Alors que la demande nationale d’électricité avoisine les 30 mégawatts, les Comores accélèrent le développement de leur parc solaire. Entre les trois centrales récemment inaugurées, les extensions de Mitsamihuli et Fumbuni et le projet de Domwambwani, la puissance photovoltaïque installée ou projetée pourrait atteindre près de deux fois les besoins actuels du pays. Un chiffre spectaculaire, qui doit toutefois être nuancé.
La transition énergétique comorienne change d’échelle. Alors que la demande nationale d’électricité avoisine les 30 mégawatts, les centrales solaires existantes, leur extension et les nouveaux projets pourraient bientôt représenter une puissance supérieure aux besoins actuels du pays. Mais derrière les chiffres, une distinction essentielle s’impose : la puissance installée ne correspond pas automatiquement à la quantité d’électricité réellement consommée.
Selon le directeur technique de la Société nationale de l’électricité (Sonelec), Nafoundine Habibi, la demande actuelle d’électricité au niveau national est proche de 30 mégawatts (Mw). Face à cette demande, les trois centrales récemment inaugurées à Ngazidja, Ndzuani et Mwali représentent ensemble 20 mégawatts crêtes (Mwc) de capacité installée, dont environ 10 Mw injectés dans les réseaux, avec une capacité de stockage cumulée de 18,42 mégawatheures (Mwh).
Dans le détail, la centrale de Ngazidja dispose de 12,86 Mw installés, dont environ 6 Mw injectés, et de 12,22 Mwh de stockage. À Ndzuani, la puissance installée atteint 4,05 Mw, pour environ 2 Mw injectés et 4,1 Mwh de batteries. À Mwali, elle s’élève à 3,10 Mwc, dont environ 2 Mw injectés, avec 4,1 MWh de stockage. «La puissance effectivement injectée par ces trois centrales représente donc environ 33%», explique-t-on. Les trois centrales couvrent ainsi l’équivalent d’environ un tiers de la demande nationale de pointe en puissance injectée.
Un changement spectaculaire est attendu des centrales de Mitsamihuli et de Fumbuni, développées par la filiale comorienne du groupe français spécialisé dans les énergies renouvelables «Innovent». Selon Nasser Rachad, point focal de cette filiale, la centrale de Mitsamihuli verra sa capacité de stockage passer de 20 mégawatheures à 50 mégawatheures (Mwh). Sa puissance photovoltaïque augmentera de 5,4 mégawatts crêtes (Mwc) à 12,4 mégawatts crêtes.
À Fumbuni, le stockage passera de 7,5 Mwh à 37,5 Mwh, tandis que la puissance des panneaux progressera de 4 Mwc à 12,5 Mwc. «Il s’agit d’une augmentation de 30 mégawatheures au nord et également de 30 mégawatheures au sud. Malgré la récente extension des batteries de 10 mégawatheures, nous allons répondre positivement à la demande du gouvernement», avance Nasser Rachad.
En puissance nominale, Mitsamihuli et Fumbuni équivaudront à environ 83% de la demande nationale actuelle. À cette montée en puissance s’ajoute le projet de la future centrale de Domwambwani, dans la région de Hamanvu, à Ngazidja. Selon les responsables du projet, l’infrastructure doit accueillir environ 20 000 panneaux solaires, pour une puissance globale d’environ 12,8 Mwc, couplée à un système de batteries de 54,6 Mwh. Une puissance théorique supérieure à la demande.
En additionnant les trois centrales récemment inaugurées, les extensions de Mitsamihuli et Fumbuni, ainsi que le projet de Domwambwani, la puissance solaire installée ou projetée atteindrait théoriquement près de 192% de la demande nationale actuelle. Toutefois, Ali Moissi, expert dans le secteur des énergies renouvelables, souligne que ce chiffre doit cependant être interprété avec prudence.
«Il compare des puissances nominales exprimées en mégawatts crêtes à une demande instantanée. Il ne signifie pas que les Comores produiront en permanence deux fois leur consommation. La production solaire dépend de l’ensoleillement, des performances des équipements, de l’état du réseau et de la capacité des batteries à restituer l’énergie au moment opportun», explique-t-il.




