Le président de la République, en tenue traditionnelle, a d’abord fait part de son émotion, qualifiant la cérémonie de «première dans l’histoire de notre jeune Nation». Comme à Busan en Corée du sud le 25 juillet dernier, Azali Assoumani, un mois après cette reconnaissance mondiale des six médinas, a, une nouvelle fois, défendu la prouesse artistique et la mémoire de ces hauts lieux de la culture comorienne qui continuent, des siècles durant, à façonner l’identité des quatre îles de l’archipel.
L’Organisation des Nations-Unies pour l’Education, la Science et la Culture (Unesco), par le biais de sa directrice régionale pour l’Afrique, a remis officiellement au chef de l’Etat, Azali Assoumani, le document entérinant l’inscription définitive des médinas des sultanats historiques comoriennes sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. La remise de l’acte officiel a eu lieu à Ikoni, samedi 29 août, au cours d’une cérémonie empreinte de fierté nationale et de reconnaissance du travail accompli par l’ensemble des acteurs du processus.
Le génie comorien et l’authenticité des six médinas
Le chef de l’Etat a mis en lumière l’authenticité des six médinas et leur rôle dans la promotion et la valorisation de l’identité de l’archipel. «Ces six villes ne sont pas des ruines mais des lieux où la vie quotidienne se déroule dans les mêmes mosquées, les mêmes bangwe - pangahari, les mêmes cimetières familiaux et princiers», a-t-il declaré. « Ce que racontent les pierres de ces Médinas, c’est l’histoire d’un archipel qui n’a jamais été en marge de la marche du monde. C’est l’histoire de nos sultanats, nés de la rencontre entre l’Afrique, le monde arabo-persan et l’océan Indien, à une époque où nos ports accueillaient des marchands venus de Zanzibar, du Golfe, de l’Inde et de l’Europe», a ajouté le chef de l’Etat.
Tour à tour, Azali Assoumani a démontré la particularité des six médinas avec, d’abord «Moroni» qui «offre un précieux patrimoine architectural swahili et islamique, illustré par la grande Mosquée du Vendredi datant du 15ème Siècle, monument iconique de la cité avec son célèbre minaret». Et puis les villes de «Domoni et Mutsamudu» , considérées à la fois comme un carrefour des migrations arabo-chrétiennes, pour l’une, et un symbole de la richesse architecturale des îles, pour l’autre. Pour le chef de l’Etat, il s’agit du «berceau historique et culturel, qui illustre l’influence chirazienne dès le XIVe siècle, fut longtemps un carrefour maritime de l’océan Indien et abrite un patrimoine architectural d’exception, avec le palais de Pangani édifié au 13ème siècle, le Palais Ujumbe et d’autres palais notables».
Azali Assoumani poursuit son récit de présentation avec «Itsandra et Ntsoudjini-Ngomé». Il parle de «berceau de la civilisation swahilie sur nos côtes » pour la première ville qui, selon lui, «conserve les traces d’un port qui fut longtemps le premier de Ngazidja, la Grande Mosquée, la Double Muraille et le Palais Guerezani, poste d’observation stratégique pour surveiller les flottes ennemies». Pour la deuxième ville, le président de la République a rappelé «la cité aux sept portails, fondée au 14ème Siècle» et qui «incarne la culture, l’érudition et la ferveur religieuse, et fut le berceau de la dynastie qui, fait rare dans l’Histoire politique comorienne, a intronisé une Femme, Wabeja II au 18ème siècle», ajoutant que «la cité porte encore dans ses murailles, les stigmates de la résistance aux pirates et à la colonisation». Il finira la liste par «Iconi-Djabal où se trouvent les ruines du palais des sultans de Bambao et le tombeau du prince Saïd Ibrahim, nous rappelle qu’elle fut une capitale, avant d’être le théâtre du sacrifice dont je viens de parler».
Le chef de l’Etat a appelé non seulement les Comoriens à être fiers de cette reconnaissance internationale des médinas mais surtout à prouver leur capacité à assurer leur entretien et leur préservation. «Le monde reconnaît aujourd’hui ce que nous savions déjà : que notre petit archipel a une grande histoire. Je veux le dire avec clarté : cette inscription est aussi une affirmation de souveraineté sur notre propre récit que nous n’avons laissé personne écrire à notre place et que devons protéger», a-t-il souligné. «Cette souveraineté engage un devoir de notre part, que nous avons commencé à accomplir, en créant l’Office national de valorisation du patrimoine, dont la mission est de veiller sur chacun de ces six sites et d’accompagner les communautés qui y vivent », a ajouté Azali Assoumani.
Dissertant sur «le génie de nos ancêtres» et «l’authenticité des vestiges de notre histoire», Azali Assoumani, toujours dans ce même registre d’éloges aux médinas et à la mémoire collective, a rappelé le potentiel encore existant du patrimoine matériel et immatériel du pays encore non exploré. Il est notamment revenu sur l’histoire des héroïnes d’Ikoni qui, en 1805, pour éviter d’être capturées et réduites en esclavages lors des attaques des pirates, se jetaient dans le vide à partir du haut de la falaise. «Je terminerai comme j’ai commencé, par cette falaise du Djabal d’Iconi, que nous voyons d’ici. Ce que les femmes d’Iconi ont défendu ce jour-là, ce n’était pas seulement leur vie. C’était le droit de rester ce qu’elles étaient, sur leur terre, selon leurs propres termes», a souligné le chef de l’Etat qui a ordonné un autre travail d’identification des autres lieux, sites et monuments qui pourront raconter également la mémoire des îles pour devenir des sites historiques à préserver.
«Chacune de nos six médinas doit…devenir un pôle d’attractivité»
Le chef de l’Etat appelle à faire des six médinas des puissants leviers de développement en faisant chacune «un pôle d’attractivité » pour soutenir des secteurs générateurs de richesses et d’emplois. «Maintenant que le monde nous regarde avec reconnaissance et respect, notre responsabilité est aussi de faire de ce patrimoine un moteur pour notre économie et pour notre jeunesse», a souligné Azali Assoumani qui demande un plan national d’entretien et de valorisation des sites homologués par l’Unesco. Outre des formations à mettre en place, le président de la République exhorte une synergie à créer entre les acteurs étatiques, le secteur privé et les partenaires des Comores pour faire des médinas des moyens de transformation de la structure économique du pays.
Je demande donc au gouvernement d’en faire une priorité nationale, au même titre que les grands travaux d’infrastructure du pays», a-t-il déclaré. «Ce chantier économique suppose des infrastructures : un guide unifié de nos six Médinas, des points d’eau et d’assainissement dans les quartiers historiques, une meilleure desserte entre nos îles, pour permettre un vrai circuit patrimonial reliant nos îles», a-t-il ajouté.
Azali Assoumani a lancé un appel à la mobilisation de tous. «Ce chantier économique suppose aussi des financements et des compétences. J’invite ainsi nos partenaires bi et multilatéraux, techniques et financiers, à orienter une partie de leur appui vers la formation professionnelle pour notre artisanat et la restauration des monuments», a-t-il souligné.




