La décision du ministère de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Assoumani, d’interdire les manifestations à caractère coutumier durant les après-midis des jours ouvrables suscite des réactions diverses. Si certains saluent une mesure destinée à améliorer le fonctionnement des services publics, d’autres y voient une atteinte aux traditions et s’interrogent sur ses conséquences. Réactions.
Mohamed Soilihi, inspecteur des impôts à la Direction générale des impôts
“La décision du ministre de l’Intérieur me convient. Nous, les administrateurs, remarquons que pendant la période des mariages, presque tous les employés ne viennent pas au travail. Comme nous le savons, ils vont aux madjilisi dans l’après-midi ou participent à d’autres festivités. Cette décision est bénéfique, car elle permettra à tout le monde d’être présent à son poste. Les gens seront également plus disciplinés. Je travaille dans l’administration depuis plus de vingt ans et, durant cette période, les bureaux sont presque déserts. Nous ne pouvons pas quitter nos responsabilités à midi ou à 13 heures parce que nous avons une festivité ailleurs, alors que nos responsables attendent des résultats. Étant dans les finances, nous savons qu’une journée, voire une heure de travail, est importante. Ce genre de mesure doit être respecté. Il faudrait également mettre en place d’autres mesures qui encouragent les employés. En tout cas, cette décision permettra que le travail soit mieux accompli. Nous sommes dirigés par des responsables et nous devons suivre les règles. Cela relève de la hiérarchie et nous devons les respecter.”
Fahardine Mroivili Mohamed, député suppléant de Moroni Sud
“C’est d’abord une décision de l’État. Mais, à mon avis, elle aurait dû être prise par les préfets, les directeurs de la décentralisation et les maires, et non par le ministre de l’Intérieur. À mon humble avis, le ministre aurait pu prendre cette décision avant le début de la période des festivités, et non en plein milieu de la saison des mariages, alors que les cérémonies battent leur plein. On ne peut pas, du jour au lendemain, stopper des mariages préparés depuis des années. D’autant plus que les communes ont déjà établi les calendriers et les ont remis à toutes les personnes qui organisent leurs cérémonies. Je suis tout à fait d’accord pour que les fonctionnaires et les employés des institutions restent à leur travail. En revanche, on ne peut pas empêcher ceux qui ne travaillent pas de participer aux festivités, car cela prive les gens de leur liberté. La démocratie et les libertés individuelles sont importantes dans chaque pays. Aux Comores, nos coutumes et nos traditions liées au grand mariage sont sacrées et nous sommes connus pour nos mariages extraordinaires. Je ne comprends pas qu’une personne qui vient de France ou du Canada, après avoir tout organisé, avec un programme déjà établi, se voie dire de ne plus célébrer son mariage un aprés-mdi. On peut être membre du parti au pouvoir, comme je le suis, tout en reconnaissant que certaines décisions méritent d’être revues. Je pense que, par sagesse, le ministre pourrait revoir sa note afin de trouver une solution qui satisfasse la population, les familles concernées ainsi que les personnes venues de l’étranger pour assister à ces cérémonies, alors que leurs dates de retour sont déjà fixées. Personnellement, si j’étais à sa place, je n’aurais aucun probleme de revenir sur une décision qui n’a pas plu à une grande partie de la population.”
Mdzadza-Wendji, femme au foyer
“Très sérieusement, beaucoup de gens ne vont pas au travail. À chaque fois que je me rends dans une administration, la personne que je cherche n’est souvent pas présente. Pendant toute une semaine, je me suis rendue dans une administration et, chaque jour, la personne concernée était absente. Certaines personnes viennent dans d’autres localités jusqu’ici et découvrent que l’agent qu’elles doivent voir n’est pas là. Elles restent bloquées jusqu’à l’après-midi dans l’espoir qu’il arrive. Ce genre de situation est fréquent. D’autres avaient passé la nuit dans des festivités et se sont couchés tard après une cérémonie, ce qui les empêche de venir travailler. En revanche, je plains les personnes qui ont payé des billets très chers pour assister aux mariages et qui voient tout s’arrêter brusquement. À mon avis, il aurait été préférable de repousser cette décision à l’année prochaine afin que les gens soient avertis et mieux préparés. D’ici là, les cérémonies déjà programmées pourraient être maintenues, surtout que certains ont déjà des dates de retour fixées.”
Aboubacar Rimnour, entrepreneure
“Je comprends que le gouvernement souhaite éviter que les agents de l’État s’absentent de leur travail pour assister aux mariages. Cependant, je pense que ce n’est pas en interdisant les mariages en une semaine que le problème sera réglé. Les personnes qui décident de sécher le travail pour aller à un mariage continueront probablement à le faire, même si les mariages sont autorisés après le travail et le week-end. Le vrai problème est le non-respect des obligations professionnelles, pas le jour où le mariage est célébré. À mon avis, cette décision pénalise toutes les familles alors que seules certaines personnes ne respectent pas leurs responsabilités. Il serait préférable de sanctionner les absences injustifiées plutôt que de limiter la liberté de tous.”



