Yvonne Louise Raharimalala, institutrice qui a rejoint le Groupe Scolaire Fundi Abdulhamid 3 ans après son ouverture va prendre une retraite bien méritée. L’école a tenu à rendre un vibrant hommage à celle qui a marqué des générations entières d’élèves.
Rien n’est trop beau pour Madame Yvonne, emblématique enseignante du Groupe Scolaire Fundi Abdulhamid (Gsfa) qui célèbre ses 40 ans samedi prochain. Ce 25 juin marque la fin de sa carrière effectuée dans l’une des plus importantes écoles privées du pays, située au sud de Moroni. Alors ce jeudi 25 juin, Yvonne Louise Raharimalala, qui a consacré 37 ans de sa vie à l’apprentissage des enfants, a été ovationnée comme jamais.
Salves d’applaudissements, remerciements et adieux
Déjà dans sa classe de CM2, après son ultime cours à ses élèves bien-aimés : « Parlons par exemple d’une conversion sur les mesures d’aires. Quelle est la différence ? », demande-t-elle à ses apprenants, une craie coincée entre les doigts. Maria lève la main. «Chaque unité contient deux chiffres», répond la jeune fille en uniforme, foulard rose sur la tête. À la fin du cours, ses 33 élèves ont longuement applaudi la vieille dame, connue pour sa capacité à tirer le meilleur d’eux-mêmes.
À la sortie de la classe, une écharpe blanche confectionnée par ses collègues ceint son buste. «Une enseignante d’exception», est-il écrit dessus. Une couronne est posée sur sa tête. De là, cette Malgache qui a passé 59 ans de sa vie aux Comores entreprend de dire au revoir aux élèves. La jeune retraitée est ovationnée le long de son passage : salves d’applaudissements, remerciements et adieux fusent.
Submergée par l’émotion, maîtresse Yvonne fait un dernier tour des classes situées à l’étage. C’est un moment touchant où elle effleure une ultime fois ces petites mains tendues qui lui rendent hommage, distribuant des sourires, le regard parfois embué. Elle est entourée d’un autre instituteur emblématique, Monsieur Issa, aujourd’hui directeur du primaire, du père de deux de ses enfants et d’autres collègues, à l’instar de maîtresse Pâquerette.
Ensuite, c’est dans le Centre de Documentation et d’Information que son périple de plusieurs minutes prend fin. Elle se dirige vers une table recouverte d’un leso où trône un joli bouquet de fleurs. C’est Monsieur Issa qui, le premier, prend la parole. «Aujourd’hui, nous ne célébrons pas seulement un départ à la retraite, nous rendons hommage à plus de 37 années d’engagement, de rigueur et de dévouement au service des enfants et de l’éducation au Groupe Scolaire Fundi Abdoulhamid», a-t-il notamment déclaré.
«Votre conviction a toujours été claire : aucun enfant ne doit rester sans comprendre, sans apprendre, sans maîtriser les bases. Vous preniez le temps qu’il fallait sans jamais céder à la facilité du vite-fait », a-t-il précisé. «Vos applaudissements, votre programme pour me dire au revoir, tout cela me va droit au cœur. N’oubliez pas que c’est mon corps qui quitte l’école mais mon amour, mon affection et ma bénédiction restent ici», a dit la reine du jour en laissant échapper un «oh là là » traduisant la grande émotion qui l’étreignait, sous les rires de l’assistance.
«Une maîtresse d’exception»
Stoïque, elle reprend : « ainsi va la vie. On se reverra, je ne vais pas partir directement, je reste encore à la maison, puisque chez moi, ce sont les Comores. J’y vis depuis 59 ans ». Et du doigt, elle montre celui qui, il y a très longtemps, lui a fait découvrir l’existence de ce pays : son premier mari et père de deux de ses enfants, Aboudou Ben Ali, topographe quand ils se sont connus, il y a près de six décennies. «Il m’a fait aimer les Comores de tout mon cœur. J’adore les Comores, comme j’adore mon autre pays, Madagascar», a-t-elle ajouté en laissant s’échapper un deuxième, puis un troisième «oh là là».
À la fin de son propos improvisé, Housnat Thabit, ancienne élève de l’institutrice, lui remet un certificat de reconnaissance, «en témoignage de gratitude pour ses longues années de service, son dévouement et son engagement exemplaire auprès des élèves ». «Une maîtresse d’exception», a complété la directrice de l’établissement, Masséande Chami-Allaoui. «Un modèle pour nous tous, pour toutes les générations, celles qui sont là et celles à venir », a-t-elle enchaîné.
Ce petit monde se dirige alors vers la cour pour une ultime photo prise non loin du badamier, qui a offert à plusieurs générations son ombrage bienvenu. Une dernière image où trônent, en arrière-plan, deux figures tutélaires de l’école : Fundi Abdulhamid et Ali Mze Ahmed, tous les deux souriants, tous les deux reposant en paix.


