Autrefois largement observé aux Comores, le jeûne du 27 Miradj tend à perdre sa vivacité d’antan. Entre héritage culturel, débats théologiques et nouvelles recherches religieuses, les fidèles se souviennent de l’ambiance d’antan..

 

Dans le calendrier musulman, certains mois occupent une place particulière en raison des rites et événements spirituels qui y sont associés. Le mois de Miradj en fait partie. Il renvoie à l’élévation du prophète Muhammad vers les cieux, un voyage nocturne au cours duquel eut lieu un échange spirituel majeur avec le Créateur, notamment la prescription des prières obligatoires.  Selon la tradition, cet événement s’est déroulé dans la nuit du 26 Miradj. Le lendemain, le 27 Miradj, le Prophète a relaté ce voyage à ses compagnons jusqu’à la prière de midi. C’est dans ce contexte qu’est né, dans certaines sociétés musulmanes, un jeûne spécifique observé à cette date.


Aux Comores, le jeûne du 27ᵉ jour du mois de Miradj, que l’on a observé le samedi 17 janvier dernier, a longtemps été pratiqué par une majorité de la population pour marquer cet événement religieux. Cependant, un constat s’impose aujourd’hui : cette pratique perd progressivement de son ampleur. Les préparatifs, l’ambiance familiale autour du jeûne et même la rupture collective semblent s’être estompés pour laisser place à un silence presque total.  Attuya Youssouf, native de Vouvouni ya Bambao, évoque avec nostalgie le passé.

«Je constate qu’à nos jours, le jeûne du 27 Miradj n’est plus pris en compte comme jadis. Durant notre enfance, presque tout le monde jeûnait, et il y avait une véritable ambiance dans les cuisines. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui», confie-t-elle.  Selon cette dernière, cette évolution serait liée à une forme de relâchement religieux ou à des divergences de croyance. «Certains prédicateurs affirment qu’il n’est mentionné nulle part l’obligation de jeûner ce jour », dit-t-elle. Toutefois, elle rappelle que d’autres savants encouragent toujours cette pratique, car ils estiment que « le 27 Miradj est un jour sacré où les prières sont exaucées ».


Au-delà des débats doctrinaux ou religieux qui peuvent entourer cette pratique, le jour du Miraj occupait aux Comores une place fondamentale en tant que première étape de l'initiation au jeûne. Il s'agissait d'un moment privilégié pour encourager les enfants à s'initier à cet exercice, permettant ainsi d'évaluer leur resistance face à la privation de nourriture et de boisson.

Une valeur culturelle et initiatique

Pour toute une génération, l'apprentissage a débuté lors d'un jour de Soiha Mwedja. Ce moment était vécu avec l'enthousiasme d'une véritable fête. Mahmoud Abdou se remémore avec nostalgie que ceux qui parvenaient à tenir jusqu'au coucher du soleil étaient systématiquement récompensés par des cadeaux, parfois symboliques ou virtuels. « À l'époque, on pouvait nous offrir la propriété d'un manguier ou d'un cocotier ; l'essentiel était de combler de joie le jeune débutant », confie-t-il.


Cette journée revêtait également une dimension sociale importante : c'était l'occasion idéale pour les jeunes mariés de recevoir leurs invités de marque et de partager avec eux la rupture du jeûne. Cette forte charge symbolique a fait du jeûne du Miraj, durant de nombreuses années, un rendez-vous marqué par de grands festins et une ferveur familiale unique.