En visite dans la médina de Moroni, une délégation de l’Unesco a parcouru plusieurs sites historiques majeurs. Cette mission vise à évaluer les atouts patrimoniaux du site en vue d’une inscription au patrimoine mondial.
Une délégation de l’Unesco a effectué, hier jeudi 25 juin, une visite guidée de la médina de Moroni afin de découvrir plusieurs de ses sites historiques et patrimoniaux. La tournée s’est déroulée en présence du maire de Moroni, d’ambassadeurs, d’experts, de partenaires techniques, d’universitaires ainsi que de spécialistes de l’histoire de la ville ancienne.
Près d’une centaine de participants ont pris part à cette visite au cours de laquelle le professeur Moussa Saïd, Mohamed Ali Djalim et Faridy Norbert ont apporté des éclairages sur l’histoire des lieux, leurs dates de construction et leur importance patrimoniale. Selon les intervenants, ces monuments constituent un témoignage exceptionnel des échanges humains, commerciaux, religieux et culturels qui ont façonné l’océan Indien occidental durant plusieurs siècles.
La délégation a visité notamment le Bangwe d’Irungudjani, la Zawiya Chadhuliya, le palais royal Chashanyongo, le site de Mbwapvwani et son cimetière royal, les maisons Bafakih et Ismaël Yacoub, l’ancienne mosquée du Vendredi ainsi que le palais Dhwahira.
Pour Faridy Norbert, le tissu urbain de la médina conserve encore aujourd’hui des mosquées anciennes, des palais princiers, des espaces communautaires, des demeures marchandes et des vestiges défensifs qui illustrent les influences croisées de l’Afrique swahilie, de l’Arabie, de la Perse, de Madagascar et du sous-continent indien. «Cette visite vise à démontrer que la médina demeure un patrimoine vivant où les fonctions sociales, religieuses et communautaires continuent d’être exercées, et qui confèrent au site une forte authenticité et un potentiel réel pour une inscription sur la liste du patrimoine mondial», a-t-il plaidé.
Les observations techniques et les analyses menées sur les différents sites ont suscité un vif intérêt parmi les participants. Le Bangwe d’Irungudjani a notamment été présenté comme l’un des meilleurs exemples de permanence des institutions communautaires comoriennes. Il témoigne d’un mode de gouvernance participatif toujours en vigueur et demontre le rôle des bangwe dans la médiation sociale, l’organisation des quartiers, la transmission des savoirs et la préservation des pratiques communautaires.
Plusieurs défis de conservation
La visite a également permis de s’arrêter sur la Zawiya Chadhuliya et la zawiya de la confrérie Kadriya, construite dans les années 1930 dans le quartier de Mtsangani par Salimata Hamissi à la suite d’un vœu accompli après son pèlerinage à La Mecque. Fondée au XXe siècle par Cheikh Al-Maarouf, la Zawiya Chadhuliya demeure un haut lieu du patrimoine matériel et immatériel comorien. Agrandie et modernisée au fil du temps, elle a conservé son identité spirituelle et son importance religieuse. Selon Ali Mohamed Djalim, l’enjeu principal réside aujourd’hui dans la préservation de l’authenticité de ces édifices tout en les adaptant aux besoins contemporains d’accueil, de prière et d’enseignement.
Le site de Mbwapvwani et son cimetière royal figurent également parmi les lieux les plus marquants de la médina. La maison de Mbwapvwani, fondée il y a près de six siècles, est considérée comme la demeure originelle de la lignée de Charif Abdallah, érudit et notable de Moroni. Construite en pierre de corail et en chaux, elle compte parmi les plus anciennes résidences de la ville et témoigne du savoir-faire architectural traditionnel comorien. Elle a longtemps constitué un lieu de rencontre des autorités religieuses, des notables et des habitants.
La mission a toutefois relevé plusieurs défis de conservation, notamment l’absence de signalétique et d’identification des sépultures remarquables ainsi que la nécessité de réaliser un inventaire des tombes royales. Ces constats ont été effectués malgré des conditions météorologiques rendues difficiles par la pluie.
Le palais Dhwahira a constitué l’un des points forts de la visite. Construit en 1893 par le sultan Saïd Ali, ce monument civil emblématique de la médina représente une remarquable synthèse des influences architecturales swahilies, arabes et indiennes. Son histoire reflète les profondes mutations politiques qu’ont connues les Comores à la fin du XIXe siècle. Selon Faridy Norbert, ce palais figure parmi les biens patrimoniaux les plus remarquables de la médina et retient particulièrement l’attention des experts de l’Unesco dans le cadre de l’évaluation du dossier de candidature au patrimoine mondial.


