A l’occasion de la journée internationale des femmes, Al-watwan consacrera, dans ses prochaines éditions, des portraits spéciaux de femmes qui se distinguent par leurs professions ou qui agissent en faveur des causes sociales. Nous démarrons ainsi notre série de portraits avec Hachimia Dada (1/5), sage-femme reconnue au Centre hospitalier national (Chn El-Maarouf), réputée pour son sens élevé de professionnalisme et son engagement au sein de l’Association comorienne contre le cancer chez la femme (Accf).
À l’hôpital El-Maarouf, au service de consultation prénatale, Hachmia Dada se distingue par ses qualités personnelles caractérisées par sa politesse, son hospitalité et par l’accompagnement qu’elle offre aux femmes enceintes dans le suivi de leur grossesse. Née à Ntsaweni, dans la région de Mbudé et âgée seulement de 30 ans, cette jeune maman d’un enfant fait partie de cette jeune génération de sages-femmes qui se sont imposées dans leur domaine grâce à leur professionnalisme et leur sens de l’écoute.
Hachmia Dada a su instaurer une relation de confiance avec les femmes qu’elle reçoit en consultation. Très attentive aux préoccupations des futures mères, elle accorde une attention particulière à chaque patiente pour garantir un suivi médical de qualité tout au long de la grossesse.
Après l’obtention de son baccalauréat en 2013, Hachmia Dada part à Madagascar pour poursuivre ses études. Son rêve était de devenir gynécologue ou sage-femme. « Mon rêve était de devenir gynécologue ou sage-femme. Après mon bac, je voulais faire des études de gynécologie, mais cela n’a pas été possible. Je me suis alors inscrite en formation de sage-femme. J’ai fait pratiquement quatre ans d’études à Madagascar, de 2014 à 2018», explique-t-elle.
Améliorer l’accueil des patients
Elle retourne aux Comores en octobre 2018, où elle effectue plusieurs stages avant d’être recrutée à l’hôpital El-Maarouf en juillet 2019. « J’ai commencé à travailler au service de néonatologie. J’y ai passé trois ans avant de rejoindre le service de consultation prénatale en 2022. Ici, je m’occupe du suivi, de l’éducation et des consultations des femmes enceintes», précise-t-elle. Dans ce service, cette native de Ntsaweni se distingue par l’attention qu’elle accorde aux patientes. C’est ainsi qu’elle appelle ses collèguest à faire de même pour améliorer l’accueil des patients. « J’invite le personnel soignant à être davantage à l’écoute des malades. Les patients se plaignent souvent de ne pas être bien accueillis et de ne pas se sentir en sécurité », souligne-t-elle avant de faire savoir que le mauvais accueil contribue parfois à la perte de confiance des Comoriens dans le système de santé local. « Nous devons respecter la déontologie de notre métier. L’accueil et la mise en confiance des malades doivent primer avant toute chose. C’est une noble tâche que nous avons, mais nous devons faire le nécessaire pour le bien-être de nos patients, malgré les conditions de travail», ajoute-t-elle. À l’avenir, Hachmia Dada rêve d’ouvrir son propre cabinet afin de mettre davantage son savoir-faire au service de la population. «J’aimerais ouvrir un cabinet pour pouvoir offrir encore plus de services et répondre aux besoins des patients», confie-t-elle.
Appréciée par ses collègues
Pour ses collègues, Hachmia se distingue par son professionnalisme et sa bienveillance. «Hachmia est une femme merveilleuse et très gentille. Elle respecte tout le monde et travaille très bien. Ce qui la distingue des autres collègues, c’est sa manière d’accueillir et de rassurer ses patientes. Elle ne baisse jamais les bras au travail et donne toujours le meilleur d’elle-même», témoigne Hidaya Ali Mohamed, sage-femme au service de consultation prénatale.
Plusieurs patients et leurs proches saluent également son engagement. Dans une publication sur les réseaux sociaux, le mari d’une patiente a tenu à remercier la sage-femme qui a accompagné sa femme tout au long de sa grossesse.
Parlant en son nom et celui de son épouse, Mohamed Nabil Bousry a écrit ceci : «durant neuf mois, une jeune sage-femme exceptionnelle a accompagné ma femme avec professionnalisme, patience et bienveillance. Dans l’ombre, avec discrétion et dévouement, elle a su rassurer, conseiller et veiller à chaque étape de cette magnifique aventure qu’est la grossesse. Son travail ne se résume pas seulement à un suivi médical, mais à un véritable soutien humain rempli d’écoute et de compassion. Aujourd’hui, nous souhaitons dévoiler ce précieux secret. Derrière cette belle naissance, se cache le travail remarquable d’une sage-femme passionnée, appelée ‘sage-femme Dada’».
Un engagement fort dans la société civile
En dehors de ses activités professionnelles, Hachmia Dada est également très active dans la société civile comorienne. Elle est membre de plusieurs associations et mouvements locaux et nationaux. Elle est notamment membre active et point focal chargée du suivi des malades envoyés par l’Association comorienne contre le cancer chez la femme (Accf) à l’hôpital El-Maarouf. Elle est également présidente de l’Association pour le développement socioculturel des étudiants et élèves de Ntsaweni.
Pour son engagement au sein de l’Accf, la présidente de l’association, Zahara Abdallah, salue son implication dans la lutte contre les cancers gynécologiques. « Hachmia est une femme très engagée dans la lutte contre les cancers gynécologiques. Elle participe activement aux activités d’Octobre rose et accompagne les nouveaux cas dépistés pour les consultations à El-Maarouf», explique la présidente de l’Accf, soulignant également que l’engagement des jeunes est aujourd’hui essentiel dans un contexte où beaucoup sont confrontés aux difficultés de la vie quotidienne.
« La jeune génération doit se battre sur plusieurs fronts, améliorer les conditions de vie, lutter contre les bas salaires et la vie chère, contribuer au développement du pays et au bien-être de la population. Les jeunes doivent aussi s’engager dans la vie politique et associative afin d’occuper des postes clés et contribuer à l’orientation socio-politique de notre nation», ajoute-t-elle.
De son côté, l’ancien président de la médiathèque de Ntsaweni, Mohamed Ahamada, décrit Hachmia Dada comme «une battante » engagée pour le développement de sa localité.
Une source d’inspiration pour la jeunesse
«Hachmia Dada est une femme dont l’engagement m’a profondément marqué. C’est une femme courageuse, déterminée et attachée aux valeurs du développement communautaire. Son sens du devoir et sa volonté de servir l’intérêt général font d’elle une personnalité respectée», affirme-t-il. Selon lui, elle incarne déjà une figure de leadership et représente un espoir pour les générations futures. «Elle exprime ses idées avec clarté, les défend avec conviction et parvient à se faire respecter. Son sens de l’initiative et son engagement font d’elle une femme de caractère», poursuit-il. En tout cas, pour beaucoup de jeunes de Ntsaweni, Hachmia Dada est un modèle inspirant. Son parcours illustre le rôle essentiel que peuvent jouer les femmes dans le développement communautaire et le progrès social.
Une militante associative de longue date
Pour sa part, Mouzaoir Mchinda, président de l’association des ressortissants comoriens des universités, écoles et centres de formation de Madagascar aux Comores, se souvient l’avoir connue pendant ses années d’études. « J’ai connu Hachmia Dada à Madagascar lorsque nous étions étudiants. Elle s’était déjà distinguée par son implication dans les mouvements associatifs estudiantins, notamment au sein de l’association des étudiants de Mbude à Madagascar et de l’association des étudiants comoriens à Madagascar (Cecom)», raconte-t-il.
Mouzaoir Mchinda rappelle que Hachmia reste toujours engagée au sein de l’association, où elle sensibilise les membres à l’esprit de solidarité et à la défense des droits des femmes. Aujourd’hui, elle occupe le poste de conseillère chargée du genre. « Pour moi, Hachmia Dada est l’une des femmes les plus courageuses et résilientes que j’ai connues. Elle se distingue par ses actes, car beaucoup parlent sans agir, alors que, elle, elle agit avec détermination», conclut-il. Hachmia Dada incarne, selon nos témoignages, l’espoir d’une nouvelle génération de femmes leaders aux Comores.



