Depuis quelque temps, les marchés de la capitale sont saturés de brouettes débordantes de pwere frais. Chaque jour, les vedettes rentrent de la pêche tôt le matin ou en fin de journée, lourdement chargées, au point d’étonner les pêcheurs eux-mêmes. Hassani Mlamali, pêcheur depuis plus de dix ans, témoigne : «D’habitude, on ramenait entre 20 et 35 kilos par jour. Mais là on dépasse souvent les 70 kilos, largement», se réjouit-il. Un constat partagé par Salim Attoumane, un autre pêcheur rencontré sur place : «Il y a quelques semaines, faire 25 kilos c’était une très bonne journée. Maintenant, on parle plutôt de 40 à 60 kilos minimum.
C’est pour cela que nous vendons aux marchands 1 250 ou 1 500 francs l’unité », explique-t-il. Une chute spectaculaire du prix sur le marché quand on sait qu’un poisson pouvait coûter jusqu’à 5 000, voire 7 500 francs auparavant. «J’espère que cela va perdurer longtemps car la chance nous sourit depuis quelques mois, machallah », conclut-il. Mohamadi, revendeur rencontré au centre-ville, pousse sa brouette remplie de poissons. Il insiste sur le rôle central de la capitale dans l’activité halieutique: «En ce moment, c’est à Moroni que les poissons sont les plus abondants, «parce que les pêcheurs y sont très nombreux.
Les quais sont pleins chaque matin et chacun veut vendre vite», explique-t-il avant de poursuivre : «Ici, les brouettes débordent de poissons. Les clients savent qu’ils trouveront toujours du pwere frais à 1 500 ou 2 000 francs, même si parfois la qualité varie». Il précise toutefois que des poissons abîmés peuvent parfois se glisser parmi les produits frais, par erreur ou par mauvaise foi de certains revendeurs. Au Café du Port, haut lieu de la vente de poisson à Moroni, les clients partagent leurs impressions. Ahmed Mlazindru, habitué des lieux, se réjouit de cette situation qu’il qualifie de bénédiction : «C’est rare de voir autant de poissons.
C’est une chance pour nous. Dieu merci, on mange mieux et moins cher». Mariama Mzé, mère de famille, se montre quant à elle plus prudente : «Certes, l’abondance est une bonne chose, mais il faut faire attention. Parfois, on nous glisse des poissons avariés dans les lots», avertit-elle. Elle souligne également l’aspect social du phénomène : «Le poisson est devenu un sujet de conversation, car c’est la saison. On compare les prix, on échange des astuces pour bien choisir. Mais tout le monde sait que sans chambres froides, la qualité reste fragile».
Une conservation impérative
Si la mer se montre généreuse, les moyens de conservation demeurent limités. Fatima Soudjay, vendeuse au marché de Moroni-Sud, explique : «Nous utilisons nos congélateurs pour conserver le poisson, mais nous ne pouvons pas stocker de grandes quantités, alors que nous aimerions profiter pleinement de cette abondance. La seule solution, c’est de vendre vite, parfois dans la précipitation».
À un mois du ramadan, période durant laquelle la consommation de poisson augmente fortement, cette absence de moyen de conservation pour de grandes quantités et d’une organisation efficace du stockage pourrait transformer cette abondance en pertes, voire provoquer une flambée des prix lorsque la pêche sera moins favorable


