense pour de nombreuses générations du pays», a souligné le patron de la société nationale des télécommunications.À l’ex-Snpsf, on décrit « un personnage d’une humanité rare et profondément attaché à ses familles, à ses proches et à ses collègues de travail », selon le Directeur administratif et financier (Daf), Charif Said Mouigni. « Pour moi, Hassani Azali, c’est avant tout la rigueur et la discipline. Il était un grand sage et un administrateur à la fois rigoureux et juste. Il traite les gens selon leurs mérites », a témoigné Houssamouddine Bacar, ancien cadre de la maison, actuellement à la Société de garantie comorienne (Sogak).


L’émotion est également vive parmi ses proches et anciens compagnons de route. Dini Nassure a livré un témoignage poignant, saluant «un homme d’amitié, d’une fidélité rare», dont la présence discrète mais essentielle a marqué tous ceux qui l’ont côtoyé. Évoquant leurs années à Lyon, il décrit un homme profondément humain, animé par une vision d’un développement juste pour les Comores. «Hassani Azali n’a jamais fait de ses compétences un outil d’enrichissement personnel, mais un levier pour servir son pays», souligne-t-il.Au-delà de ses fonctions administratives, «Papa Wazfi» était profondément engagé dans la vie communautaire de Mitsudjé. Il a notamment été président de la Fédération des associations de Mitsudjé (FAM), président de la Commission du développement de Mitsudje (Codem), ainsi que responsable majeur de l’Élan Club, qu’il a soutenu avec constance. Son engagement local témoigne d’un attachement indéfectible à sa communauté et d’une volonté de contribuer au développement à la base.


Le défunt était un activiste engagé durant sa jeunesse, membre fondateur du Front démocratique (FD). Il s’était également impliqué au sein de l’Association des étudiants et stagiaires des Comores (Asec), dans la section lyonnaise. «Il portait déjà en lui cette conscience éveillée, exigeante, tournée vers les autres. Objecteur de conscience au sein de la communauté comorienne de Lyon, il participait avec conviction à la section Voix des Comores de la radio Le Canut et s’impliquait pleinement dans la vie associative », indique Dini Nassur, son compagnon de route. « Un homme qui, bien qu’étant le frère du président du même nom, n’a jamais fait de ce lien un privilège ni un levier pour lui-même. Il est resté fidèle à ses principes, à son humilité et à son sens du service », a-t-il poursuivi.

Pilier de la Snpsf et sauveur de la Bdc

Né en 1952 à Mitsudjé et diplômé de l’Institut d’administration des entreprises de Lyon III, Hassani Azali, qui avait quitté le pays en 1974 pour ses multiples formations en France, rentre en 1988 et intègre le ministère des Finances en tant que cadre supérieur à la Direction du contrôle des Sociétés d’État et des Établissements publics. Il pilotera de nombreuses réformes avant de gagner un concours d’entrée à la défunte Société nationale des Postes et des Télécommunications (Snpt) en 1994. Il sera nommé directeur financier en charge de la prévision (Dfp). Il deviendra, dix ans après, un pilier du plan de scission de la Snpt en deux sociétés en 2004 : Comores Telecom et la Snpsf. Il sera nommé directeur des services financiers à la Snpsf, puis conseiller des directeurs généraux successifs avant de prendre sa retraite. Président du Conseil d’administration de la Bdc, il sera à l’origine de nombreuses reformes structurelles de l’établissement plombé dans une contreperformance inédite après un mirage financier entre 2010 et 2020. «Face aux risques pesant sur la stabilité du système bancaire, l’État comorien a engagé un processus de reprise de la banque, qui a notamment permis de résoudre les différends entre actionnaires et d’aboutir à la cession des parts des actionnaires étrangers, au profit de l’État comorien», a indiqué la Bcc dans son message.

 «La Banque Centrale des Comores a décidé de placer la BDC sous administration provisoire, effective à compter du 22 septembre 2020, afin d’assurer le redressement de l’établissement et de préserver la stabilité du secteur bancaire », a souligné la Bcc dans son message avant d’ajouter que « Hassani Azali a été nommé Administrateur provisoire dans cette phase critique, puis Directeur général. Il a exercé ses fonctions dans un environnement particulièrement contraint, caractérisé notamment par des fonds propres négatifs et des déséquilibres structurels importants».La Banque centrale ajoute «qu’au cours de sa mission, qui s’est inscrite sur les six dernières années, il a contribué à engager des réformes structurantes et à poser les bases du redressement de la banque. À ce titre, il a notamment piloté l’élaboration d’un plan de recapitalisation validé par le Fonds monétaire international, aujourd’hui en cours de mise en œuvre par l’État». Hassani Azali a mis la Banque de développement des Comores (Bdc) sur les rails et laisse un important héritage dans le secteur financier et le milieu bancaire du pays.

 

Par A.S.Kemba et M.Mbaé