La saison des litchis décline, et les marchés font face à un ralentissement des ventes. Entre une surabondance du produit cette année, baisse des prix et manque de stratégies de conservation, le temps est peut-être venu de penser à l’avenir de la filière.
Les litchis deviennent depuis quelques jours de moins en moins abondants. Mais cette année, du nord au sud de Moroni, les étals en débordaient. Si bien que sur plusieurs marchés, des retards dans l’écoulement des fruits ont été observés, ce qui laissait penser à une exposition d’une partie des récoltes au risque de détérioration. «Au début de la saison, le marché se portait bien. Il restait peu de litchis invendus et nous ne craignions pas leur détérioration», témoigne Maman Zaudja, revendeuse à Moroni.
Elle explique toutefois que l’abondance exceptionnelle de cette année a bouleversé l’équilibre entre l’offre et la demande, et «a entraîné une chute des ventes». La revendeuse dénonce également une concurrence jugée déloyale. «Certains propriétaires nous vendent leurs litchis, puis reviennent directement sur les marchés de Moroni pour les vendre à des prix plus bas, ce qui fragilise les revendeurs», regrette-t-elle. Du côté des producteurs, le constat est tout aussi amer.
Maman Armia, propriétaire de litchis originaire de M’kazi, reconnaît la chute des prix ces dernières semaines. «Les premiers jours, les prix étaient meilleurs. Aujourd’hui, nous gagnons peu. Les revendeurs achètent les paquets à 10 000 francs comoriens, mais demandent ensuite des rajouts», déplore-t-elle. À ces difficultés commerciales s’ajoutent des problèmes de production liés au manque de traitement des arbres, qui a altéré la qualité d’une partie des fruits. «Beaucoup de litchis ont été rejetés par les clients à cause de l’état de leur écorce», ajoute-t-elle.
Des solutions de transformation
Face à cette situation, les spécialistes des produits locaux plaident pour la diversification des méthodes de conservation. Madame Hassane Hamadi, transformatrice de produits locaux, rappelle qu’il existe plusieurs moyens de valoriser le litchi. «La conservation peut se faire grâce à l’électricité, mais aussi par des méthodes traditionnelles comme le séchage au soleil», explique-t-elle. Parmi les techniques évoquées figurent le séchage naturel, la transformation en jus conservé dans des sachets soudés, la fabrication de confitures, de sirops ou encore de poudre de litchi destinée à un usage culinaire ou cosmétique.
Ces procédés nécessitent toutefois un accompagnement et des formations adaptées. La spécialiste rappelle qu’une initiative similaire avait été menée en 2015, et avait permis d’écouler une grande quantité de litchis. Elle souligne aussi les vertus nutritionnelles du fruit, reconnu pour ses propriétés antioxydantes, sa richesse en magnésium et ses bienfaits contre le stress et les maladies cardiovasculaires. En l’absence d’industries de transformation à grande échelle, la conservation repose encore sur des moyens artisanaux, comme l’utilisation de bocaux.
Les prix élevés constituent également un frein majeur à la consommation. Pour améliorer la situation, Madame Hassane Hamadi recommande d’élargir les circuits de distribution au-delà de Moroni. «Certaines régions ignorent encore l’existence de ce produit. Une meilleure organisation et l’appui du ministère de l’Agriculture pourraient faciliter la vente des litchis à des prix accessibles dans d’autres villes», conclut-elle.



