En quelques secondes, six médinas des Sultanats historiques des Comores sont entrées dans le patrimoine mondial de l’Unesco. Ce fut le 25 juillet 2026. Une date qui restera gravée dans l’histoire des Comores. Les applaudissements ont retenti à Busan, les félicitations ont afflué des quatre coins du monde. Le pays peut, légitimement, savourer cette victoire.


Mais une question s’impose déjà. Que ferons-nous de cette victoire? Car l’inscription n’est ni une récompense définitive, ni un trophée destiné à orner les discours officiels. Elle est un contrat moral signé avec l’humanité. Désormais, chaque pierre détruite, chaque palais abandonné, chaque porte sculptée remplacée par du béton, chaque rempart laissé à l’abandon sera le témoignage de notre propre incapacité à protéger ce que le monde vient de reconnaître comme exceptionnel.

Ce que nos prédécesseurs nous ont légué.

Pendant près de vingt ans, des experts nationaux et internationaux ont travaillé sans relâche. Ils ont parcouru les ruelles de Moroni, Domoni, Ikoni, Itsandra, Ntsudjini et Mtsamdu. Ils ont documenté chaque monument, inventorié chaque vestige, établi des cartes, élaboré des plans de gestion, défendu un dossier dans une rigueur scientifique remarquable. Aujourd’hui, ce travail appartient à toute une Nation. Il ne peut plus reposer sur les seules épaules des spécialistes et des politiciens. Il faudra restaurer les palais qui s’effondrent, sauver les mosquées anciennes rongées par le temps, encadrer les nouvelles constructions.

Il est une obligation de former des artisans capables de transmettre les techniques traditionnelles et, plus encore, donner aux habitants les moyens d’assumer leurs nouvelles responsabilités. Il faut sensibiliser les communautés, car la première protection d’un patrimoine reste la conscience de ceux qui y vivent. L’Unesco n’apportera pas, par miracle, des millions de touristes dès demain. En revanche, elle offre aux Comores un label de confiance que certains pays ne possèdent pas encore. Ce label peut transformer durablement l’économie nationale, à condition d’être accompagné d’une véritable politique publique.Le tourisme culturel représente aujourd’hui l’un des secteurs les plus dynamiques au monde. Les voyageurs recherchent des destinations authentiques, des villes historiques, de nouvelles expériences humaines. 

Le véritable chantier commence, maintenant

Les médinas, qui viennent d’être inscrites au patrimoine mondial, possèdent tout cela. Une architecture originale, un patrimoine islamique ancien, des traditions toujours vivantes, un artisanat riche, une gastronomie singulière et un accueil qui fait la réputation de l’archipel. Mais encore faut-il que le visiteur puisse circuler dans des rues propres, accéder à des monuments restaurés, être guidé par des professionnels formés, trouver des hébergements de qualité, découvrir des musées ouverts, des centres d’interprétation, des circuits patrimoniaux, des librairies, des artisans et des espaces culturels.


L’inscription des médinas ne doit pas devenir un événement célébré une journée avant de retomber dans l’oubli. Elle doit inaugurer une nouvelle culture du patrimoine, où chaque ministère, chaque commune, chaque citoyen comprend que préserver une vieille porte, une mosquée, une place publique ou un palais, c’est préserver une partie de notre identité et investir dans notre avenir.


Le monde vient de reconnaître ce que les Comoriens possèdent depuis des siècles. A nous, désormais, de prouver que nous sommes dignes de cette confiance. Le 25 juillet 2026 restera comme le jour où les médinas des Sultanats historiques sont entrées au patrimoine mondial. Toutefois, les années qui viennent diront si cette reconnaissance aura été le point de départ d’une renaissance culturelle et économique ou simplement une belle photographie de famille accrochée au mur de notre mémoire collective.