Entre la pénurie persistante de carburant qui force les chauffeurs au rationnement et la multiplication des contrôles de police pour la vignette, le trajet Mitsamihuli-Moroni est devenu un calvaire quotidien.
Entre pénurie de carburant et contrôles techniques rigoureux, le trajet vers la capitale est devenu un véritable casse-tête pour les automobilistes du nord de la Grande Comore. Pour Youssouf Soilihi, chaque matin se suit et se ressemble avec son lot de souffrance. Cet automobiliste, qui effectue quotidiennement le trajet Mitsamihuli-Moroni, ne décolère pas : monter dans un bus est devenu un «véritable parcours du combattant». Si le lundi est traditionnellement connu pour être une journée de forte affluence, les usagers constatent amèrement que désormais, chaque jour de la semaine connait le même engorgement.Au cœur de cette crise : la difficulté d’approvisionnement en hydrocarbures. Tadji, chauffeur expérimenté sur cette ligne, explique jongler en permanence avec sa jauge d’essence. «Il est difficile de travailler une journée entière de peur de consommer tout le gasoil que j’ai réussi à obtenir», confie-t-il.
Pour ne pas abandonner ses fidèles clients, Tadji a dû adopter une stratégie de rationnement. «J’ai des abonnés qui doivent se rendre au travail tous les jours à Moroni. Même quand j’ai le plein, je limite mes allers-retours pour tenir sur la durée et éviter la rupture totale. Si je tombe à sec, mes abonnés ne pourront tout simplement plus aller travailler», indique-t-il. Une situation de précarité énergétique qui force les transporteurs à réduire leur service au moment où la demande est la plus forte.
La vignette
À la crise du carburant s’ajoute une pression administrative accrue. Cette semaine, de nombreux bus sont restés au garage. En cause : le défaut de paiement de la vignette automobile, alors que les contrôles de police se sont multipliés sur les axes principaux.
Pourtant, chez les chauffeurs, le ton n’est pas à la révolte contre l’impôt, mais plutôt au constat d’impuissance financière. Tadji reconnaît d’ailleurs la légitimité de cette taxe : «L’État est en droit d’exiger le paiement de la vignette, car nous voyons concrètement la réhabilitation des routes. Nous, chauffeurs, devons payer», reconnaît-il. Mais entre le manque à gagner dû aux rotations limitées et le temps perdu dans les files d’attente des stations-service, s’acquitter de cette taxe devient difficile pour certains.
Pendant ces contrôles, un autre chauffeur, ayant requis l’anonymat, ne cache pas son amertume face au calendrier imposé par les autorités. Pour lui, il semble difficile d’exiger le paiement de la vignette en pleine crise énergétique. «Le moment est particulièrement complexe. On nous demande de payer des taxes alors que nous manquons de carburant pour travailler. Si l’État veut collecter son argent, il doit penser aussi à nous aider à retrouver une activité normale. Aujourd’hui, le cumul des charges et de la pénurie nous empêche de faciliter le déplacement des usagers», regrette-t-il.
En attendant une stabilisation de la distribution du carburant, les usagers de la ligne Mitsamihuli-Moroni devront continuer de s’armer de patience et de courage.





