Discrèt et essentiel, il laisse derrière lui l’image d’un passionné de la mémoire, d’un enseignant dévoué et d’un homme engagé au service du savoir

 

Le Centre national de documentation et de recherche scientifique (Cndrs) pleure l’un de ses piliers. Mouzidalifa Ibrahim Haliba, chef du département des Archives nationales, est décédé alors qu’il poursuivait, à La Réunion, ses recherches doctorales consacrées à la “contribution à l’étude de l’œuvre du prince Saïd Housseine (1915-1975). Il part loin des siens, dans ce qu’il considérait comme une mission de vie.Chercher, comprendre et transmettre l’histoire comorienne.

 Sa disparition, survenue alors qu’il était pleinement engagé dans son travail intellectuel, donne à son départ une résonance particulière, celle d’un homme tombé au service du savoir. Sa localité natale de Nyumadzaha Mvumbari était devenue un immense lieu de mémoire, le samedi 18 avril lors de son enterrement.

 Une foule dense, recueillie et bouleversée, s’est rassemblée pour lui rendre un dernier hommage. Les visages fermés, les larmes silencieuses et les prières murmuraient, toutes, la même vérité : “les Comores perdent un serviteur discret mais essentiel de leur patrimoine”.

Un “guide et un professionnel”

L’émotion y avait atteint son paroxysme. Car Mouzidalifa n’était pas seulement un cadre administratif mais aussi un homme profondément humain, proche des gens, humble malgré l’étendue de son savoir. “Notre collègue Mouzidalifa était un véritable guide. Il nous conseillait constamment, ce qui facilitait notre travail au sein du département. Avant chaque restitution annuelle, il prenait soin de s’enquérir, mois après mois, de l’évolution de nos activités afin d’y apporter sa contribution et renforcer l’ensemble du travail accompli.

 Il était rapide et efficace. Même malade, il restait dévoué à son travail et était souvent le dernier à quitter le bureau. Il a largement contribué au développement du département, notamment en matière d’indexation des archives. C’était un professionnel exceptionnel. Le pays et le Cndrs viennent de perdre un véritable monument”, souligne son collègue, chargé de la numérisation des archives, Mohamed Soulé Madi.


A la tête des Archives nationales, il avait entrepris une mission ambitieuse de sauver la mémoire écrite des Comores de l’oubli. Sous son impulsion, la numérisation des archives est devenue le véritable cheval de bataille de son département. Rien qu’en 2024, son équipe a numérisé mille six-cent quarante-cinq journaux officiels de Rfi aux Comores couvrant la période 1997 à 2001. Un travail colossal destiné à préserver l’histoire administrative et médiatique du pays pour les générations futures.

“Un mentor avant tout”

Pour lui, archiver n’était pas ranger des documents mais protéger l’âme d’une nation. Très apprécié de ses collègues et ses stagiaires, Mouzidalifa Ibrahim croyait profondément à la transmission du savoir. Il consacrait du temps à former les jeunes, convaincu que l’avenir des archives dépendait de nouvelles mains et de nouvelles visions. En 2024, il a, notamment, supervisé des stagiaires issus du laboratoire des Travaux publics des Comores, leur enseignant avec patience les techniques essentielles du métier notamment le tri, le classement, le dépoussiérage, la numérisation et les missions de terrain.


“Responsable et respectueux, ce sont ses qualités qui me reviennent en premier. Il me confiait beaucoup, professionnellement comme personnellement. Il voyait en moi une figure maternelle. Mgu narehemu yamlaze pvema”, confie avec émotion Moinourou Saïd Charif, affectueusement appelée “Maman” au Cndrs. Pour ses proches, il était simplement “Daly”.

 Un homme au sourire constant, d’une modestie rare. “Je me souviens de son éternel sourire et de sa rigueur. Sa disparition est une perte immense pour notre institution et pour la recherche en général. Daly faisait partie de ces chercheurs qui se donnaient entièrement à leur travail. Il restait tard au bureau, méticuleux, toujours soucieux du travail bien fait”, témoigne, pour sa part, le chef du département du patrimoine au Cndrs, Mohamed Mboreha Selemane.

Au service de la Nation

Habité par une passion profonde pour l’histoire, il poursuivit ses études avec détermination jusqu’à l’obtention d’une licence, avant de s’envoler pour Madagascar afin d’intégrer l’Université d’Antananarivo, sur le campus d’Ankatso, où il obtint son master. Pour lui, les diplômes n’étaient jamais une finalité, mais seulement des étapes. Apprendre était une respiration quotidienne, la manière d’exister.


De retour aux Comores, il mit ses compétences au service de la nation, d’abord au ministère du Tourisme, puis dans l’enseignement supérieur où il transmit son savoir avec passion. Son engagement trouvera, finalement, son accomplissement au Cndrs où il consacra ses dernières années à protéger et valoriser le patrimoine documentaire national. Au-delà de ses responsabilités administratives et scientifiques, Mouzidalifa Ibrahim était également un enseignant profondément engagé.

 Devant ses élèves, il ne se contentait pas de transmettre des connaissances, il formait des esprits. Patient, pédagogue et toujours disponible, il accordait une attention particulière à chaque apprenant, convaincu que l’éducation demeure le socle du développement des Comores”, a conclu un de ses anciens élèves.