Selon l’arrêté, des absences ou retards répétés peuvent entraîner des sanctions disciplinaires. Toutefois, l’agent concerné dispose d’un délai de 72 heures pour fournir une justification.

 

Le ministre de la Fonction publique, Mohamed Nourouddine Afraitane, a pris un arrêté fixant les modalités de retenue sur salaire applicables aux fonctionnaires et agents de l’État en cas d’absences ou de retards injustifiés. Selon l’arrêté n°26-49/FOP, signé le 20 avril et entré en vigueur le même jour, «toute absence non préalablement autorisée ou non justifiée dans un délai de 72 heures est considérée comme injustifiée. De même, tout agent se présentant à son poste après l’heure réglementaire, sans motif valable ni autorisation, est en situation de retard injustifié».

Les retenues sur salaire sont calculées proportionnellement au temps de travail non effectué. La formule retenue prend en compte le salaire brut, le nombre total d’heures de travail mensuelles et le nombre d’heures d’absence constatées. Cette méthode vise à assurer une équité dans l’application des sanctions financières. « Les absences et retards sont relevés par les services des ressources humaines ou toute autorité administrative compétente, à travers un registre de présence ou un système de pointage », mentionne l’article 4. L’article 5 quant à lui explique que «l’agent concerné dispose d’un délai de 72 heures pour fournir une justification, qui sera examinée par l’administration». 
L’article 6, lui, indique que «les retenues sont effectuées mensuellement par la Direction Générale du Budget et apparaissent clairement sur le bulletin de salaire des agents concernés». 


Et l’article 7 précise que «les absences liées à des cas de force majeure dûment reconnus par l’administration ne donnent pas lieu à une retenue sur salaire ». Toutefois, « des absences ou retards répétés peuvent entraîner des sanctions disciplinaires conformément à la réglementation en vigueur», prévient l’article 8.
Al-watwan a voulu connaître l’avis des fonctionnaires ainsi que celui de leurs supérieurs hiérarchiques, censés les contrôler et signaler les retards et absences. Toutefois, les services des ressources humaines de quatre ministères sollicités n’ont pas souhaité se prononcer sur la question.

 Au ministère de l’Agriculture, le secrétaire général, Tadjidine Ben Ahamada, a expliqué qu’un système de pointage électronique est en place depuis plusieurs mois. «Les Crde nous envoient chaque mois leurs fiches, que nous regroupons avec les nôtres avant de les transmettre à la Fonction publique (Fop). C’est d’ailleurs auprès de cette dernière que vous devriez vous renseigner sur cette question», nous a-t-il conseillé.

 Pour les agents concernés, cet arrêté intervient dans un contexte particulièrement difficile, marqué par une forte hausse du coût de la vie. Des fonctionnaires, qui ont accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat, ont estimé que les retenues sur salaire pourraient fragiliser davantage des conditions de vie déjà précaires. «Il est presque impossible d’arriver à l’heure au travail avec la crise énergétique actuelle, notamment le manque de carburant. Et je parle ici des agents qui vivent dans la capitale. Imaginez la situation de ceux qui habitent en région et qui doivent être présents à 8 heures à Moroni», confie un agent, qui dit devoir rentrer chaque jour vers 17 heures à Washili.


Même constat du côté d’un cadre originaire de la région de Mbadjini, également interrogé sous anonymat. S’il reconnaît que la mise en place d’un système de pointage peut contribuer à améliorer le fonctionnement de l’administration, il estime que la réalité quotidienne des agents reste très contraignante. «Dans les faits, c’est une véritable course contre la montre chaque jour. Si le gouvernement applique des retenues sur les salaires des absents et des retardataires, certains agents risquent de basculer dans une grande précarité. Avec des revenus déjà faibles, la majorité des familles peinent à couvrir leurs besoins essentiels dans un contexte où le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Alors, avec des ponctions supplémentaires, comment pourront-elles tenir ?», s’interroge-t-il.