La qualité et le caractère inédit de son œuvre font de l’anthropologue le plus grand historien de ce premier Cinquantenaire de l’Indépendance des Comores et un des plus grands scientifiques comoriens de tous les temps

 

Si on vous disait : «Mfaume», «Tibe», «hinya», «utamaduni», «athari», «Sultanats historiques», etc. Mais aussi: Msafumu wa Fe Fumu, Abidi Kopvendze «narawane», Masimu, Tumpa, Mtsala, etc. Ou encore : Mbae Trambwe, le Pohori, la Complainte de Zema Bwana, la Complainte de Ipvesi Bungala. Mais, plus encore : émissions sportives et théâtreales radiophoniques, œuvres littéraires, revues et magazines de presse ou radiophoniques sur l’histoire des Comores, l’identité, la Culture, le chant, la danse, ou encore le shiKomori et son intégration dans l’enseignement*.

Mais, plus encore : patrimoine matériel et immatériel et lutte pour leur protection et restitution de biens patrimoniaux, fouilles et découvertes archéologiques, etc. Mais, plus encore : documentation, recherches scientifiques, enseignement universitaire, Musée national et essaies sur l’histoire, la Culture et les traditions comoriennes**. Vous diriez, sans doute, instantanément : «Damir ben Ali» ou «Fundi» Damir, et on vous croira sur parole. Sans la moindre hésitation.

Un «Avant» et un «Après» 

Il est vrai que très peu de gens ont marqué, aussi profondément, aussi longtemps et de manière si particulière, la Culture, la science, la recherche et la connaissance de leur pays, que le tout premier directeur général du Centre national de documentation et de recherche scientifiques, le tout premier président de l’Université des Comores, président du Conseil des sages et grand précurseur dans les sciences sociales, Damir ben Ali, aura marqué le sien, les Comores.


A cet égard, l’entrée en activité de «Fundi Damiri» – comme on le surnomme en signe de reconnaissance et de profond respect – dans les domaines et les matières indiquées et son action, il y a près d’un demi-siècle, se distingue nettement sur le plan quantitatif mais, sans doute et surtout de manière inédite, sur le plan qualitatif. Aucun doute : en matière de Culture, de recherches historiques, de science et de connaissance de manière générale, on peut affirmer, sereinement, qu’il y a un «Avant» et un «Après» entrée en scène de «Fundi Damiri».


Certes, il est acquis et de notoriété publique que d’autres Comoriens ou étrangers – avant ou dans la même période que Damir ben Ali – ont, substantiellement, contribué au développement, à l’enrichissement et.ou à la protection de ces secteurs cruciaux. Cependant ces apports – souvent  précieux – peuvent difficilement se situer au même niveau que celui de «Fundi Damiri» dans leur intensité, leur durée, et par rapport à la passion et à l’abnégation que leurs promoteurs leur auront consacré.
C’est que, grâce aux travaux et au leadership, à cet égard révolutionnaires de Damir ben Ali, désormais et fort heureusement, notre histoire n’allait plus nous être, systématiquement, racontée par les autres à la manière de ces autres, nous être proposée par les autres à la manière des autres, enseignée sous les ordres des autres et ingurgitée religieusement par nous.

Notre histoire par nous-mêmes

Elle sera racontée par nous avec, comme conséquence décisive, le fait que le Comorien allait être maitre de son Histoire. Cela est d’autant plus déterminant que, pour un peuple, en l’occurrence le peuple comorien, s’approprier de son Histoire en tant que science, la raconter lui-même, la protéger, revient à s’assurer qu’il s’agit bien de son histoire et, surtout et au bout du compte, à se doter des moyens de mieux comprendre le présent et dans l’espoir de mieux maitriser son avenir.
C’est ainsi, que nul ne pourra, tranquillement, dans le cadre de notre combat pour l’intégrité et l’unicité de notre archipel, pour ne parler que de celui-là, venir nous imposer une histoire fabriquée de toute pièce aux dépens de notre pays et de notre peuple, comme le montre magistralement***, justement, «Fundi Damiri»   
Mais, ce n’est pas tout. Avec les travaux de «Fundi Damiri» on devait prendre conscience que les Comores et les Comoriens ont leurs Grands hommes et leurs Grandes femmes. Que Masimu, Mtsala, Hamadi Patiara, Tumpa, Mwanahawa Ipvesi, etc., n’étaient pas que de jeunes excités de villages contre un Blanc qui passait par-là un dimanche matin, mais bien des résistants, des combattants pour la liberté. Que Abdallah 1er, Msafumu wa fe Fumu, Djumbe Fatima, Mbae Trambwe, etc., n’étaient pas des noms, juste recourus pour enjoliver le shinduwantsi des wakalimani de nos villes et villages. Qu’ils n’étaient pas que les acteurs de contes de fée sortis, depuis la nuit des temps et comme par magie, de l’imaginaire de mères et grand-mères qui voulaient bercer les enfants et les assoupir, pour qu’elles puissent, à leur tour, s’assoupir en pensant aux durs labeurs du lendemain matin. Mais les acteurs et les géants d’une histoire politique riche en évènements, les leaders d’opinion dont les actes et les combats ont contribué à écrire l’histoire de leur pays, parfois, en se dressant devant les visées de ceux qui auraient été tentés de se servir de cette histoire à ses dépens et pour leurs intérêts.    

Prise de conscience

Avec Damir ben Ali on devait intégrer que, en terres comoriennes, la musique, le chant, la danse n’étaient pas uniquement des manifestations festives, mais des marqueurs de grands moments**** de l’histoire du Comorien, de sa civilisation, des éléments de la société, des composants et des marqueurs indissociables de son être et de sa civilisation.


On allait découvrir que le Ndzinyo, le hale, le mdrongoo, le serebwalolo, le shinduwantsi, le shigoma, le gomaliyao, le balolo, le tari landziya ne constituaient pas, uniquement, des occasions de franches rigolades entre amis et d’apostropher des vis-à-vis dans ces joutes verbales dont le Comorien a le secret, mais les signes de la très grande richesse d’une culture comorienne aussi millénaire que populaire.  
Que le Pohori de Mbae Trambwe, la Complainte de Zema Bwana, celle de Ipvesi Bungala constituent de véritables livres d’histoire, d’éléments irremplaçables de culture et des vecteurs capitaux d’accès à la connaissance. 


Cette connaissance qui a fini par nous convaincre, tous et toutes, en tant que Comoriens et en tant que peuple, que, nous aussi, nous existons aux côtés des autres peuples auxquels nous n’avons rien à envier. Mais aussi de nous faire prendre conscience que ce peuple, sa Culture et sa vie dans l’harmonie devaient être protégées, comme l’indique l’engagement de «Fundi Damiri» au Conseil des Sages dont il préside, actuellement, les destinées.