Entendu par la gendarmerie puis déféré au parquet « à cause de propos tenus dans un groupe WhatsApp », ce soignant a été informé que son dossier est mis en attente.

 

Ahmed Abdou Karihila est sorti, hier mercredi vers 14h 15, du bureau de la procureure de la République de Moroni. Le soignant y a passé des heures d’audition après la levée de sa garde à vue la veille. Mais, pour le moment, il ne fait l’objet d’aucune inculpation, d’après son avocat, Me Idrisse Mze Mogné. «Mon client m’a confié que son dossier est mis en attente, pour reprendre les propos de la procureure. Puisque le sit-in prévu n’a pas eu lieu, j’interprète cette décision du parquet comme un classement sans suite de la procédure car il aurait pu ouvrir une information ou l’inculper.

Or elle n’a fait ni l’autre », a déclaré l’avocat de l’infirmier. Ahmed Abdou Karihila avait été interpellé lundi soir dernier vers 23h, à son domicile, à Vuvuni ya Bambao. Il a passé la nuit en garde à vue à la gendarmerie nationale, selon les déclarations de son avocat. Ce dernier a indiqué que c’est un message audio laissé dans groupe WhatsApp qui a conduit à l’arrestation du soignant de 42 ans.

 « Alors qu’ils préparaient un sit-in qui devait se tenir devant le portail d’El-Maarouf, Karihila a appelé les filles grévistes à porter des collants et baskets. Pour les collègues garçons, il leur a conseillé d’enfiler également des baskets au cas où ils seraient pourchassés par les forces de l’ordre. Ces propos ont donc été transférés à une autorité sûrement par un infiltré», a précisé l’avocat, qui a qualifié l’arrestation de Karihila «d’enlèvement» presumé.
  
Mettre en attente le dossier

A ce propos, il s’est expliqué. «Excepté pour un terroriste, on ne peut arrêter quelqu’un sur le territoire de l’Union des Comores au-delà de 21h, ni avant 6h du matin. Mon client a été interpellé chez lui, devant sa famille et conduit à la gendarmerie. Il y est resté jusqu’au mardi», a rapporté Me Idrisse Mze Mogne, qui craint que la décision de «mettre en attente le dossier» de son client ne soit en réalité qu’une épée de Damoclès au-dessus de la tête de l’infirmier qui exerce depuis 12 ans. «C’est une privation de la liberté.

Car cela signifie qu’au moindre acte, il risque d’être arrêté», a dénoncé l’hom, rencontré hier au parquet. Il faut savoir que la garde à vue d’ Ahmed Abdou Karihila intervient dans un climat tendu entre les contractuels grévistes de l’hopital El-maarouf et la direction. En grève depuis le 9 mars pour protester contre les conditions de travail, notamment salariales, les soignants ont rejeté les propositions de la direction de l’hopital. 


La direction de l’hôpital a répondu «quatre des cinq» doléances émises par les grévistes. Mais ces derniers demandent une augmentation salariale de 8% alors que les contractuels réclament un alignement de leurs salaires avec ceux des fonctionnaires. Les responsables de l’établissement ont déclaré, à plusieurs reprises, que la doléance exprimée dépassait la limite de leurs compétences.


Face à l’enlisement de la crise, qui pénalise en premier lieu les citoyens malades qui ont besoin de soins, la société civile est montée au créneau, mardi. Un collectif d’associations a demandé aux autorités de faire tout pour que les contractuels reprennent le travail dans le cas contraire, elles organiseront une marche pacifique, demain après la prière du vendredi. Les organisateurs affirment avoir déjà informé la préfecture du centre de cette marche, «comme le veut la loi».