L’ancien haut fonctionnaire, Abdillah Mouigni alias « Satellite », a rendu l’âme hier dimanche 12 juillet. Les obsèques et l’enterrement ont eu lieu dans sa ville natale de Ouellah-Mitsamihuli en présence d’une foule importante venue rendre un dernier hommage à ce cadre chevronné qui a joué les polyvalences entre la technique et la politique. Des messages de condoléances ont afflué sur les réseaux sociaux. Les uns pour saluer « un enseignant dévoué à son métier », « un technicien calme et consciencieux » alors que les autres parlent « d’un travailleur acharné » et « d’un fonctionnaire qui a fait honneur au pays ».
Administrateur-pays de l’Asecna
L’ancien secrétaire général du ministère des Transports, d’abord à la vice-présidence du même nom dirigée, de 2006 à 2011, par Idi Nadhoim, ensuite au ministère dirigé par Rastami Mouhidine sous la présidence d’Ikililou Dhoinine, a été au cœur de nombreuses réformes, devenant, le premier civil à occuper le poste d’administrateur-pays de l’Asecna de 2006 à 2013. Restructuration des services du ministère des Transports, conception du projet de création de l’Office comorien du tourisme (Oct) ou encore le dispositif de dédommagement des voyageurs victimes d’abus des compagnies aériennes et maritimes, Abdillah Mouigni y jouera un rôle technique clé des réformes engagées.
Entre la technique et la politique
Le fonctionnaire sera le principal architecte de la tenue en 2010 de la première réunion de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) organisée pour la première fois en terre comorienne. L’homme assurera également le pilotage la commission nationale d’évaluation des soumissionnaires de la gestion du port de Moroni après le départ de la Compagnie de manutention des Comores (Comaco). Un processus qui aboutira à l’arrivée en 2012 de l’actuel concessionnaire du port, Moroni Terminal du groupe Bolloré Africa Logistics, pour un contrat de 10 ans renouvelé en 2022.
Abdillah Mouigni, riche de son passé militant au sein du Front Démocratique (FD), deviendra un interlocuteur respecté pour de nombreux hommes politiques souhaitant tâter le terrain dans la région de Mitsamihuli-Cembenoi. « Il avait construit son assise grâce à son rôle joué notamment à Ouellah dans l’orientation des jeunes et l’élaboration d’un ambitieux plan de développement pour la ville », a souligné hier Ahamada Ali M’madi, actuel coordonnateur du Pagef logé au ministère des Finances. « Il est connu surtout pour son action en faveur de la mise en place de nombreux centres de loisirs, l’assainissement des rues et surtout la stratégie d’insertion professionnelle et politique des jeunes», a ajouté Ahamada Ali M’madi.
L’ancien secrétaire général a ainsi été désigné en 2016, lors des élections générales, secrétaire général de l’Alliance des partis soutenant l’Union pour le développement des Comores (Updc), devenant un acteur central des négociations de ralliement des groupes et personnalités politiques réunis autour de l’ancien « Relais qui rassure ». Il mettra fin à ses activités politiques en 2020 après le signalement d’une maladie. Malgré son retrait de la vie publique, le défunt s’informait régulièrement de l’actualité nationale.
Outre son statut de technicien, Abdillah Mouigni inspirait le respect dans sa ville natale en raison de son activisme dans les milieux sportif et associatif. Animateur principal du Crodom (Comité de réflexion, d’orientation et de développement de Ouellah), il supervisera de nombreux projets communautaires et restera une étoile du basket-ball national. Il participera, avec d’autres icônes, sous l’équipe nationale « Espoir » des Comores, à une compétition continentale organisée au milieu en 1985 en Côte d’Ivoire.
Né en 1965 à Ouellah-Mitsamihuli, Abdillah Mouigni est un pur produit de l’Ex-Enes (Ecole nationale d’enseignement supérieur) de Mvuni. Titulaire d’un bac C obtenu en 1988, il intègre l’établissement et obtiendra, deux ans plus tard, un deug de Mathématiques-Physiques. Membre de la communauté scientifique, il deviendra une référence dans l’enseignement des mathématiques et des sciences physiques dans les collèges publics mais aussi dans les grandes écoles privées à l’instar du Gsfa, de l’Ecole Mouigni Baraka avant son recrutement à l’Ecole française de Moroni devenue Lycée français Henri-Matisse.
Un pilier de la fête des sciences
Le défunt est l’un des piliers de la fête des sciences dont la première édition a été intiée au début des années 2000. Il a contribué quelques années plutôt à la création du Centre de diffusion scientifique (CDS) logé au lycée Said Mohamed Cheikh avec Abdou Ali, l’actuel patron de l’Office national des examens et concours (Onec) et l’inspecteur Said Ousseine. Un centre qui jouera un rôle capital dans la promotion des filières scientifiques en permettant à des générations d’élèves et d’étudiants d’enrichir leurs connaissances en la matière grâce aux fascicules produites régulièrement chaque année. La production des fascicules sera élargie quelques années plus tard aux filières littéraires.
« Satellite », fort de son génie en traitement de données et en gestion des algorithmes, jouera également un rôle technique clé dans le processus d’informatisation des examens nationaux à la fin des années 1990. Les travaux menés avec son compère Kabir Illiassa ont permis aujourd’hui de renforcer le dispositif de sécurisation de tous les examens à tous les niveaux. L’ancien secrétaire général laisse derrière lui une veuve et trois enfants.




