Le Directeur général de la Gestion des participations de l’État et du suivi des performances financières des établissements et entreprises publics (Dgpespfeep) revient dans cette interview sur la pertinence, les objectifs et les missions de cette structure créée dans la foulée des réformes de la gouvernance publique. Mohamed Mouigni, ancien directeur administratif et financier (Daf) du ministère de l’Intérieur, estime que cette nouvelle direction, placée sous la tutelle du ministère des Finances « incarne la nouvelle vision de l’État actionnaire », à savoir « un État stratège, responsable et orienté vers la performance » avec comme mission phare de contribuer à relever le niveau de rendement des établissements et sociétés à capitaux publics, à garantir une transparence permanente des décisions et une gestion rigoureuse des ressources pour promouvoir leurs performances et leurs redevabilités.

 

La Direction de la gestion des participations de l’État et du suivi des performances financières des établissements et entreprises publics (Dgpespfeep) est une institution relativement récente. Dans quel contexte cette structure a été créée ? 

La création de la Dgpespfeep s’inscrit dans le vaste programme de modernisation de l’État engagé par Son Excellence le Président de l’Union des Comores,  visant à renforcer la gouvernance publique, améliorer la gestion des ressources de l’État et promouvoir une culture de performance dans l’administration publique. Au fil des années, l’État a développé un portefeuille important de participations dans plusieurs établissements et entreprises publics intervenant dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les télécommunications, les transports, les services financiers et les infrastructures. Toutefois, l’évolution des exigences de gouvernance moderne a mis en évidence la nécessité de disposer d’un cadre institutionnel permettant d’assurer un suivi rigoureux des performances, une meilleure maîtrise des risques et une valorisation optimale du patrimoine public.

C’est dans cette perspective qu’a été adoptée la loi n°24-014/AU portant réforme de la gouvernance, du contrôle et du suivi des établissements et entreprises publics. Cette loi constitue une avancée majeure dans l’histoire administrative et économique de notre pays. Elle a posé les bases d’un nouveau modèle de gouvernance publique fondé sur la transparence, la redevabilité, la performance et la création de valeur. Pour assurer la mise en œuvre effective de cette réforme, le décret portant création, organisation et fonctionnement de la Dgpespfeep, a été signé avant que le décret présidentiel portant nomination du Directeur Général ne permette son opérationnalisation. La structure est ainsi devenue l’institution chargée d’assurer le pilotage stratégique du portefeuille public de l’État. 

Quel est aujourd’hui le rôle de la Direction de la gestion des participations de l’État et du suivi des performances financières des établissements et entreprises publics dans l’architecture institutionnelle de l’État ? 

Elle joue un rôle central dans la gouvernance économique nationale. Elle constitue l’interface entre l’État actionnaire, les établissements publics, les entreprises publiques et les organes de gouvernance. Sa mission fondamentale est de veiller à ce que les investissements publics produisent des résultats concrets au bénéfice de la population et de l’économie nationale. À travers son action, la Dgpespfeep accompagne la transition d’un modèle traditionnel de gestion vers un modèle moderne reposant sur la performance, l’évaluation et la responsabilité. En d’autres termes, elle contribue à faire évoluer l’État d’un simple propriétaire d’entreprises publiques vers un véritable État actionnaire stratège. 

Concrètement, quelles sont précisément les missions confiées à votre Direction ? 

Les missions s’articulent autour de cinq axes stratégiques. Premièrement, la gestion et la valorisation des participations détenues par l’État dans les établissements et entreprises publics. Deuxièmement, le suivi et l’analyse des performances financières afin d’évaluer la viabilité économique et la solidité financière des structures concernées. Troisièmement, l’évaluation de la gouvernance et du respect des principes de transparence, de responsabilité et de bonne gestion. Quatrièmement, l’appui technique et stratégique au Gouvernement pour éclairer les décisions relatives au portefeuille public. Cinquièmement, la promotion d’une culture de performance, de résultats et de redevabilité au sein du secteur public. Ces missions contribuent à renforcer l’efficacité de l’action publique et à sécuriser le patrimoine économique de l’État. 

Quelles sont les réalisations concrètes enregistrées depuis la mise en place de cette structure ?

Malgré son caractère récent, la Direction a déjà posé les fondations d’une transformation profonde de la gouvernance des établissements et entreprises publics. La première réalisation a été l’opérationnalisation effective de la Direction Générale à travers la structuration de ses services, l’organisation de son fonctionnement interne et la mise en place des premiers outils de pilotage. La deuxième réalisation a consisté à engager un vaste travail de recensement, de collecte et de centralisation des données relatives aux établissements et entreprises publics ainsi qu’aux participations de l’État.

La troisième réalisation majeure est l’élaboration du premier Rapport Annuel consolidé des Établissements et Entreprises Publics. Pour la première fois, l’État dispose d’un document de référence offrant une vision globale de la situation financière, économique et institutionnelle du secteur public. La quatrième réalisation concerne le renforcement du suivi financier des entreprises publiques grâce à l’analyse régulière des états financiers, des budgets, des investissements et des indicateurs de performance. La cinquième réalisation, et sans doute l’une des plus structurantes, est l’instauration et la redynamisation des Conseils d’Administration. Cette réforme a permis de renforcer les mécanismes de gouvernance, d’améliorer la supervision stratégique, de clarifier les responsabilités et de promouvoir une plus grande transparence dans la gestion des entreprises publiques. Enfin, nous avons engagé un important travail de sensibilisation et d’accompagnement visant à diffuser une véritable culture de performance et de résultats au sein du secteur public. 

En quoi les Conseils d’Administration occupent-ils une place aussi importante dans cette réforme ?


Les Conseils d’administration constituent le socle de toute gouvernance moderne. Ces organes jouent un rôle essentiel dans l’orientation stratégique, le contrôle de la gestion, le suivi des performances et la protection des intérêts de l’État. Ils permettent également de renforcer la redevabilité des dirigeants et d’améliorer la qualité des décisions prises. Leur mise en place marque une rupture avec les pratiques anciennes et ouvre la voie à une gouvernance plus professionnelle et plus efficace. 

Quelles sont les prochaines étapes de la réforme ? 

Les prochaines étapes visent à consolider les acquis et à franchir un nouveau cap dans la modernisation du secteur public. La première priorité concerne la mise en œuvre progressive des contrats de performance entre l’État et les établissements et entreprises publics. Ces contrats définiront clairement les objectifs stratégiques, les indicateurs de performance, les engagements des parties ainsi que les modalités d’évaluation des résultats. La deuxième priorité est la mise en place d’un système national d’évaluation des performances permettant de mesurer de manière objective les résultats obtenus par chaque entreprise publique. La troisième priorité concerne la digitalisation du suivi des entreprises publiques à travers le développement d’outils numériques de reporting, d’analyse et de pilotage. Enfin, nous poursuivrons le renforcement de la transparence, de la redevabilité et de la gouvernance afin d’aligner progressivement les pratiques nationales sur les standards internationaux. 

Quel est l’impact attendu de cette réforme pour les citoyens ? 

Le principal bénéficiaire de cette réforme est le citoyen. Des entreprises publiques mieux gouvernées, mieux gérées et plus performantes sont en mesure d’offrir des services publics de meilleure qualité, de réaliser davantage d’investissements, de contribuer plus efficacement à la croissance économique et de soutenir la création d’emplois. Cette réforme vise également à garantir une utilisation plus efficace des ressources publiques et une meilleure valorisation du patrimoine national. Au-delà des aspects techniques, il s’agit d’une réforme qui contribue directement au développement économique et social de notre pays. 

Quel message particulier souhaitez-vous adresser à la population comorienne ? 

Je voudrais souligner que la réforme des établissements et entreprises publics représente bien plus qu’une simple réorganisation administrative. Elle constitue une réforme stratégique au service de la souveraineté économique nationale. Grâce à la vision du président de la République et à l’engagement du gouvernement, les Comores se dotent progressivement d’un modèle moderne de gouvernance publique fondé sur la performance, la responsabilité et l’excellence. 
La Direction est pleinement mobilisée pour accompagner cette transformation historique. Notre ambition est de faire des établissements et entreprises publics des acteurs performants, transparents et créateurs de valeurs, capables de contribuer pleinement à l’émergence économique des Comores et à l’amélioration durable du bien-être de nos concitoyens. Car au final, la réussite des entreprises publiques est la réussite de l’État, et la réussite de l’État est la réussite de la Nation toute entière.