Abattement de 40% des taxes de « neuf produits » de première nécessité, subventions directes pour maintenir les tarifs de l’eau et de l’électricité, « un chèque carburant » aux boulangers pour bloquer le prix du pain, augmentation des fonds du projet de filets sociaux de sécurité pour les ménages vulnérables, le gouvernement dit prendre également en charge les 3,49 milliards de perte par cargaison des produits pétroliers pour garantir la fourniture régulière des approvisionnements.

 

Les mesures d’accompagnement annoncées par les autorités pour amortir le choc de la hausse des prix des produits pétroliers coûteront plus de « dix milliards de francs comoriens » à l’Etat durant la période de 90 jours, selon le ministre de l’Énergie, Dr Aboubacar Said Anli au cours du point de presse tenu, mercredi 13 mai, au secrétariat général du gouvernement. 

 Revenant sur le travail mené par les départements techniques concernés durant « deux mois » ayant abouti à « six scenarios », le ministre premier a défendu encore une fois l’option de la nouvelle tarification des prix des produits pétroliers. «Il fallait éviter que la Sch arrive à un stade où elle ne pourra pas importer du carburant, ce qui serait catastrophique pour le pays », a-t-il souligné, ajoutant que « ces tarifs ont été décidés à contrecœur» pour ainsi éviter, selon lui, une rupture de stock pouvant conduire à un black-out énergétique.

Des mesures parallèles

Dr Aboubacar Said Anli soulignera que suite au choix opéré, le gouvernement a mesuré le niveau des répercussions de sa décision et a pris des mesures parallèles dont la finalité est de limiter les effets directs et indirects des différentes couches sociales. Il citera l’une des mesures phares : l’abattement de 40% sur les taxes des neuf produits de première nécessité dont le riz, la farine, le sucre, l’huile et les médicaments. A l’entendre, la mesure d’abattement a été prise dans un souci de protéger le pouvoir d’achat des Comoriens en empêchant les importateurs de ces produits d’augmenter les prix des neuf produits de base.

Un conteneur de riz passe de «700 à 400 mille francs» 

«Le gouvernement comorien n’écarte aucun levier d’action suivant les instructions du chef de l’Etat, des arrêtés ministériels fixent les différentes mesures d’accompagnement de cette crise au bénéfice de la population et des opérateurs économiques», avait souligné Nour El Fath Azali dans sa tribune publiée dans le journal Al-watwan du lundi 11 mai. «L’Etat va perdre des recettes estimées à près d’un milliard après abattement, certes, mais c’est aussi une façon pour le gouvernement d’accompagner les citoyens dans ce contexte difficile et leur éviter une hausse des denrées de base car cela allait également avoir une répercussion sur la vie des ménages », a encore expliqué Dr Aboubacar Said Anli, appelant les commerçants à faire sienne en évitant toute forme de spéculation des prix chez les consommateurs.


 Selon un commerçant du nord de Ngazidja, spécialisé dans l’importation du riz et de l’huile, la mesure d’abattement de 40% constitue « une aubaine pour les importateurs des principaux produits de base ». Interrogé sur son impact, Mohamed Madouhouli affirme qu’avec la réduction de 40% des taxes, un conteneur de riz précédemment dédouané à «700.000 francs sera, durant la période de l’abattement, taxé à 400.000 francs », soit 300.000 francs de moins que pendant une période normale. Il ajoute également qu’un conteneur d’huile est évalué à «3.920.0000 francs mais qu’avec l’abattement l’importateur pourra le dédouaner à hauteur de 2.352.000 francs», soit 1.568.000 francs de moins.


«Je pense que l’Etat a fait un grand effort pour accompagner les importateurs. Les marges de pertes sont importantes. Je ne souhaite pas commenter sur les prix du carburant car, tout le monde le sait, il n’y a pas de hausse facile quel que soit le produit. Mais, pour ce qui est de l’abattement de 40%, je pense que nous devons saluer cette mesure prise par les autorités», a-t-il affirmé, précisant que les commerçants n’auront aucune raison d’augmenter les prix. «Comment peut-on se permettre d’augmenter les prix  des produits de première nécessité alors que nous venons de bénéficier d’un abattement de taxes. Je pense que c’est une mesure forte prise par l’Etat», a ajouté Mohamed Madouhouli.

 

La mesure d’abattement, elle, coûtera ainsi près d’un milliard de francs comoriens. Quant à la sécurisation des approvisionnements des hydrocarbures, les autorités évaluent un manque à gagner de 3,49 milliards de francs comoriens par cargaison durant la période de trois mois qui peut s’étendre vraisemblablement à cinq mois en fonction de la conjoncture internationale. L’autre mesure concerne un plan d’aide aux ménages les plus vulnérables piloté par les responsables du Projet de filets sociaux et de sécurité (Pfss). La dotation passera pendant une période de cinq mois de 40.000 à 60.000 francs «avec un montant total compris entre 3 et 3,2 milliards de francs comoriens».