En attendant une éventuelle issue à cette crise, la population tente de s’adapter tant bien que mal à un quotidien bouleversé par la paralysie des transports et les difficultés d’approvisionnement.
Au deuxième jour de la grève déclenchée contre la hausse des prix du carburant, la capitale comorienne offre un visage inhabituel. De Volo-volo à Magudju, Hadudja en passant par Mtsangani, le Petit marché ou encore Caltex, les rues de Moroni sont presque désertes. Seuls quelques élèves quittant les établissements scolaires apportent un peu d’animation à certains quartiers.
Tout au long des routes, des groupes de personnes marchent dans un vent qui atténue légèrement la fatigue causée par les longues distances. Quelques-uns sont assis au bord des routes, d’autres discutent en petits groupes. Les taxis ont totalement disparu de la circulation. Seules quelques voitures personnelles traversent la ville, certaines acceptant d’embarquer des connaissances ou des passants par solidarité. Les boutiques restent majoritairement fermées. Ici et là, quelques petits vendeurs de tomates, de bonbons ou des pistaches tentent de maintenir une activité minimale. Mais dans l’ensemble, la ville tourne au ralenti. À pied, les habitants avancent péniblement : élèves, travailleurs, jeunes, personnes âgées, tous sont contraints de marcher, parfois seuls, parfois en groupe, souvent épuisés.
Rencontré sur la route, Hassani Mmadi, originaire de Dimadju ya Itsandra, raconte avoir quitté son domicile à pied pour se rendre au travail. Arrivé à Sahara, un ami lui a finalement proposé de le déposer jusqu’à son lieu de travail. “Si ce n’était pas lui, j’aurais continué la route à pied”, confie-t-il. Inquiet pour le retour, il préfère néanmoins relativiser : “Je ne sais pas encore comment je vais rentrer chez moi, mais je ne veux pas me plaindre. D’autres vivent une situation encore plus difficile, surtout ceux qui habitent dans des villages éloignés.”
À la maison, la situation devient compliquée, notamment concernant l’alimentation. “À Volo-volo, il n’y a presque rien. Pour les autres aliments, on se débrouille comme on peut”, ajoute-t-il, espérant qu’une solution sera rapidement trouvée “pour qu’on reprenne le cours normal de notre vie”.
Contraints de marcher
À Magudju, Ali Boina, originaire d’Itsandra Mdjini, rejoint lui aussi son domicile à pied après une journée de travail à l’Uccia. “Je ne suis pas contre cette mobilisation, mais il faut que cela aboutisse à quelque chose, sinon tout cela n’aura servi à rien”, estime-t-il. Selon lui, le vide observé dans les rues s’explique aussi par l’absence des habitants issus d’autres localités. “Ceux qui restent sont surtout les personnes qui louent des maisons à Moroni”, constate-t-il. Il regrette également que les sacrifices soient supportés principalement par la population: “Je pensais sincèrement que ce serait le gouvernement qui ferait des sacrifices pour ses citoyens, et non l’inverse.”
Comme beaucoup, il commence à ressentir les conséquences du manque de provisions. “Nous n’avons pas pu faire de stock et cela devient difficile. Et je sens que ce n’est que le début. La situation risque d’être encore plus difficile dans les prochains jours”, prévient-il. Malgré la grève, plusieurs établissements scolaires poursuivent les cours. Mais les absences sont nombreuses. Saïd Mohamed, lycéen originaire de Ndruani, explique avoir d’abord prévu de faire le trajet à pied avant de trouver finalement un véhicule qui l’a déposé jusqu’au lycée Saïd Mohamed Cheikh de Moroni. “Les cours continuent et les professeurs viennent, mais les absences sont nombreuses. Les bancs sont presque vides”, déplore-t-il. Pour lui, cette situation est “triste”. À la maison également, les difficultés commencent à se faire sentir. “Niveau nourriture, ce n’est pas le top, mais nous espérons que les choses changeront rapidement”, dit-il.
Petits commerces
Au détour d’une route, Naim Bacar, originaire de Ndzuani, avance difficilement avec deux lourds sacs remplis de nourriture. Parti de Mbuzini à pied, il rejoint les environs de la Direction des impôts afin de livrer les repas de midi à ses clients. Ce restaurateur ambulant explique avoir été sauvé par les provisions faites samedi dernier. “Hier lundi, je suis allé au marché, mais je n’ai rien trouvé : ni bananes, ni manioc, ni poulet. Si je n’avais pas fait de stock samedi, j’étais perdu”, raconte-t-il. Aujourd’hui, ses réserves diminuent rapidement. “J’ai expliqué à mes clients qu’il faudra se contenter du riz qu’on peut encore trouver dans les petites boutiques. Sinon, il n’y aura plus rien”, explique-t-il. Malgré les difficultés économiques, il affirme soutenir le mouvement. “La grève n’est pas facile. Elle nous bloque, mais nous souffrons pour obtenir ce que nous voulons. Même si mon commerce ralentit, ce n’est pas grave. Continuons le combat”, lance-t-il, espérant une réponse rapide des autorités.
Dans plusieurs quartiers de Moroni, les scènes se ressemblent : des groupes de marcheurs, des parents venant récupérer leurs enfants, des motos transportant plusieurs passagers, quelques bicyclettes conduites par des personnes âgées, et des voitures personnelles qui passent sans s’arrêter ou proposent parfois de déposer des piétons. Au Petit marché, habituellement animé, le calme domine. Les étals sont presque vides. Seuls quelques passants traversent les lieux dans une atmosphère lourde, marquée par l’incertitude et la fatigue.



