Face aux risques extérieurs, certains parents privilégient l’enfermement, d’autres la liberté. Entre sécurité et socialisation, spécialistes et familles appellent à trouver un équilibre pour le développement psychosocial de l’enfant.
La délinquance et l’insécurité s’accentuent de jour en jour, notamment dans les grandes villes du pays. Si bien qu’aujourd’hui, certains parents choisissent de garder leurs enfants à la maison, tandis que d’autres privilégient une plus grande liberté de mouvement. Pour Marie Salim, mère de famille habitant à Oasis à Moroni, cette décision est avant tout dictée par la sécurité.
«J’aime que mes enfants restent à la maison», confie-t-elle. Elle évoque les dangers extérieurs tels que la violence, la pédophilie, la drogue ou encore certaines dérives comportementales. À ses yeux, le domicile devient un espace structurant, propice à l’apprentissage et à la discipline. «Ma maison est un cadre de protection et d’éducation», insiste-t-elle.
À l’inverse, Hadidja Soilihi, également mère de famille habitant à Hankunu à Moroni, défend une approche plus ouverte. Mère de trois enfants, elle estime qu’un enfermement prolongé peut avoir des effets néfastes. «Les enfants enfermés risquent d’avoir des difficultés à communiquer, un manque de confiance en eux et une faible capacité d’adaptation», explique-t-elle. Elle met en garde contre l’absence d’interactions sociales, susceptible de freiner le développement émotionnel et relationnel, mais aussi physique des enfants. «Mes enfants ne doivent pas rester enfermés», martèle-t-elle, convaincue que la liberté, même encadrée, est essentielle à leur construction. Selon elle, le contact avec les pairs permet aux enfants de découvrir le monde, de comprendre les relations humaines et de développer leur personnalité. «Ce n’est pas bon de trop serrer les enfants», ajoute-t-elle.
Construire un cadre équilibré
Entre ces deux positions, Ali Nourdine, père célibataire, plaide pour une voie médiane. «Je fixe des règles et je connais les amis qu’ils fréquentent», explique-t-il. Pour lui, il ne s’agit ni d’enfermer les enfants ni de leur accorder une liberté totale, mais de les accompagner avec vigilance. «C’est dans cet équilibre qu’ils peuvent grandir en sécurité tout en apprenant à devenir autonomes», affirme-t-il. L’éclairage de la psychologue Hanan Mohamed Hassan vient appuyer cette nécessité d’équilibre. Selon lui, «le développement de l’enfant repose largement sur la diversité de ses interactions sociales, indispensables à l’acquisition des compétences émotionnelles et relationnelles». Il recommande ainsi d’ «encourager les activités extérieures encadrées, telles que le sport, les sorties en famille ou les activités culturelles, afin de renforcer la confiance en soi dans un environnement sécurisé».
Le spécialiste attire également l’attention sur le temps passé à la maison, qui ne doit pas se traduire par une surexposition aux écrans. Une utilisation excessive peut impacter le sommeil, la concentration et la gestion des émotions. «Il est recommandé de structurer et de limiter les temps d’écran», souligne-t-il. Il invite en effet les parents à «privilégier des activités variées comme la lecture, les jeux, le dessin ou les échanges familiaux».Au cœur de ce débat, une certitude se dégage : entre protection et liberté, l’enjeu pour les parents reste de construire un cadre équilibré, où l’enfant peut à la fois se sentir en sécurité et s’ouvrir progressivement au monde.



