Soutenu par l’Unesco et le Japon, le diagnostic Ram 2.0 situe les Comores à un stade émergent dans l’intelligence artificielle et formule 23 recommandations à mettre en œuvre d’ici 2030.

 

Du 14 au 17 septembre, la capitale saoudienne a accueilli le 4e Forum sur l’éthique de l’intelligence artificielle, auquel les Comores ont pris part. À cette occasion, le pays a présenté son rapport Ram 2.0, élaboré avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) et du Japon. Mais que révèle réellement ce diagnostic consacré au niveau de préparation du pays en matière d’intelligence artificielle ?
Comme dans les autres pays concernés par cet outil, le Ram 2.0 a permis aux Comores d’évaluer leur niveau de préparation dans plusieurs domaines de politiques publiques. L’exercice a débouché sur 23 recommandations à mettre en œuvre d’ici 2030. Une consultation nationale, organisée le 10 août, a réuni environ 40 représentants des institutions publiques, du secteur privé, de la société civile et des partenaires techniques.
Membre de l’AI Ethics Experts Without Borders, réseau mondial d’experts en éthique de l’intelligence artificielle créé par l’Unesco, Karim Attoumani revient sur les principaux enseignements de cette évaluation.


Selon lui, le Ram 2.0 situe les Comores à un stade émergent de leur préparation à l’intelligence artificielle. «Il faut d’abord distinguer les usages de l’IA de la capacité nationale à la gouverner et à la développer. Les outils d’IA sont déjà accessibles aux citoyens, aux professionnels, aux entreprises et aux agents des administrations, notamment à travers les services numériques disponibles sur le marché. En revanche, le pays ne dispose pas encore d’un déploiement structuré et généralisé de systèmes d’IA dans les politiques publiques», souligne Karim Attoumani, dans un entretien accordé à Al-watwan.

Des lacunes persistantes

L’un des principaux enjeux consiste désormais à créer les conditions nécessaires à une adoption de l’intelligence artificielle conforme aux principes éthiques. Selon le rapport consulté par Al-watwan, son usage reste encore peu ancré aux Comores. Les lacunes structurelles identifiées concernent onze domaines.Sur le plan juridique, le pays dispose d’une législation comportant plusieurs dispositions consacrées à l’intelligence artificielle dans les médias. Le rapport relève toutefois l’existence d’un cadre principalement sectoriel, plutôt que transversal.


Sur le volet éthique, les Comores ne disposent ni d’une stratégie nationale dédiée à l’intelligence artificielle, ni d’un instrument juridique spécifique, ni d’un organe indépendant chargé de l’orientation éthique. «Cette configuration ne traduit pas seulement une contrainte de ressources mais reflète un stade de structuration de la gouvernance numérique où les priorités nationales ont porté sur les infrastructures et la connectivité de base», indique le rapport Ram 2.0.


Le document relève néanmoins certaines avancées récentes, notamment l’installation d’un comité national directeur multidisciplinaire. Pour Karim Attoumani, le pays dispose également de plusieurs bases sur lesquelles peut s’appuyer une future politique nationale de l’IA. Il cite notamment la stratégie Comores numérique 2028, qui fixe le cadre général de la transformation numérique. «Les Comores disposent également d’infrastructures de connectivité internationale, d’un cadre juridique en matière de cybersécurité et de protection des données et, depuis 2025-2026, d’une première référence législative explicite à l’intelligence artificielle», poursuit-il.

Vers une stratégie nationale

 

Le Ram 2.0 met toutefois en évidence plusieurs conditions qui restent à réunir : l’élaboration d’une stratégie nationale spécifiquement consacrée à l’IA, l’amélioration de la gouvernance et de l’interopérabilité des données, ainsi que la mise en place d’une protection des données pleinement opérationnelle.L’Unesco a apporté son appui à la méthodologie, à l’accompagnement du processus d’évaluation et à la structuration d’une démarche nationale. Le diagnostic a porté sur plusieurs dimensions, notamment la gouvernance, les données, les infrastructures, l’éducation et la recherche, ainsi que l’économie et le travail. «La Ram 2.0 a ainsi constitué un exercice de diagnostic et d’appropriation nationale. Les consultations ont permis de confronter les premières conclusions aux réalités du pays, de préciser certains constats et d’identifier les principaux enjeux et arbitrages liés à la mise en œuvre», explique Karim Attoumani.


L’étape suivante revient désormais aux décideurs, appelés à élaborer une stratégie nationale d’intelligence artificielle. Celle-ci devra notamment définir une vision, des priorités, un cadre de gouvernance et les secteurs dans lesquels l’IA pourrait apporter une réelle valeur ajoutée.
 «L’enjeu sera également de construire une stratégie réellement adaptée au contexte comorien. Il ne serait en effet pas pertinent de transposer mécaniquement des modèles conçus pour de grandes économies. D’autant que les contraintes sont différentes : notre insularité, la taille du marché», relève Karim Attoumani, doctorant en gouvernance du numérique. La question des données devra également occuper une place centrale. «La numérisation du shikomori et de ses variantes peut notamment être considérée comme une question d’inclusion pour ne pas exclure une partie des futurs services numériques parce que les systèmes d’IA prennent insuffisamment en compte les langues et le contexte culturel du pays», plaide-t-il.