Le cabinet Agerius de Me Mze Azad continue d’accumuler les performances et les distinctions sur les scènes nationale et internationale. La plus récente lui a été décernée par International Financial Law Review 1000 (Iflr1000), qui l’a récompensé comme meilleur cabinet de la place en droit financier et transactionnel pour l’année 2025-2026. À cette occasion, cet ancien magistrat devenu avocat a accordé une interview à Al-watwan, dans laquelle il revient notamment sur les clés de sa réussite ainsi que sur sa transition du métier de magistrat à celui d’avocat.

 

Votre cabinet vient de recevoir, une fois de plus, deux distinctions. Quelles sont vos impressions à ce sujet ? 

Ces distinctions sont avant tout perçues comme un encouragement, une incitation à fournir davantage d’efforts et surtout à faire preuve de plus d’humilité. Le droit est une discipline passionnante, mais particulièrement exigeante. Il requiert des efforts constants ainsi qu’une remise en question quotidienne. Ces distinctions sont le fruit d’un travail rigoureux et d’une exigence permanente. Elles offrent davantage de visibilité au cabinet, tout en constituant une pression supplémentaire. Lorsqu’un cabinet atteint ce niveau, il doit œuvrer au minimum pour s’y maintenir et, bien entendu, pour progresser davantage encore.

Votre cabinet figure régulièrement parmi les 50 meilleurs cabinets à l’international spécialisés en droit de l’Ohada. À quoi attribuez-vous cette performance constante ? 

Cette performance c’est le fruit d’un travail rigoureux, à la fois personnel mais aussi un travail d’équipe. Le cabinet ne fonctionne pas avec une seule personne, mais bien avec des collaborateurs, tous animés d’une sincère envie d’offrir de services de qualité. Il y a également l’apport fondamental de ma famille qui me soutient et qui m’encourage.

La sélection des meilleurs cabinets repose sur des critères rigoureux, notamment ceux établis par Chambers, Lex4Africa et Global Lawyers. Pouvez-vous nous expliquer comment se déroule ce processus ? 

Ce sont les cabinets de classement qui font des recherches et compilent des informations qui établissent les classements selon des analyses indépendantes, des retours clients, des évaluations par les pairs (Peer View) et enfin par des interviews à l’intéressé. La recherche des informations concernent essentiellement la clientèle internationale. Certains cabinets informent le titulaire de sa future nomination et d’autres non. Donc, il n’y a pas une intervention de l’intéressé dans sa désignation.

Vous avez exercé en tant que magistrat avant de devenir avocat. Comment s’est opérée cette transition ? 

Les magistrats et les avocats exercent des métiers complémentaires, mais distincts. Dans le programme de formation des magistrats figure un passage obligatoire au sein d’un cabinet d’avocat. Bien entendu, cette immersion ne constitue pas une formation à part entière, mais elle permet d’acquérir les rudiments ainsi que les codes du métier. En tant que magistrat, on interagit naturellement avec les avocats.

D’ailleurs, les actuels confrères vous le diront : lorsque j’exerçais comme magistrat, j’entretenais avec eux de très bonnes relations, fondées sur le respect mutuel et la considération, dans le strict respect des lois et des règles propres à nos professions respectives. À cet égard, il est déplorable de constater que certains magistrats manquent de respect envers les avocats, la réciproque étant également vraie dans certains cas. Comme magistrat de formation et de carrière, j’en ai sûrement gardé certains reflexes. Du siège de magistrat au pupitre de l’avocat, il y a un chemin mais la transition s’est opérée sans grandes difficultés. Exercer le métier d’avocat après avoir exercé celui de magistrat confère incontestablement certains avantages dans l’analyse des dossiers et la conception de l’argumentaire juridique.

Qu’est-ce qui vous a motivé à quitter la magistrature pour embrasser la profession d’avocat ?

Le métier de magistrat est un métier noble et exigeant. Il faut reconnaître cependant qu’aux Comores, toute la société concourt à le discréditer. À un certain moment, le magistrat qui prend son métier à cœur peut se sentir inutile, car ses décisions restent souvent lettre morte. L’une des grandes difficultés de la justice demeure en effet l’effectivité des décisions rendues. À cet égard, le métier d’avocat offre davantage de liberté et d’épanouissement intellectuel. Par ailleurs, il est beaucoup plus proche des gens que celui de magistrat. Pour répondre à la question, je recherchais donc plus de liberté et d’épanouissement intellectuel. Je pense être sur la bonne voie, comme l’attestent ces différents classements. 

Pouvez-vous nous résumer votre parcours ? 

J’ai obtenu une maîtrise en droit privé. Ensuite, j’ai fréquenté l’École nationale de la magistrature. J’ai exercé le métier de magistrat et j’ai été nommé procureur pour la première fois en 1999. Par la suite, j’ai repris mes études et préparé, en une seule année, un master II Recherche en droit public comparé, puis un diplôme universitaire en relations internationales. L’année suivante, j’ai préparé un Master II professionnel en science politique dans une formation intitulée « Politique et stratégie d’action publique internationale », spécialisée dans la gestion des Ong ainsi que des organisations internationales et gouvernementales. 


J’ai également été coordinateur, pendant deux ans, d’un projet des Nations unies dédié à la justice et aux droits de l’homme. À ce titre, j’ai contribué à l’aménagement de la salle d’audience des enfants à Moroni (qui sert actuellement de tribunal de commerce, ndlr), à la construction du nouveau palais de justice de Fomboni, ainsi qu’à celle des quartiers pour mineurs et pour femmes à Koki.

J’ai également participé à la mise en place de la Cndhl [Commission nationale des droits de l’homme et des libertés] et de l’Observatoire national des lieux de détention, ainsi qu’à la compilation de textes juridiques au bénéfice des magistrats et des praticiens du droit. Par ailleurs, j’ai suivi une formation en droit pétrolier à l’Institut français du pétrole et je possède des compétences en droit international humanitaire ainsi qu’en lutte contre le blanchiment. Enfin, j’interviens en tant qu’enseignant à l’Université de Fianar dans le cadre d’un Master II en droit de l’intégration régionale, et je contribue à des ouvrages collectifs en droit des affaires.