Célébrée chaque année à travers le monde le 23 juin, la Journée mondiale de la Fonction publique a été marquée pour la première fois aux Comores par une série d’échanges sur les défis de l’administration publique. Réunis lors du deuxième panel, les intervenants ont plaidé pour une administration plus inclusive, fondée sur le mérite, l’égalité des chances et le renouvellement générationnel. Un débat qui a également mis en lumière les obstacles qui freinent encore l’accès des femmes aux postes de responsabilité

 


La transformation culturelle de la fonction publique, l’égalité professionnelle et le renouvellement générationnel ont été au centre des échanges du deuxième panel organisé mardi 23 juin à l’hôtel Retaj, dans le cadre de la première célébration de la Journée mondiale de la Fonction publique aux Comores. Animé par le directeur régional de la Fonction Publique de Ngazidja, Nabhane Mohamed, ce panel a réuni la ministre de l’Information, du Genre, de la Culture et des Arts, Fatima Ahamada, la directrice générale de l’Artisanat, Rahamatou Goulam, ainsi que le directeur général de l’Institut Universitaire de Technologie (Iut), Elhadj Mohamed.


Placée sous le sous-thème «le rôle des femmes et des jeunes dans une administration comorienne en transformation », la rencontre a permis d’aborder les obstacles qui freinent encore l’accès des femmes aux postes de responsabilité, les attentes des nouvelles générations ainsi que les évolutions nécessaires pour bâtir une administration plus inclusive et performante.


Ouvrant les échanges, la ministre Fatima Ahamada a dressé le constat d’une sous-représentation persistante des femmes dans les sphères décisionnelles. «Malgré leurs performances dans le système éducatif, aujourd’hui encore les femmes restent sous-représentées dans les postes de décision», a-t-elle regretté, rappelant qu’elles sont pourtant majoritaires dans l’enseignement supérieur. 


Pour elle, ces inégalités sont davantage liées à des freins structurels et culturels qu’à un manque de compétences. La ministre a notamment évoqué les stéréotypes persistants, les plafonds de verre et certaines pratiques qui limitent encore l’évolution professionnelle des femmes. Selon elle, la promotion de l’égalité passe par des actions concrètes. «Cela signifie que nous devons renforcer les politiques de formation et de mentorat, promouvoir la transparence salariale et soutenir la conciliation des temps de vie», a-t-elle soutenu avant d’insister sur la nécessité de changer les mentalités. «L’égalité ne se décrète pas, elle se construit chaque jour dans les pratiques, dans les institutions et dans le regard que nous portons sur les femmes», dit-elle avant de conclure : «Lorsque les femmes accèdent aux postes de décision, ce n’est pas seulement elles qui gagnent, c’est toute la société qui progresse ». Pour sa part, la directrice de l’artisanat, Rahamatou Goulam, a témoigné de son expérience de près de trois décennies dans l’administration publique, mettant en lumière les difficultés auxquelles les femmes restent confrontées dans leur évolution professionnelle.

 

 «Les textes sont là, mais il manque leur application effective», a-t-elle fustigé. La directrice de l’Artisanat a également insisté sur le poids des responsabilités familiales dans les trajectoires professionnelles des femmes. «La femme doit être à la fois au foyer, au bureau et conseillère conjugale. Elle doit tout assumer», a-t-elle souligné. Pour elle, les réflexions sur l’égalité doivent désormais déboucher sur des mesures concrètes permettant aux femmes d’accéder plus facilement aux postes de décision.Enfin, la question du renouvellement générationnel a également occupé une place importante dans son intervention. «Bientôt, dans dix ans, je partirai à la retraite. Il faut donner la possibilité aux jeunes générations d’intégrer la fonction publique et de prendre la relève», a-t-elle plaidé. Selon elle, les jeunes recherchent aujourd’hui «une administration qui donne du sens à leur engagement, qui valorise leurs compétences et qui encourage l’innovation».


De son côté, le directeur général de l’Iut, Elhadj Mohamed, a mis en évidence le paradoxe entre la réussite académique des filles et leur faible présence dans les postes de responsabilité. S’appuyant sur les données de l’enseignement supérieur, il a rappelé que les femmes représentent aujourd’hui «près de 59 % des effectifs universitaires» et qu’elles sont également plus nombreuses que les garçons parmi les admis au baccalauréat. «Nous avons plus de filles admises au baccalauréat que de garçons et plus de filles dans l’enseignement supérieur», a-t-il souligné, avant de poursuivre : «Toutefois, lorsqu’on arrive au niveau de l’orientation professionnelle et du déroulement de carrière, il y a une perdition», a-t-il observé. Pour l’universitaire, cette situation illustre le décalage qui subsiste entre les performances académiques des femmes et leur accès aux fonctions de responsabilité.


Les échanges avec le public ont enrichi le débat. Directeur des Affaires politiques et juridiques au ministère des Affaires étrangères, Faissol Mohamed Tadjidine, a livré un témoignage édifiant. Responsable d’une équipe composée majoritairement de femmes, il a salué leur professionnalisme et leur efficacité. «J’avoue que les hommes sont efficaces, mais les femmes sont plus efficaces que les hommes», a-t-il affirmé, avant de les qualifier de «très actives, rapides, ponctuelles et assidues». Pour lui, les compétences féminines existent déjà au sein de l’administration et méritent d’être davantage valorisées. Il a également attiré l’attention sur les préoccupations des jeunes diplômés face à leur avenir professionnel. «Ces jeunes-là se demandent : si je travaille dans la fonction publique, qu’est-ce qui m’est réservé pour demain ?», a-t-il rapporté, appelant à améliorer les perspectives de carrière, les opportunités de formation et les conditions de travail offertes aux nouvelles générations.


Dans la salle, une participante a également plaidé pour une accélération des réformes en faveur de la parité. Regrettant la faible présence des femmes aux postes de responsabilité malgré leurs performances académiques, elle a appelé à la promulgation de la loi Hadjira, estimant qu’elle favoriserait une représentation plus équilibrée des femmes dans les fonctions nominatives et électives. «Si cette loi était promulguée, nous aurions davantage de femmes dans les postes nominatifs comme dans les fonctions électives», a-t-elle déclaré.
Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : la modernisation de la fonction publique ne pourra être pleinement réussie sans une meilleure valorisation des compétences féminines et une intégration accrue des jeunes générations. Entre l’évolution des mentalités, le renouvellement des effectifs et la promotion du mérite, les intervenants ont appelé à bâtir une administration plus représentative, plus attractive et davantage tournée vers les défis du XXIe siècle.