Témoignages contrastés, expériences parfois douloureuses et inquiétude diffuse : en France, des Comoriens s’expriment sur la montée de l’islamophobie et ses répercussions concrètes dans leur quotidien professionnel et social.
La récente publication en France d’un rapport parlementaire sur la cohésion nationale et la lutte contre les dérives communautaristes, préconisant un renforcement des contrôles sur certaines structures religieuses et associatives, ravive les débats sur la place de l’islam dans ce pays qui accueille la plus grande diaspora comorienne, qui est aussi musulmane. Dans ce contexte tendu, celle-ci s’interroge avec raison sur comment perçoit-elle la montée de l’islamophobie, et si ces crispations influencent réellement son quotidien.
Les témoignages recueillis dessinent une réalité contrastée, parfois troublante. Pour Radjma Saandi, ancienne étudiante aujourd’hui installée à Mayotte, l’expérience a été marquée par des discriminations directes. Employée comme caissière durant ses études, elle se souvient de clients évitant sa caisse en raison de son foulard. «Lors d’un entretien pour une alternance, on m’a clairement dit que je ne pouvais pas être prise parce que je serais en contact avec les clients», confie-t-elle. Pendant les Jeux olympiques de Paris en 2024, on lui aurait même demandé de retirer son bandeau. Et les remarques répétées durant le ramadan et sur sa tenue vestimentaire ont fini par peser : «Parfois, on préférait cacher notre appartenance religieuse pour éviter les jugements», concède-t-elle.
À Vannes, en Bretagne, Houssamoudine Said Soilihi évoque un ressenti plus nuancé. Personnellement, il dit ne pas être directement ciblé. «En tant qu’homme noir, je ne suis pas trop impacté. Mais ça me fait mal de voir ce qui se dit dans les médias ou sur les réseaux sociaux », explique-t-il. Ce dernier dénonce des discours politiques qui «mettent de l’huile sur le feu». Selon lui, « les femmes voilées demeurent les premières exposées». Il évoque également des obstacles persistants à l’embauche ou au logement, citant «des refus liés à des noms à consonance arabe». Toutefois, il souligne une disparité territoriale : «Dans les grandes villes, c’est plus tendu. En province, ça va mieux», affirme-t-il.
À Montpellier, Mohamed Nour Athoumane, étudiant, affirme ne pas avoir subi de discrimination directe. «La communauté comorienne pratique paisiblement sa religion, dans le respect des lois», assure-t-il, tout en regrettant certains discours politiques d’après lui «généralisants». Même analyse chez Saïd Hamidou Allaoui, économiste statisticien à France Travail et auteur de Le Code Intérieur, qui dit ne pas ressentir d’impact dans son environnement professionnel, sans nier que des situations différentes puissent exister ailleurs.Au sein de la diaspora comorienne, le constat demeure donc pluriel. Entre expériences de discrimination, vigilance accrue et intégration sans heurts apparents, une même inquiétude traverse néanmoins les esprits : celle d’un climat national où le débat politique, en se crispant, fragilise le sentiment d’appartenance et place une partie des citoyens dans une situation aussi inconfortable que perplexe.



