Malgré les difficultés de transport, cette entrepreneuse fournit une clientèle grandissante jusqu’à Ngazidja.


Naila Tarmidhi donne aujourd’hui la possibilité aux férus de madaba (ou mataba, ces feuilles de manioc pilées et cuites au lait de coco), la possibilité d’acheter un plat déjà préparé et prêt à déguster. Une nouveauté, quand on se rappelle des heures de labeur qu’il fallait aux familles pour en confectionner. La dame de Hoani s’est imposée comme une figure de l’entrepreneuriat local grâce à la transformation et à la commercialisation de ce mets très prisé des Comoriens, ainsi que du moringa, un autre plat de même nature toujours recherché.

 Cette mère de deux enfants affirme avoir trouvé dans cette activité une source de revenus stable lui permettant de subvenir aux besoins de sa famille. Après avoir quitté l’école en classe de troisième, elle s’est rendue en Tanzanie pour développer ses activités commerciales. C’est là qu’elle découvre le potentiel de la transformation des feuilles de manioc et de moringa. De retour à Mwali, elle choisit de lancer sa propre production, convaincue que les matières premières y sont abondantes et accessibles. «À Mwali, les produits sont partout, je ne dépense pas beaucoup», explique-t-elle.


Conditionnés dans des boîtes de conservation, ses produits sont expédiés vers Ngazidja, où son mari se charge de la vente. Le kilo est commercialisé à 2 000 francs comoriens. Prêts à être consommés après un simple réchauffage, ces produits séduisent une clientèle en constante augmentation. Aujourd’hui, Naila Tarmidhi reçoit plus de cinquante clients par jour. Elle se souvient qu’à ses débuts, elle n’accueillait qu’une dizaine de clients quotidiennement. Désormais, la demande dépasse souvent sa capacité de production. «Il arrive que des clients repartent sans rien acheter, faute de stock», confie-t-elle.


L’entrepreneuse affirme avoir abandonné d’autres activités pour se consacrer entièrement à cette filière, qu’elle juge particulièrement rentable. Elle estime réaliser jusqu’à 30 000 francs comoriens de bénéfice par jour. Son principal obstacle reste toutefois le transport inter-îles. Les perturbations des liaisons maritimes retardent régulièrement l’acheminement de ses marchandises vers Ngazidja, où la demande demeure forte. Pour y remédier, elle envisage de recourir au transport aérien.


Au-delà de son parcours personnel, Naila Tarmidhi souhaite encourager d’autres Comoriens, en particulier les femmes, à entreprendre. «Il ne faut pas garder les bras croisés. Il faut toujours chercher une activité et croire en ses idées», lance-t-elle, convaincue que l’initiative et la persévérance peuvent améliorer durablement les conditions de vie des familles.