Les acteurs du Numérique estiment que les Comores ne doivent pas être en marge des innovations dans un monde en perpétuelle mutation technologique. Il reste maintenant à pousser les réflexions sur le cadre juridique, la régulation, les formations, les défis structurels et les infrastructures. «Ce forum ne doit pas être une fin, mais le point de départ d’une collaboration durable», a souligné le ministre Oumouri Mmadi Hassane.

 

La première édition du Forum de l’Intelligence Artificielle aux Comores s’est tenue ce mardi 31 mars à l’hôtel Retaj. Sous le parrainage du ministère des Postes et des Télécommunications, en charge du Numérique, l’évènement, organisé sous le thème de «l’inclusion numérique», a vu la présence de plusieurs personnalités, notamment le ministre des Postes et des Télécommunications, le directeur général de l’Agence nationale du développement du numérique (Anaden), mais également de nombreux acteurs du numérique, des décideurs publics, entrepreneurs et jeunes passionnés, autour des enjeux liés à l’intelligence artificielle dans le contexte comorien. 


Dès l’ouverture officielle, le ton a été donné par le directeur général de l’Anaden, qui a affichée une ambition claire de ne pas rester en marge de la révolution de l’intelligence artificielle. «En tant qu’autorité en charge du développement du numérique en Union des Comores, l’Anaden a pour mission d’accompagner la transformation digitale de notre pays, de soutenir l’innovation et de favoriser l’émergence de solutions numériques dédiées à l’administration, aux entreprises et aux citoyens», a-t-il déclaré. 


Saïd Mouinou Ahamada a ajouté que l’intelligence artificielle est un sujet déjà pris au sérieux par l’autorité comorienne. « Nous savons ce que cela représente. C’est à la fois un défi, mais surtout une opportunité majeure pour améliorer notre productivité, faciliter l’accès à l’information, simplifier certains traitements et rendre nos services plus efficace», a-t-il ajouté. Lors du cadrage de la vision du forum, Naoufad Saandi, expert en IA & Data, également directeur technique de Zynbusiness et Data Consulting Km (Dckm), a rappelé que le numérique doit être pour tous.

« L’intelligence artificielle n’est pas réservée à quelques spécialistes. Elle doit servir tout le monde : étudiants, entrepreneurs, citoyens. Il faut former, sensibiliser et créer des outils simples et accessibles qui répondent aux vrais besoins de notre population», a-t-il expliqué, insistant sur l’importance, pour chacun, de s’approprier de ces nouvelles technologies pour ne pas rester à la traîne dans la révolution numérique. 

Un croisement des regards des spécialistes

Parmi les moments forts de la rencontre, figure la table ronde consacrée à «l’économie comorienne face à l’IA autour des problèmes, opportunités et freins», qui a permis de croiser les regards des spécialistes. Les intervenants, dont l’expert en IA Naoufad Saandi, le président de l’Association comorienne des tics (Actic), Hamidou Mhoma, le directeur adjoint des opérations à Comorlab, Houssam Said Ali, le directeur technique de l’Autorité nationale de régulation des technologies de l’information et de la communication (Anrtic),

 Taoufik Mbae Hamadi, et Aboubacar Ben Aboubacar, ingénieur et enseignant à l’Université des Comores, ont mis en lumière les défis structurels, notamment en matière d’infrastructures, de formation et de réglementation des nouvelles technologies. Ils ont également rappelé les opportunités qu’offre l’intelligence artificielle dans des secteurs clés comme le commerce. Puis, un quiz dédié à l’IA a permis de tester les connaissances des participants, dans une ambiance plus interactive, suscitant un réel engouement, en particulier chez les jeunes étudiants présents.

L’innovation locale et  de la souveraineté numérique

Le forum a également été marqué par le lancement officiel de l’application ZynBusiness, présenté comme la première « Enterprise resource planning (Erp) » «Made in Comores», également appelé Progiciel de gestion intégré (Pgi). Il s’agit d’une initiative portée par les experts Naoufad Saandi et Youstina Sidi, deux jeunes issus de la diaspora comorienne de France. Ces outils sont décrits comme « une solution digitale » qui aide les Très petites entreprises (Tpe) et les Petites et moyennes entreprises (Pme), à gérer leurs comptabilités, leurs trésoreries et leurs stocks, avec une pointe de vente qui intègre une caisse enregistreuse. 


À en croire ses concepteurs, ZynBusiness permet également aux entreprises de gérer leurs ressources humaines, notamment le pointage en présentiel ou en télétravail, l’édition de la fiche de paie, ainsi que la gestion de projets et un module de Centre de relations clients (Crm). « La particularité de ZynBusiness, c’est une solution qui est pensée depuis le terrain, qui tient compte des réalités comoriennes », a expliqué Naoufad Saandi avant de conclure que «c’est la fondation d’un système d’information conçu pour les entreprises et institutions qui intègrent l’intelligence artificielle».

 En tout cas, l’idée a été saluée par tous les participants et est perçue comme « un signal fort» en faveur de l’innovation locale et de la souveraineté numérique. À son tour, le ministre Oumouri Mmadi Hassani a misé l’accent sur la nécessité de renforcer les synergies entre acteurs publics et privés. «L’inclusion numérique reste une priorité, car aucun développement durable ne peut se faire en laissant une partie de la population de côté», a-t-il rappelé, tout en soulignant que «ce forum ne doit pas être une fin, mais le point de départ d’une collaboration durable».