La France et l’Unesco ont réaffirmé leur engagement à accompagner les Comores à faire de cette reconnaissance internationale un levier de développement économique. «La protection du patrimoine devra être accompagnée d’une planification inclusive, répondant aux besoins des communautés et intégrée au développement socio-économique du pays », a soutenu la directrice régionale de l’Unesco.
La célébration de l’inscription des Sultanats historiques des Comores au patrimoine mondial de l’Unesco s’est tenue ce samedi 29 août à Ikoni ya Bambao. Organisée à la place Bichiyoni sous le haut patronage du président de la République, Azali Assoumani, la cérémonie a réuni les autorités nationales, la première dame Ambari Daroueche, le ministre premier, le secrétaire général du gouvernement, le directeur de cabinet du chef de l’Etat chargé de la Défense, les gouverneurs de Ndzuani et de Ngazidja, les membres du gouvernement, les maires des six médinas, ainsi que plusieurs élus, notables et représentants diplomatiques. Les intervenants dont le chef de la mission de coopération française représentant l’ambassadeur de France auprès de l’Union des Comores, l’ambassadeur permanent des Comores auprès de l’Unesco, Mohamed Badjrafil et le ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, Saïd Mohamed Ali Saïd, entre autres, ont permis de revenir sur le chemin parcouru et les enjeux de l’après-inscription.
L’Unesco salue une «réalisation historique»
Dans son allocution, Louise Anne Haxthausen, directrice du bureau régional de l’Unesco, a exprimé son «grand honneur et immense plaisir» de participer à cette cérémonie. Cette reconnaissance constitue, selon elle, une « immense source de fierté nationale» et témoigne de la contribution des Comores au patrimoine de l’humanité. « Les six médinas historiques portent un témoignage exceptionnel de la position unique des Comores au carrefour de l’Afrique, du monde arabo-persan et du vaste espace de l’océan Indien. Leurs architectures, leurs savoir-faire artisanaux, leurs pratiques sociales et leurs communautés témoignent de plusieurs siècles d’échanges, de créativité et d’adaptation», a-t-elle soutenu.
Elle a également indiqué que les places publiques, les espaces religieux, les maisons en pierre et les autres structures historiques sont intimement liés à l’identité et à la vie quotidienne des Comoriens. «Protéger et conserver ces patrimoines signifie donc soutenir les communautés qui en sont les gardiennes et garantir leur pleine participation à leur avenir», a insisté la responsable de l’UNESCO. Louise Anne Haxthausen a également rappelé que l’inscription au patrimoine mondial est «loin d’être une fin en soi». Elle marque, au contraire, le début d’une «nouvelle responsabilité partagée».
Selon elle, les six médinas sont aujourd’hui confrontées à plusieurs menaces : urbanisation, changement climatique, dégradation des bâtiments historiques et disparition progressive de certains savoir-faire traditionnels. Face à ces défis, «la protection du patrimoine devra être accompagnée d’une planification inclusive, répondant aux besoins des communautés et intégrée au développement socio-économique du pays ». Elle a dit avoir constaté, durant son séjour, une forte mobilisation des autorités, des populations et des partenaires au développement. Louise Anne Haxthausen a souhaité que cette première inscription contribue à une meilleure reconnaissance de la richesse et de la diversité de l’ensemble du patrimoine culturel et naturel des Comores.
Représentant l’ambassadeur de France aux Comores lors de la cérémonie, Samuel Pasquier, conseiller de coopération et d’action culturelle, a salué l’étape que les Comores viennent de franchir après un processus engagé depuis plus de deux décennies. «La France est fière d’être à vos côtés, aux Comores, depuis plus de 20 ans pour accompagner ce très long processus », a-t-il déclaré, rappelant le travail considérable réalisé autour de l’inventaire, de la cartographie, de la recherche et de la documentation des sites concernés.
Un patrimoine à transmettre à la jeunesse
Selon lui, la qualité du dossier présenté par les Comores a permis de convaincre à l’unanimité les membres du Comité du patrimoine mondial lors de sa 48e session, tenue à Busan en juillet dernier. Samuel Pasquier a rendu hommage aux autorités comoriennes, aux équipes techniques ainsi qu’aux femmes et aux hommes qui, depuis plusieurs décennies, œuvrent à la reconnaissance et à la sauvegarde du patrimoine national. «Ce travail a porté ses fruits et la France est heureuse et fière d’y avoir activement contribué grâce à l’engagement des institutions universitaires et de recherche, grâce à l’engagement des experts et des passionnés et, enfin, grâce à l’engagement de son ambassade et du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, dont le soutien financier ces dernières années a été déterminant pour permettre l’enregistrement du dossier que vous avez personnellement porté avec excellence, Monsieur le Président, et déposé au siège de l’Unesco à Paris», a-t-il fait savoir. Pour Samuel Pasquier, l’inscription ne constitue toutefois pas l’aboutissement du processus. «Nous ne sommes qu’au début d’une magnifique aventure», a-t-il affirmé, estimant que cette reconnaissance doit contribuer au développement économique, social et culturel de l’archipel.
À l’en croire, la France entend ainsi poursuivre son soutien à l’Office national de valorisation des patrimoines, ainsi qu’aux institutions et aux experts qui auront la responsabilité de restaurer et de valoriser les palais, sites et monuments qui composent les médinas comoriennes. Le diplomate français a évoqué une série d’engagements pris par son pays, parmi lesquels un appui au Collectif du patrimoine aux Comores pour la rénovation du palais Ujumbe de Mutsamudu, ainsi que le recrutement en cours d’un expert technique international pour appuyer le ministère de la jeunesse, entre autres. D’après lui, la coopération française prévoit également de mobiliser plusieurs grandes institutions spécialisées dans la formation et la transmission des savoir-faire patrimoniaux, notamment l’Institut national du patrimoine, l’École de Chaillot et les Compagnons du Devoir. M. Pasquier a par ailleurs assuré que la Fondation Alif, déjà engagée dans des missions d’évaluation, devrait elle aussi poursuivre son accompagnement.
Au-delà de la reconnaissance internationale, les intervenants ont insisté sur la nécessité de faire de cette inscription un véritable outil de développement. Pour la coopération française comme pour l’Unesco, les retombées doivent notamment bénéficier à la jeunesse comorienne à travers des projets éducatifs, des programmes de recherche et des formations professionnelles. «Cette inscription devra avant tout profiter à la jeunesse comorienne», a déclaré Samuel Pasquier, estimant que le patrimoine peut devenir un vecteur d’épanouissement pour les nouvelles générations. De son côté, Louise Anne Haxthausen a réaffirmé l’engagement de l’Unesco à accompagner les Comores «dans cette nouvelle étape».




