Nommé officiellement à la tête de la Direction générale des routes et des transports routiers le 1er juin 2026, Kaldas Boinali dévoile ses priorités et les nouvelles mesures envisagées pour renforcer la sécurité routière. Dans cet entretien, il revient sur les accidents, la réforme du permis de conduire, la numérisation et les défis du secteur.
Vous venez de sortir une note stipulant que «tout accident résultant d’un excès de vitesse, d’un état d’ivresse ou d’une négligence entraînera systématiquement une suspension temporaire du permis de conduire». Qu’est-ce qui a motivé cette mesure ?
Tout d’abord, je vous remercie pour votre déplacement. Concernant ce communiqué, nous constatons depuis près d’un an que des accidents de la circulation se produisent presque quotidiennement. Certains sont mortels, tandis que d’autres causent uniquement des dégâts matériels. Face à cette situation, nous avons jugé nécessaire de rappeler les dispositions du nouveau code de la route relatives aux excès de vitesse, aussi bien en agglomération qu’en dehors des agglomérations. Selon les statistiques dont nous disposons, les accidents liés à l’excès de vitesse sont les plus nombreux. Ils sont également souvent associés à la conduite en état d’ivresse ou à des comportements négligents. Lorsqu’une enquête menée par les forces de sécurité établit qu’un accident est dû à un excès de vitesse, à l’ivresse ou à une négligence grave, la Direction procède à la suspension du permis de conduire du contrevenant.
La délivrance des permis de conduire avait cessé, et l’on avait un moment évoqué l’introduction de permis biométriques. Où en est-on maintenant ?
D’abord, je tiens à expliquer les nouvelles mesures relatives à l’obtention du permis de conduire. Désormais, le candidat doit obligatoirement passer par une auto-école avant de se présenter à l’examen national. Celui-ci sera organisé quatre fois par an, soit chaque trimestre. Le permis sera délivré aux candidats ayant réussi les épreuves théorique et pratique. S’agissant du permis biométrique, des discussions sont en cours avec une société spécialisée. Les termes de référence ont déjà été élaborés et l’entreprise a soumis sa proposition. Nous attendons, cette année, la validation de cette proposition par le gouvernement en concertation avec les différentes parties prenantes, avant de procéder au lancement des permis biométriques.
Justement on a le sentiment que plus personne ne passe l’examen du permis de conduire. Pourquoi en est-on arrivé là ?
Avant c’était un peu la pagaille et le copinage. Il était possible d’avoir le permis sans savoir conduire, mais désormais personne n’aura le permis avant de maîtriser le code de la route et la conduite.
Les visites techniques des véhicules aussi, elles se font beaucoup plus sur le papier. C’est une pratique destinée aussi à durer ?
La numérisation de nos documents administratifs est en marche, notamment pour les visites techniques, les permis de conduire et les cartes grises. Dans le cadre du contrat en discussion avec la société chargée de la mise en place du permis de conduire biométrique, la numérisation des visites techniques est également prévue. L’objectif est d’améliorer la qualité et la fiabilité de ces contrôles, en introduisant de nouveaux outils permettant d’effectuer les vérifications des véhicules à l’aide de machines spécialisées, contrairement aux pratiques utilisées auparavant.
Comment le retrait des points va-t-il se faire alors que le permis actuel est encore sous format papier cartonné ?
Il faut d’abord comprendre le fonctionnement du retrait de points pour constater que sa mise en œuvre est possible. Dans plusieurs pays, il existe un système spécifique basé sur l’enregistrement des infractions, qu’elles soient simples ou graves. Par exemple, le non-port de la ceinture de sécurité ou du casque à moto peut entraîner un retrait de points. Un système informatisé est déjà programmé et sera opérationnel prochainement. À chaque amende, infraction constatée ou retrait de points, l’usager recevra une notification sur son téléphone. Une fois le nombre maximal de points retirés atteint, le permis sera automatiquement suspendu et considéré comme invalide.
En tant que nouveau directeur des routes et du transport routier, quel est votre feuille de route à court et long terme ?
Encore merci. À court terme, plusieurs actions urgentes doivent être menées, notamment la réduction des accidents de la circulation, la lutte contre les embouteillages, l’entretien des routes, la résorption des nids-de-poule, particulièrement dans les capitales, ainsi que l’évacuation des eaux stagnantes, notamment à Zilimadjuu-Moroni. À long terme, il faudra envisager la diversification des axes routiers, la réglementation des passages et la mise en place d’un projet de transport public, pour ne citer que ces quelques priorités.


