Kamal’Eddine Saindou, journaliste, ancien correspondant de Rfi à Moroni et ancien membre du Cnpa : un média souple et facile à accéder
Toute réflexion est intéressante. La radio demeure à mon sens le meilleur média par sa souplesse et sa facilité d’accès. On peut l’écouter sur terre, en mer et à la campagne. Internet a accru son audience. Elle parle à tout le monde et tout le monde peut avoir la parole sans des moyens techniques sophistiqués. Une fois cela dit, la radio dépend de la qualité des journalistes, de la diversité et du dynamisme des programmes. Or, c’est ce qui fait défaut et lui fait perdre sa place. Le fait que c’est un média parlé a encouragé la paresse des équipes qui pensent qu’il faut juste avoir une voix pour travailler à la radio. Or, ce média demande beaucoup de travail pour parler clairement, de manière concise sur des contenus parfois complexes. Elle demande aussi, de disposer d’un vocabulaire riche sans être savant. Pour un pays comme le nôtre, la radio est le média qui devrait davantage attirer les journalistes puisqu’elle parle la langue des gens, du peuple. Elle l’est plus qu’une presse écrite en français qui ne sait pas qui est son vrai public.
Ali Moindjié, journaliste et ancien membre du Cnpa : comment pérenniser nos radios
Les radios associatives et communautaires étaient nombreuses, mais beaucoup ont disparu faute de ressources, il est important de penser à leur pérennité. Les radios publiques dominent actuellement sur les radios communautaires ou associatives, bien qu’elles soient dans un état végétatif. La loi prévoit la création d’un holding pour les radios Comores, Ndzuani et Ortn afin de redynamiser le secteur. Les radios associatives sont souvent illégales, car non reconnues officiellement et ne peuvent pas se développer sans enregistrement.
Les radios associatives enregistrées ne respectent généralement pas les cahiers de charges, ce qui pose un problème. Il faudrait renforcer les capacités du Cnpa pour rédiger des cahiers de charges détaillés et les faire respecter. Le régulateur devrait élaborer un plan d’attribution des licences pour encourager différents types de radios locales, régionales et nationales avec des critères spécifiques. Le régulateur doit en effet se doter d’un plan d’attribution des licences de façon à prévoir à l’avance quel type de radio locale par exemple inciter dans telle région avec quels critères, quel type de radio régionale dans telle île, quel type de radio privée nationale, etc. La loi prévoit trois catégories de radio : locale, régionale et nationale, pouvant être publiques ou privées.
Pour que le secteur de la radio prospère, le régulateur doit être fort et les règles doivent être claires et respectées pour attirer les opérateurs, y compris étrangers. Une régie de publicité communautaire pourrait permettre de partager les publicités existantes. Il est également important de former les jeunes aux métiers de la radio pour éviter l’improvisation, qui peut nuire aux médias en général. L’ouverture démocratique et la liberté de ton sont essentielles pour le développement des radios, mais la censure et l’autocensure peuvent briser leur élan. Les décideurs politiques doivent décider s’ils veulent un pays où l’information et les opinions circulent librement ou non, car cela aura un impact sur le développement des radios.
Ibrahim Ali Saïd Félix, directeur général de l’Office de la radio et télévision de Ngazidja : un outil qui ne nécessite pas tant de préparation
La radio est pour moi l’outil d’information et de communication par excellence. Elle est techniquement facile à réaliser et ne nécessite pas autant de préparation que la télévision ou la presse écrite. De plus, elle attire encore de nombreux auditeurs. Bien que certains pensent que les nouvelles technologies d’information et de communication aient affaibli son influence, je suis persuadé que celle-ci (la radio) reste inchangée.
Toufé Maecha, directeur de l’information de l’Office de radio et télévision des Comores : Manque de moyens criant de nos radios
Je pense que le contenu proposé par nos radios reflète plutôt un manque de moyens criant, qu’un manque de professionnalisme. Des professionnels, nos radios en regorgent. Je le vois à l’Ortc où, si nous couvrons 80% à Ngazidja et 70% à Ndzuani, nous n’avons pas forcément les mêmes parts d’audience vis-à-vis de la concurrence. La fragilité économique structurelle des médias en général et des radios en particulier les rend vulnérables et timorés. Les accointances relationnelles des dirigeants font le reste. Il y a une autre évidence : le fait qu’il n’y a aucune ligne budgétaire des radios qui touche à l’investissement, cela l’affaiblit et la maintient sur la coupe directe des pouvoirs publics, si tant est que ceux-ci s’y intéressent. Je pense qu’un peu de moyens, et une indépendance éditoriale garantie, permettraient aux journalistes et autres animateurs de libérer leurs talents.
Ibnou Mohamed, journaliste et animateur de La matinale de l’Ortc : l’intérêt de la radio est en fonction de son programme
Je ne suis pas de ceux qui pensent que l’avènement d’internet ou des nouvelles technologies constituent un frein ou une menace à l’épanouissement de la radio. Pour preuve, Radio France internationale a toujours le même succès et La matinale de l’Ortc, selon nos auditeurs, rivalise en termes d’audience avec le journal télévisé du soir, et ce, malgré le fait que l’Ortc n’est pas captée sur l’ensemble du territoire. Si les nouvelles technologies constituent un frein, c’est vis-à-vis de la télé qui elle, demande un effort de concentration supplémentaire contrairement à la radio puisqu’on peut faire des tas d’autres choses en l’écoutant. Je pense surtout que si la radio nationale en l’occurrence n’a pas le même succès qu’auparavant, c’est surtout à cause des programmes. Il y a aussi le fait qu’avant, on pouvait capter la radio nationale, aujourd’hui avec l’avènement des nouvelles technologies, l’arrivée de nombreux diplômés et l’argent qu’engrange l’Ortc, certaines zones géographiques sont non-couvertes. C’est regrettable. Ce n’est pas la faute du gouvernement puisqu’il y a beaucoup d’argent qui rentre dans les caisses de l’Ortc, mais il est alloué là.
Il ne faut pas oublier la priorité qui est la proximité de la radio avec les Comoriens. En somme, s’il y a déclin de la radio aux yeux des Comoriens, c’est à cause de la couverture, car si la radio nationale n’arrive pas à couvrir tout le territoire, ce ne sont pas les radios privées qui y parviendront. Ensuite, il y a les programmes proposés par les radios.Quand on parle de Rfi et de La matinale de l’Ortc, on parle d’un programme, ce n’est pas toujours le cas avec les autres radios et émissions. Il y a aussi les difficultés que nous rencontrons et qui sont causées par les intermédiaires. Ceux qui sont entre nous et le directeur général. Enfin, il y a le personnel.Pour qu’il y ait des programmes, il faut un personnel qualifié et formé, car même pour diffuser des chansons, il faut un minimum de connaissances. La solution pourrait venir du recyclage du personnel avec des formations octroyées aux personnes qu’il faut. Il y a aussi le recrutement qui est fantaisiste et qui a ses conséquences. Ça, c’est dans le public. Pour le privé, nous constatons une pullulation de radios sans forcément tenir compte de la demande. Je pense aussi que les radios communautaires manquent d’appui de la part des communes. Par là, je parle de budget, de salaires et de conditions de travail. On ne peut pas tout le temps faire du bénévolat, il y a la vie et nos différentes responsabilités qui nécessitent un minimum de revenu.