Le 23 juin de cette année, les Comores ont célébré pour la première fois, la Journée internationale de la fonction publique. Dans cette interview accordée à Al watwan, le directeur général de la Fonction publique, Omar Chehani, revient sur les grands défis de l’administration comorienne et les réformes engagées par le gouvernement. Entre révision du cadre juridique, création de directions des ressources humaines, gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et déploiement de l’«E-Administration», l’objectif affiché est clair: bâtir une fonction publique plus efficace, plus transparente et davantage tournée vers les citoyens.

 

Cette première célébration de la Journée internationale de la fonction publique en juin dernier, marque une étape symbolique. Quel message le gouvernement souhaite-t-il adresser aux agents publics et aux citoyens à travers cette initiative ?


Effectivement, c’était la première fois que la journée de la Fonction publique est célébrée en Union des Comores. C’était l’occasion, pour le gouvernement de rendre hommage aux femmes et aux hommes qui servent quotidiennement notre nation à travers l’administration publique. C’était aussi un moment de réflexion sur les défis et perspectives de notre fonction publique dans un monde en constante évolution. D’où le thème : «Fonction publique en mutation : bâtir l’administration publique du XXIè siècle aux Comores». Aujourd’hui, les citoyens attendent une administration plus efficace, plus transparente, plus accessible et capable d’accompagner le développement économique et social de notre pays. Et nous avons la responsabilité de conduire les transformations nécessaires de notre administration afin de satisfaire à ces attentes légitimes.  
  
Vous avez présenté l’évolution des effectifs de la Fonction publique, passés d’environ 3 500 agents à plus de 10 300 fonctionnaires aujourd’hui. Quels sont les principaux défis que cette croissance pose en matière de gestion des ressources humaines et de maîtrise de la masse salariale ?


Le nombre 3 500 évoqué lors de la journée représentait l’effectif des agents de l’Etat licenciés par le régime révolutionnaire en 1975 et non l’effectif total de la fonction publique. L’effectif des agents de l’Etat a, certes connu des variations au cours des années avec des répercussions au niveau de la masse salariale. Mais, le réel défi de l’administration publique n’est pas l’effectif mais plutôt la qualité du service public rendu à nos citoyens. D’ailleurs, pour améliorer l’efficacité des agents de l’administration, il est institué des directions des Ressources humaines dans les différents ministères pour une gestion harmonieuse et efficiente. Un cadre juridique clair pour l’organisation de ses directions sera fixé incessamment. Je tiens à préciser que cinq directeurs des ressources humaines sont déjà en fonctions, de manière officielle, dans les ministères de l’Education Nationale ; de la santé ; des Finances ; de l’Aménagement et de l’Agriculture. 

Le projet «E-Administration», soutenu par l’Union européenne et Expertise France, est présenté comme un levier majeur de modernisation. Quelles seront les principales innovations qui changeront concrètement le fonctionnement de l’administration et les services rendus aux usagers ?


Depuis la révision constitutionnelle de 2018, l’Etat a entrepris des réformes de son administration (révision du statut des fonctionnaires – 2022 ; réorganisation des structures administratives des ministères – 2025). Le projet e-Administration, financé par l’Union Européenne et mis en œuvre par l’Expertise France vient accompagner ces réformes. Ce projet, qui s’inscrit dans la dynamique de mise en œuvre du Plan Comores Emergeant (Pce) accompagne le ministère en charge de la Fonction publique pour : réorganiser l’architecture institutionnelle des administrations publiques en charge de la gestion des ressources humaines de l’Etat (Grhe) par la révision des cadres organiques des ministères et autres institutions de l’Etat ; réviser du décret portant création et missions de la direction générale de la Fonction publique et la mise en place des nouvelles directions des ressources humaines des ministères ; identifier les besoins en emplois et en compétences (Gpec) par l’élaboration d’un référentiel métiers et des fiches de postes et le développement des compétences et la formation des personnes en charges de la gestion des ressources humaines publiques ; et renforcer la numérisation de la Grhe dont la gestion des carrières des agents.

Le statut général de la Fonction publique a été adopté en 2022 et plusieurs textes d’application sont attendus. Où en est la mise en œuvre de ces réformes et quelles seront les prochaines étapes prioritaires ?


Un projet de décret portant modalités d’application de la loi n° 22-008/AU du 20 juin 2022, modifiant et complétant la loi n° 004-006/AU portant statut général des fonctionnaires de l’Union des Comores est élaboré et sera soumis aux autorités compétentes les semaines à venir. Il n’y a pas que ce décret, d’autres, en seront également soumis à la signature en vue de faciliter l’application de la loi précitée. Celle-ci est la première dans notre pays qui sera assortie d’un décret d’application.

À l’horizon 2030, quelle est votre vision de la Fonction publique comorienne et quelles transformations souhaitez-vous voir aboutir pour bâtir une administration plus performante, plus transparente et davantage tournée vers les citoyens ?


Je parlerai plutôt de la vision du chef de l’Etat, Azali Assoumani. Celle d’améliorer l’organisation et le fonctionnement de l’administration et, en conséquence, l’efficacité et l’efficience de l’action administrative, la qualité de la gestion publique et la redevabilité vis-à-vis de la population. Cela se fera par une meilleure formation des agents de la Dgfop et les gestionnaires des RH publiques, un cadre juridique et réglementaires complet, une adéquation des compétences des fonctionnaires aux réels besoins de l’administration, mais aussi par un système informatique couvrant tous les besoins liés à la bonne gestion de la Fonction publique et surtout la gestion des carrières des agents. La question de la Fop préoccupe le gouvernement au plus haut niveau. Sa réforme est indispensable pour en faire une fonction publique équitable et efficace qui garantit l’unité du pays sur les objectifs de développement.