En dépit de cette légère progression, les défis persistent encore, selon le président du syndicat national des journalistes comoriens, qui a cité entres autres « l’autocensure, les ponctions de salaires et surtout la précarité de la profession ».
La journée mondiale de la liberté de la presse a été célébrée hier, dimanche 3 mai, à travers la traditionnelle marche qui part de la gare Karthala jusqu’à la place de l’indépendance. Le cortège a vu la participation de journalistes, d’amis de la presse mais également la présence de la Ministre de l’Information, Fatima Ahamada et de directeurs d’organes de presse. Contrairement aux éditions récentes, la marche d’hier n’a pas été rythmée par des chants. Les participants s’exprimaient via des banderoles et autres pancartes, dont certaines appelaient à l’éclaircissement sur le décès trouble du premier président du syndicat, Ali Abdou, dont la mort survenue en 2020 n’est toujours pas élucidée. Le Syndicat national des journalistes comoriens a décidé d’instituer, en sa mémoire, le Prix Ali Abdou pour primer le «meilleur journaliste engagé de l’année, qui sera décerné chaque 12 décembre» a annoncé le Président du syndicat fraîchement élu Chamsoudine Said Mhadji.
Aide aux médias
Il faut savoir que cette année, les Comores ont grimpé à la 72è place du dernier classement de l’Ong, Reporters sans frontières. L’an dernier, le pays avait perdu 4 points. Cette progression devrait aider à améliorer un climat encore fragile. « Si les Comores ont connu une légère remontée de trois points dans le classement 2026 de Reporters sans frontières, la situation demeure fragile. Notre profession est confrontée à plusieurs difficultés : licenciements, ponctions et baisses de salaires, suspensions, censures et autocensures, entre autres », a relevé le président du syndicat qui a rappelé l’interpellation à deux reprises du journaliste Abdou Moustoifa en 2025« pour deux affaires qui auraient dû être traitées par le régulateur de la presse, le CNPA ».
Il a aussi saisi l’occasion pour rappeler à la ministre de l’information la précarité qui frappe la profession. «Garantir une information fiable exige également des moyens. On ne peut exiger une presse de qualité si celle-ci lutte quotidiennement pour sa survie économique. C’est pourquoi le Snjc réitère aujourd’hui sa demande pressante concernant la mise en place effective et pérenne de l’aide de l’État aux médias privés, prévue par l’article 165 du code de l’information», a réclamé Chamsoudine, relevant que le chef de l’État, Azali Assoumani, avait pris l’engagement, lors de la présentation des vœux 2026 à la presse, de donner des instructions à son gouvernement pour débloquer cette subvention à la presse.
«C’est à vous madame la ministre et au Cnpa de concrétiser cela techniquement. Cette aide n’est pas une aumône, mais un investissement dans la solidité de notre démocratie. Elle doit permettre aux rédactions de se professionnaliser, de former leurs journalistes et de garantir des conditions de travail dignes, conformément à la loi », a lancé le successeur d’Ahmed Bacar. Cette année le thème de la journée de la liberté de la presse est «façonner un avenir en paix». Toutefois, au niveau national, le syndicat a choisi la thématique : «Comment garantir une information fiable aux Comores à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle (IA)». «Ce thème nous place au cœur d’un défi majeur. Aujourd’hui, l’information circule à la vitesse d’un clic, mais la vérité peine parfois à suivre. Dans ce tumulte numérique, le rôle du journaliste professionnel comorien est plus crucial que jamais. Nous sommes le rempart contre la désinformation et les garants d’une information collectée, traitée et vérifiée avant publication», a sermonné, le numéro 1 du Snjc.
Arme à double tranchant
Un rappel repris par la ministre de l’Information, Fatima Ahamada, qui a appelé les journalistes à faire preuve de professionnalisme. «Certes, la constitution comorienne garantit la liberté d’expression. Cependant, nous sommes tous conscients que la liberté de la presse est un édifice fragile que nous devons consolider chaque jour par la loi, l’éthique et la vigilance citoyenne. C’est donc naturellement le travail de l’État, des journalistes et des citoyens critiques et respectueux », a mentionné l’ex-présentatrice de l’Ortc. C’est dans cette direction que l’ancien préfet du centre, Ali Mohamed Djalim, a rebondi. «Je ne saurais que rappeler que la presse est une arme à double tranchant. Donc, la presse peut aider un pays à se relever, à se remettre sur les rails, à assurer son développement, comme elle peut enfoncer un pays dans la bêtise », a souligné l’enseignant chercheur. Moustafi Youssouf, journaliste à la Facebook Fm, lui, estime que cette année, les intimidations ont diminué. «Ça me réjouit. Nous avons gagné d’ailleurs 3 points. Le journalisme continue d’attirer, malgré le manque de formation. Seulement, en dépit de cette volonté que nous observons, peu se rapprochent des professionnels pour apprendre, ce qui fait qu’à chaque dérapage, c’est l’image de la profession qui est ternie », a-t-il déploré.



