À Hanywamwada, les habitants réhabilitent eux-mêmes leur route dégradée depuis plus de dix ans. Isolés, avec des difficultés d’accès aux soins et un manque d’infrastructures, ils tentent de rompre leur enclavement.

 

Huit kilomètres seulement séparent Kangani de Hanywamwada, dans la région de Djando, à l’est de l’île de Mwali. Pourtant, il est impossible de parcourir cette distance en voiture ou à moto en moins de vingt minutes en raison de l’état extrêmement dégradé de la route. Niché à flanc de falaise, ce tronçon est poussiéreux en saison sèche et boueux pendant la saison des pluies. À cela s’ajoute la présence de milliers de nids-de-poule qui rendent la circulation particulièrement difficile.


Cet axe routier est, de fait, quasiment impraticable depuis plus de dix ans. Pourtant, il traverse une zone à fort potentiel agricole, halieutique et touristique. Malgré ces atouts, il constitue un véritable obstacle à la mobilité des populations locales. «Plusieurs voitures ont arrêté de circuler ici. Pas parce qu’il n’y a pas des passagers mais la route s’est détériorée de manière que pour la traverser on risque d’avoir des soucis mécaniques au niveau de l’automobile. Ses habitants marchent à pieds jusqu’à Kangani afin d’attendre un taxi pour descendre à la ville», explique un habitant de cette localité.Livrés à eux-mêmes, les habitants, soutenus par l’Association culturelle pour le développement du village de Hanywamwada (Acdvh), n’ont d’autre choix que de compter sur leurs propres efforts pour tenter de rompre leur isolement du reste de Mwali. 

L’accès aux services essentiels

Depuis dimanche dernier, ils ont entamé des travaux de colmatage des nids-de-poule afin de permettre aux véhicules de circuler dans de meilleures conditions. Munis de pelles et de brouettes, ils préparent du béton pour combler les zones les plus critiques, dans des conditions difficiles marquées par la forte chaleur et le manque de matériel.«Nous avons initié ce travail depuis 2022. Mais le manque de ressources ne nous permet pas de mener à bien ce projet. Bien que nous soyons conscients qu’on ne pourra jamais bétonner tous ces 8 kilomètres, toutefois nous faisons ce geste pour revendiquer un droit fondamental : celui de circuler, d’accéder aux soins, à l’éducation et aux opportunités en espérant que les autorités vont réagir positivement. Ce n’est pas une question de confort mais de survie», affirme Adiane Saïd Moinsoibou de l’Acdvh.


Cette situation complique fortement l’accès aux services essentiels, notamment aux structures de santé. Selon plusieurs témoignages, les malades sont souvent transportés à dos d’homme jusqu’au district sanitaire de Wanani, ou installés sur des motos-bennes pour ceux qui acceptent de prendre le risque d’endommager leurs engins afin de sauver des vies. En attendant une réponse concrète des autorités, Hanywamwada continue de lutter contre son isolement, grâce à la solidarité de ses habitants.