Entre traditions, pression sociale et réalités économiques difficiles, les mariages aux Comores continuent d’illustrer la richesse culturelle du pays ainsi que les défis financiers auxquels font face de nombreux citoyens.

 

Aux Comores, le mariage occupe une place centrale dans la vie sociale. Chaque jour, sans exception, des unions sont célébrées à travers les villages et les villes du pays. Si ces événements sont synonymes de joie, de solidarité et de partage, ils représentent aussi un poids financier considérable pour de nombreuses familles et invités.
Dans ce contexte, certains deviennent de véritables «habitués de mariage», présents à presque toutes les cérémonies. Une question revient souvent : comment parviennent-ils à financer cette présence quasi permanente, alors que chaque mariage exige une contribution financière, outre les tontines, les toirabs et autres engagements sociaux ?


Pour Elarif Said, le recours au prêt est devenu une solution. «Les mashuhuli ont commencé dès le mois de décembre. Bien avant cela, j’ai contracté un prêt pour pouvoir assister à tous les mariages sans exception puisque s’absenter à ces festivités est très mal perçue en société», a-t-il témoigné, espérant que pour le sien, «ces personnes-là viendront» et qu’il va «récupérer» sont argent. Une autre habituée de ces cérémonies, qui a souhaité garder l’anonymat, reconnaît également la difficulté.

Présente à tous les mariages, twarabs et tontines, elle affirme être financièrement soutenue par des amis. «Sinon, ce serait trop compliqué», confie-t-elle. Bien qu’elle travaille, son salaire ne suffit pas. «En tant que femme, je dois impérativement porter un vêtement neuf à chaque événement, aller au salon, me maquiller, acheter des chaussures… Je vous épargne le reste», poursuit-elle.

Déjà célébré son grand-mariage

Engagée dans plusieurs tontines, elle parle d’un véritable cercle vicieux, d’autant plus que certaines règles imposent d’organiser un toirab pour pouvoir recevoir l’argent. À l’inverse, Saidati Ali adopte une approche plus mesurée. «Je vais aux mashuhuli quand j’ai les moyens. Une fois à sec, je n’y vais plus», témoigne-t-elle. Pour elle, il est inutile de se mettre en difficulté pour répondre à la pression sociale. «Soit j’explique que je ne peux pas venir, soit je n’y vais pas. J’envoie l’argent plus tard, même après le mariage, mais je refuse de me compliquer la vie», déclare-t-elle.


Maman Abdou, mère de trois enfants, évoque quant à elle le rôle du statut social. Ayant déjà célébré son grand-mariage, et mariée à un notable, son mari est souvent invité à des événements où il perçoit de l’argent. «Cela aide à équilibrer», reconnaît-elle, même si son époux se plaint parfois : «je ramène l’argent et aussitôt tu ressors». D’autres, plus privilégiés, parviennent à gérer ces dépenses sans difficultés, tout en reconnaissant la difficulté de la situation. «Tous ces mariages qui demandent de l’argent, ce n’est pas facile», confie Laila Abdou.

«Mais je suis heureuse pour eux, car cela montre l’amour et la sincérité qui règnent dans le pays», estime-t-elle, admettant toutefois bénéficier d’un soutien familial à l’étranger. «Sans cela, j’aurais peut-être envisagé de dévaliser une banque», reconnait-elle en riant. Au-delà de la joie, l’enjeu est aussi celui du «donnant- donnant». Ne pas assister aux mariages des autres, c’est prendre le risque de se retrouver seul le jour où son propre enfant se mariera. «Chaque parent y pense», explique une mère de famille. «On se sent obligé d’y aller, même quand on n’a pas les moyens», explique-t-elle.