Les habitants du quartier Islamique dénoncent des coupures d’eau jugées arbitraires. La Sonede, de son côté, invoque pénurie, gaspillage et indiscipline des usagers pour justifier ses mesures restrictives.
Les habitants du quartier Islamique, au nord de Fomboni, se sont mobilisés jeudi 22 janvier dernier pour exprimer leur mécontentement face à la gestion de l’eau par la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede). Comme dans plusieurs autres quartiers de la capitale insulaire, ici les habitants sont confrontés à des difficultés d’approvisionnement en eau potable. Ils affirment être privés de cette ressource vitale depuis plusieurs mois. « Un vendredi, en rentrant du travail, j’ai constaté que le tuyau qui alimentait mon appartement avait été coupé.
J’avais deux mois de factures impayées. Je me suis rendu au service commercial pour régler ma dette, mais depuis, je n’ai toujours pas retrouvé l’eau», raconte, en colère, Loutfia Saïd Baco. Un autre habitant, Habibou, enseignant dans une école primaire, relate un épisode similaire. « C’était le 3 novembre 2025, vers 18 heures. Mes enfants prenaient leur douche dans la cour et ont oublié de fermer le robinet. Le directeur est passé sur la route devant ma maison et a averti ma femme qu’il allait couper définitivement l’eau, sauf si j’installais un compteur.
Le lendemain, des agents sont venus retirer le tuyau. C’est injuste», déplore-t-il, tout en arpentant le quartier avec des jerricanes de 20 litres à la recherche d’eau potable.Selon Dhoimirdine Abdallah Halifa, un jeune du quartier, plus de cinquante appartements auraient été ainsi privés d’eau. «Il ne s’agit pas d’un problème de facturation, mais plutôt d’un malentendu entre la société de l’eau et les habitants. Pourtant, ici, nous ne recevons de l’eau qu’en moyenne deux fois par semaine», explique-t-il.
De son côté, le directeur de la Sonede au niveau de l’île, Abdallah Saindou, affirme avoir pris des mesures drastiques pour redresser une entreprise déjà fragilisée par de nombreuses plaintes liées aux pénuries. «Si la capitale subit un délestage d’eau, c’est parce que le débit a diminué. Nous sommes en saison de pluies, mais il ne pleut pas. Le peu d’eau qui entre dans le bassin ne suffit pas pour tout le monde, à moins que nous changions nos comportements», explique-t-il.
Il précise avoir d’abord tenté de fermer la distribution la nuit afin de remplir les bassins avant l’injection matinale dans le réseau, sans succès. «Désormais, nous fermons les sorties chaque matin pour permettre le remplissage des bassins, puis nous injectons l’eau dans le réseau à partir de 14 heures. Ce système semble fonctionner, mais nous faisons face à de nouveaux obstacles», ajoute-t-il. Selon lui, d’importantes pertes d’eau sont constatées à cause de tuyaux laissés ouverts dans plusieurs ménages.
«Une fois l’eau injectée, on observe des fuites partout dans certains quartiers. Nous avons mené une campagne de sensibilisation pour conscientiser la population sur l’importance de l’eau, mais les gens ne comprennent pas toujours», regrette-t-il. Pour y remédier, il dit avoir ordonné la coupure des tuyaux laissés sans robinet jusqu’à ce que les propriétaires les équipent correctement. «Ma mission est d’offrir de l’eau à tout le monde, pas d’embêter les gens. Je ne veux plus voir de tuyaux abandonnés sans robinet, laissant couler une ressource devenue de plus en plus précieuse», conclut-il.




