Devant le Comité du patrimoine de l’Unesco, Azali Assoumani a défendu le génie comorien, honoré la mémoire des ancêtres et mis en valeur la richesse culturelle des îles. Il a salué le travail technique des experts comoriens et étrangers avant d’exprimer sa reconnaissance à l’ensemble des partenaires ayant accompagné le processus d’inscription des médinas comoriennes sur la liste d’or de l’Unesco.

 

Le chef de l’Etat a exprimé sa satisfaction, dans son message de félicitation prononcé à Busan en Corée du Sud, peu après la lecture de la décision « 48-COM-8-B-13 » portant inscription officielle et définitive des médinas « des sultanats historiques » des Comores sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Azali Assoumani est revenu sur la particularité des sites homologués dans la construction de l’identité historique comorienne et le rôle joué dans la préservation et l’affirmation de la richesse culturelle des îles de l’archipel des Comores pendant des siècles. « Il s’agit d’un moment historique », a-t-il souligné, entouré du ministre des Affaires étrangères, Mbaé Mohamed, du ministre de la Culture, Said Mohamed Ali Saïd, des gouverneurs des îles et des conseillers de Beit-salam, du représentant permanent des Comores à l’Unesco, Mohamed Soihir Bajrafil, du directeur général du Cndrs, Toiwilou Mzé Hamadi, et de nombreux techniciens comoriens

Un bien commun universel

Le président de la République a d’abord défendu le génie comorien qui, selon lui, doit non seulement être reconnu comme tel mais surtout être partagé avec l’Humanité pour rester un bien commun universel. « Les médinas des Comores rejoignent désormais un patrimoine qui n’appartient à aucune nation en particulier, mais à l’humanité tout entière. C’est avec cette conscience que nous en assumerons la garde, avec humilité et avec détermination », a-t-il indiqué, rappelant l’histoire et la spécificité des médinas dans le façonnement de la vie spirituelle, intellectuelle, politique et économique de nombreuses générations d’ancêtres. « Ces médinas ne sont pas des vestiges figés dans le passé. Leurs ruelles portent encore les pas de ceux qui y prient, y commercent, y célèbrent leurs mariages et y accompagnent leurs défunts selon des rites transmis depuis des temps immémoriaux», a indiqué Azali Assoumani devant le Comité du patrimoine de l’Unesco. 


«Leurs mosquées de vendredi, leurs portes sculptées, leurs places de danse et leurs quais de pêcheurs racontent une histoire commune à tout l'archipel, celle de sultanats qui ont su, durant des siècles, organiser la cité, réguler le commerce maritime et faire dialoguer les croyances et les savoirs venus du monde swahili», a souligné Azali Assoumani, se disant prêt à contribuer au travail de reconnaissance des autres monuments et sites de la région Océan indien. « Cette responsabilité, nous l'assumerons aussi dans une dimension régionale. L’Océan Indien occidental compte d'autres cités  historiques, d'autres traditions maritimes, d'autres mémoires côtières qui méritent la même attention ». Six cités sultanesques (Moroni, Iconi, Itsandra, Ntsudjini, Mutsamudu, Domoni) « nées de la rencontre entre    l'Afrique, le monde arabo-persan, l'Inde et l'océan qui les relie, et qui ont façonné, siècle après siècle, l'âme de l'archipel des Comores», a-t-il souligné. 

«Un centre national de conservation des arts et de la culture»

Toujours dans ce même registre, le chef de l’Etat a remémoré l’histoire souvent méconnue des îles, en rappelant les migrations vécues des siècles durant et les échanges commerciaux qui ont construit des liens entre l’archipel et le reste du monde. Azali Assoumani s’est félicité que ces histoires soient aujourd’hui portées et racontées par des Comoriens et surtout couronnées à travers cette reconnaissance. Pour lui, celle-ci devient ainsi « une affirmation de souveraineté sur notre propre récit : celui d'un archipel qui, loin d'être à la marge des grandes routes de l'histoire en a longtemps été un carrefour actif, un lieu d'échanges, de savoirs et de gouvernance raffinée» avant de souligner que cette même reconnaissance « rappelle au monde que nos îles ont su, bien avant les cartes modernes, relier l’Afrique orientale, la péninsule arabique, la Perse en un seul espace de civilisation». 


Le chef de l’État a défendu avec fierté les médinas, appelant les Comoriens à en être fiers en raison de leur singularité dans la promotion du patrimoine du pays. «Je voudrais m’adresser directement à mes compatriotes, partout où ils se trouvent ce soir, dans le pays et dans la diaspora : ce que le monde reconnaît aujourd’hui, c’est ce que vous avez su préserver sans jamais en attendre de reconnaissance. Continuez à habiter vos médinas, à les faire vivre, à y marier vos enfants et à y raconter vos histoires ; c’est la meilleure garantie que ce patrimoine traversera encore des siècles», a-t-il mentionné. Et sur cet aspect, le chef de l’Etat a appelé la jeunesse à croire en la richesse de leur pays, à en être fière et à en faire des sources d’inspiration pour transformer le pays. « Je le dis souvent à notre jeunesse, et je le répète ici : nous n’avons pas à emprunter notre fierté à d’autres. Elle est déjà dans nos pierres, dans nos mosquées séculaires, dans la mémoire de nos sultans et dans la sagesse de nos anciens », a dit Azali Assoumani avant de faire savoir que « Le rôle de ma génération n'est pas d'inventer cette fierté, mais de l’enrichir et de la transmettre intacte, aux générations qui nous succéderont sur ces îles ».

 

Le Comité du patrimoine de l’Unesco dans cette 48ème  session, les 21 Etats membres, par le biais de leurs groupes régionaux, ont salué la solidité du dossier présenté par les équipes techniques comoriennes avant de qualifier les médinas des îles de «patrimoines vivants» aux «traditions urbaines singulières» et dont l’inscription « ouvre de nouvelles opportunités » pour les Comores. «Nous veillerons également à ce que cette reconnaissance internationale se traduise par des retombées tangibles pour les habitants de ces six cités, dans le respect de leur cadre de vie et de leurs usages », a-t-il déclaré. Le président de la République dit ainsi mesurer la portée de cette reconnaissance et promet de mobiliser les moyens pour mettre le pays en phase avec les engagements pris auprès de l’Unesco. « Une inscription au patrimoine mondial n’est jamais un aboutissement définitif ; elle ouvre un temps d’obligations renouvelées. Mon gouvernement s’engage à doter chacune de ces six cités d’un plan de gestion à la hauteur des exigences de l’Unesco, à mener à bien, avec nos partenaires, la formation de nos experts nationaux à la conservation du bâti ancien, et à associer étroitement les communautés à la gouvernance de ce patrimoine, car ce sont elles qui, chaque jour, en assurent la garde silencieuse», a-t-il souligné, annonçant « un centre national de conservation des arts et de la culture» en cours de création, «pour ancrer durablement ces compétences sur notre sol et former, sur place, les générations qui auront la charge de ce patrimoine après nous».

Le chef de l’Etat, avant de clore son propos, a exprimé la reconnaissance du gouvernement et du peuple comorien à l’ensemble des partenaires ayant accompagné les Comores à réussir ce pari, citant notamment « la Fondation ALIPH , l’École de Chaillot, l’Institut National du Patrimoine de France et les Compagnons du Devoir», «la République Française, le Royaume d’Arabie Saoudite et le Sultanat d’Oman», le « Centre du patrimoine mondial et l’ensemble des experts qui ont examiné notre dossier avec la rigueur » mais aussi les pays amis qui ont soutenu, à différents niveaux, le processus final d’inscription des médinas comoriennes sur liste d’or de l’Unesco.  Une mention spéciale a été adressée au « Dr Badjrafil, notre Ambassadeur Délégué permanent auprès de l’UNESCO ainsi que ses collaborateurs, qui se sont pleinement investis dans cette réussite collective».