Grand commis de l’État, Mohamed Ibrahim était reconnu pour son intégrité et son sens du devoir. Il aura marqué plusieurs décennies de la vie publique comorienne. Son parcours témoigne d’un engagement constant au service de sa ville natale, sa région et du pays tout entier. Il a été inhumé dans l’enceinte de la résidence familiale de sa fille, en présence de nombreuses personnalités et dignitaires du pays.
L’ancien ministre Mohamed Ibrahim n’est plus de ce monde depuis jeudi 2 avril. Il a rendu l’âme, tôt le matin, dans une clinique médicale de la capitale et a été enterré hier même en début d’après-midi à Mdjwaezi ya Hambu, la ville qui l’a vu naître 76 années auparavant. Le président Azali Assoumani a dirigé personnellement la prière mortuaire.
Les funérailles se sont déroulées en présence de plusieurs membres du gouvernement, d’élus et autres hautes personnalités politiques, militaires, civiles et religieuses, de cadres et notables du pays. C’est une masse compacte de gens de divers horizons qui ont accompagné la dépouille de l’ancien commis de l’Etat à sa dernière demeure.
La conférence inter-comorienne d’Antananarivo
Né vers 1950, il fut enseignant de l’école primaire au terme d’une scolarité réussie, à son époque. Il a enseigné pendant une dizaine d’années à l’école de Mdjwaezi, à partir de la fin des années 1960, avant de s’occuper de la direction de la Radio Comores. Il sera ensuite employé dans l’administration avant de passer un concours et d’intégrer les services du Système des Nations unies, au bureau du Pnud, à Moroni. Mohamed Ibrahim deviendra Directeur général et directeur de la publication du journal Al-watwan, alors hebdomadaire, par décret du feu président Mohamed Taki Abdoulkarim, en 1997.
Le personnel de la rédaction, sous sa direction, se souvient d’un dirigeant qui réussissait à imposer son autorité sans offenser ses collaborateurs.
Il a laissé de bons souvenirs de son court passage à la direction du premier journal des Comores, qu’il a quittée en décembre 1998 pour occuper un poste ministériel au sein du gouvernement de transition, dirigé par le premier ministre Abbas Djoussouf sous la présidence intérimaire de Tadjidine Ben Said Massond.
Mohamed Ibrahim, ministre de l’Energie, se distinguait par un dynamisme débordant au sein de cette équipe gouvernementale qui dirigeait le pays à un moment crucial de son histoire. L’archipel se trouvait fortement secoué par la crise sécessionniste. Antananarivo, la capitale de Madagascar, accueillait, début avril 1999, une conférence inter-îles sur la réconciliation nationale de l’archipel. Avant de quitter Moroni pour prendre part au dialogue inter-îles à Madagascar, le Premier ministre confie l’intérim de son portefeuille au ministre Mohamed Ibrahim.
C’est à ce titre de Premier ministre par intérim que M. Tadjidine Ben Said Massond lui confia, à son tour avant son départ pour Antananarivo, l’intérim de la présidence de la République. À l’annonce de sa disparition, les hommages ont afflué de toutes parts. Parmi eux, celui de Soef Mohamed Elamine, ancien chef de la diplomatie comorienne et actuel directeur de cabinet du secrétaire général de l’Union africaine, qui s’est dit profondément attristé par la disparition de cet ancien président de la République par intérim.
« En cette douloureuse circonstance, la région de Hambou et la localité de Mdjoiezi perdent un grand commis de l’État, reconnu pour sa droiture et son sens élevé de l’intérêt général », a-t-il déclaré, adressant ses condoléances à la famille du défunt ainsi qu’au peuple comorien. Un autre hommage émouvant a été rendu par l’ancien ministre Dini Nassur. Se présentant comme un ancien élève du défunt en classe de CM2, il dresse un portrait saisissant de celui qu’il décrit comme un éducateur d’exception.
Enseignant et administrateur accompli
Formé à l’École normale, Mohamed Ibrahim appartenait, selon lui, à une génération d’enseignants bâtisseurs, pour qui instruire relevait d’une véritable mission. Directeur de l’école publique de Mdjoiezi, il a marqué des générations entières par la rigueur de son enseignement, la justesse de son autorité et la noblesse de son engagement.
«Il fut un homme de savoir, mais surtout un homme de transmission », souligne-t-il, saluant un parcours d’une rare densité, entièrement consacré au service de son pays. Fervent murid de la confrérie Shadhuliya, dont ce fut un héritage familial, Mohamed Ibrahim, a été aussi un pilier de la vie communautaire à Mdjwaezi, dans la région de Hambu ainsi que dans tout Ngazidja en tant qu’ «Homme accompli» des traditions coutumières. Père d’une fratrie nombreuse, il jouissait d’une certaine notoriété dans les assemblées coutumières. Paix à son âme.
Mohamed Soilihi Ahmed et Maoulida Mbaé


