Avec près de 442 étrangers recensés à Mwali, la police nationale appelle les employeurs comoriens à respecter leurs engagements contractuels, alors que plusieurs travailleurs dénoncent des difficultés liées aux salaires et aux visas.
Durant les cinq dernières années, l’île de Mwali a connu une importante augmentation du nombre de travailleurs étrangers. Selon les données de la police nationale, près de 442 expatriés résident actuellement sur l’île, principalement des ressortissants malgaches et tanzaniens, mais aussi d’autres nationalités africaines. Ces étrangers exercent dans plusieurs secteurs d’activité, notamment la restauration, le commerce informel, l’hôtellerie, les grands magasins, le sport ou encore les sociétés de construction.
Certains sont également arrivés dans le cadre de regroupements familiaux ou pour rejoindre leurs conjoints. Toutefois, cette présence croissante génère des préoccupations liées aux conditions de travail et au respect des engagements pris par certains employeurs locaux. La commissaire de la police nationale à Mwali, Mifouza Tamadoune Bacar, chargée également du contrôle et du suivi des visas des étrangers, affirme être régulièrement confrontée à des situations où des travailleurs étrangers ne bénéficient pas des droits prévus dans leurs contrats.
«Depuis que j’occupe les fonctions de commissaire générale de la police nationale à Mwali, j’ai constaté cette situation. Au début, elle était délaissée et personne n’en parlait. Certains employeurs n’honorent pas leurs engagements envers leurs employés étrangers», explique-t-elle.
Selon elle, certains travailleurs arrivent sur l’île avec des contrats de travail censés justifier leur déplacement, mais se retrouvent ensuite dans des situations de dépendance vis-à-vis de leurs employeurs. «Au final, ces employés subissent parfois du chantage, ce qui n’est pas normal», déplore-t-elle. Le scénario rappelle ce que des Comoriens ont subi, dans le passé, dans certains pays du Moyen-Orient.
Privilégier le dialogue
La responsable de la police évoque également les difficultés liées aux visas. Elle indique que certains expatriés se retrouvent avec des documents expirés depuis plusieurs années, alors que leurs employeurs étaient censés prendre en charge les démarches administratives. «On rencontre des personnes avec des visas expirés depuis deux ou trois ans. Selon la loi, nous sommes obligés de procéder à leur expulsion vers leur pays d’origine.
Mais avant cela, nous constatons parfois que la responsabilité revient à l’employeur», précise-t-elle. Pour elle, la faiblesse des rémunérations constitue également un facteur aggravant, certains travailleurs ne percevant pas des salaires leur permettant d’assumer leurs propres charges administratives, notamment le renouvellement des visas. Face à cette situation, la police nationale dit privilégier le dialogue afin de trouver des solutions.
«Nous rencontrons toujours des litiges, mais nous arrivons souvent à trouver des arrangements à l’amiable dans l’intérêt de tous», assure Mifouza Tamadoune Bacar. Elle rappelle qu’un travail de sensibilisation a été mené auprès des communautés étrangères, notamment malgache et tanzanienne, afin de mieux les informer sur leurs droits fondamentaux. Selon elle, cette démarche a permis une amélioration de la situation. «À l’époque, la plupart des travailleurs étrangers résidant à Mwali étaient en situation irrégulière.
Aujourd’hui, sur les 442 étrangers recensés, la majorité est en situation normale», affirme-t-elle. La commissaire salue également le comportement des communautés étrangères présentes sur l’île, qu’elle décrit comme «courageuses, coopératives et respectueuses de l’ordre public». Elle appelle toutefois les employeurs comoriens à davantage de responsabilité. «La police ne peut pas être partiale en matière de respect des droits de l’homme. Les patrons doivent respecter les droits de leur personnel, quelle que soit leur nationalité », conclut-elle.



