Au moment où la population comorienne s’indigne de la vétusté des maisons carcérales et le risque d’évasion de prisonniers pour homicide, la secrétaire générale du ministère de la Justice et des Affaires islamiques tient à réagir sur ce sujet qui revient avec insistance dans le débat public. Hadji Moingaza réfute toute complicité présumée d’agents pénitentiaires faute de preuves circonstanciées et annonce un dispositif de formation pour améliorer la sûreté et la sécurité dans les prisons comoriennes.

 


Combien de prisonniers se sont-ils évadés des prisons comoriennes ces cinq dernières années et, parmi eux, combien avaient été condamnés pour homicide ?

Selon les statistiques consolidées de l’administration pénitentiaire, sur les trois dernières années, plusieurs cas d’évasion ont été enregistrés, à savoir quatre évasions à la Maison d’arrêt de Moroni, trois à la Maison d’arrêt de Badjo et deux à la Maison d’arrêt de Koki. Chaque incident fait systématiquement l’objet d’une enquête judiciaire afin d’établir avec précision les circonstances dans lesquelles il s’est produit et d’identifier les éventuelles responsabilités.

 S’agissant du profil pénal des détenus évadés, certains d’entre eux avaient effectivement été condamnés pour des faits de vol, d’agression sexuelle et d’ivresse publique. Toutefois, chaque situation demeure particulière et doit être appréciée au regard des éléments établis par les enquêtes en cours.

Comment le ministère de la Justice explique-t-il la multiplication de ces évasions ?


Plusieurs facteurs peuvent expliquer la recrudescence de ces incidents. Parmi eux figurent notamment la vétusté de certaines infrastructures pénitentiaires, la pression exercée par la surpopulation carcérale, ainsi que les défis liés aux ressources humaines et matérielles dont dispose l’administration pénitentiaire. Il convient toutefois de souligner que chaque évasion présente des circonstances spécifiques. C’est précisément pour répondre à ces défis que le gouvernement a engagé un processus de modernisation du système pénitentiaire visant à renforcer la sécurité des établissements et à améliorer leurs capacités de gestion.

À quel niveau s’élève la complicité des agents pénitentiaires dans ces évasions ?


Avant d’évoquer une quelconque complicité des agents pénitentiaires, il est important de rappeler qu’à ce jour, aucune preuve tangible n’a établi l’implication d’agents dans les faits concernés. Il serait donc inapproprié de généraliser ou de mettre en cause l’ensemble du personnel pénitentiaire, qui accomplit sa mission avec professionnalisme et dévouement, souvent dans des conditions de travail particulièrement exigeantes. En revanche, chaque fois que des éléments concrets ou des indices sérieux sont portés à la connaissance des autorités compétentes, des enquêtes administratives et judiciaires sont immédiatement ouvertes. Sur ce point, aucune complaisance ne saurait être tolérée.

Quel est actuellement le niveau de la surpopulation carcérale dans les prisons comoriennes ?


La question de la surpopulation carcérale constitue un défi majeur, comme dans de nombreux pays. Selon les données statistiques recueillies par l’administration pénitentiaire, le nombre de détenus avoisine actuellement trois cent sept (307) à Moroni, trente-six (36) à Ndzuani et cent quarante et un (141) à Mwali. Un niveau qui exerce une pression importante sur les capacités d’accueil existantes.

 Le ministère de la Justice suit cette situation avec une attention particulière et travaille à la mise en œuvre de plusieurs solutions, notamment le renforcement des capacités d’accueil à travers la construction d’un nouvel établissement pénitentiaire ainsi que l’accélération du traitement de certains dossiers judiciaires.

L’état actuel des infrastructures pénitentiaires est-il adapté aux exigences modernes de sécurité ?
Les infrastructures pénitentiaires actuelles nécessitent effectivement des efforts continus de modernisation. La plupart de ces établissements ont été construits dans un contexte historique et selon des standards qui ne correspondent plus pleinement aux exigences contemporaines, en matière de sécurité et de gestion pénitentiaire.


Conscient de cette réalité, le gouvernement a engagé plusieurs mesures destinées à renforcer la sûreté des établissements, à moderniser les équipements existants et à améliorer les conditions de détention, conformément aux standards attendus dans ce domaine. 

Pouvez-vous nous parler de certaines de ces mesures ? 


Comme je viens de le dire ci-dessus, le gouvernement est pleinement conscient des défis sécuritaires auxquels font face les établissements pénitentiaires du pays. C’est pourquoi plusieurs mesures ont déjà été engagées et d’autres sont en cours de mise en œuvre afin de renforcer durablement la sûreté et la sécurité des prisons.

Ces mesures concernent notamment le renforcement du dispositif de gardiennage à travers l’augmentation des effectifs et l’amélioration de l’organisation de la surveillance au sein des établissements pénitentiaires. Un accent particulier est également mis sur la professionnalisation et la formation continue des agents pénitentiaires afin de leur permettre de mieux faire face aux risques sécuritaires et de remplir efficacement leurs missions.