À Ndzuani, Fardi Habiroune associe randonnée et action écologique au Mont Ntringui. Son initiative mobilise des participants pour nettoyer les sentiers et promouvoir une gestion responsable des déchets.
Culminant à 1 595 mètres d’altitude, le Mont Ntringui domine l’île de Ndzuani, la plus montagneuse de l’archipel. Depuis janvier 2026, Fardi Habiroune, guide touristique basé à Mirontsi, a fait de l’ascension vers le sommet une véritable mission environnementale. Lors de ses récentes expéditions, les randonneurs nettoient les sentiers escarpés, du lac Dzialandze jusqu’au sommet.Fardi Habiroune, alias «État-major», débute seul sur le terrain en septembre 2017 avec une première sortie dans la médina de Mutsamudu.
«La gestion des participants»
Passionné de voyage, il s’oriente vers le tourisme et développe progressivement ses activités. Guide du patrimoine, organisateur de campings en forêt et sur la plage, encadreur d’excursions scolaires et de randonnées, il élargit son champ d’action en 2018 vers le Mont Ntringui. Selon lui, l’accès au site est soumis à une taxe qu’il juge « exorbitante», gérée par la mairie de Tsembehu. «C’est 7 500 francs comoriens pour les étrangers et 250 francs pour les Comoriens», fait-il savoir.
Le guide explique le mauvais état du site avant le lancement de son initiative. «Quand j’ai commencé à organiser les randonnées vers le Mont Ntringui, j’ai été choqué par la quantité de déchets que nous retrouvions. Il y avait des plastiques partout, même accrochés aux branches des arbres. Du lac Dzialandze jusqu’au sommet, le site était envahi. Pourtant, ce mont alimente notre réserve d’eau. Si nous continuons à jeter des déchets ici, c’est notre propre santé que nous mettons en danger. À un moment donné, je me suis dit que je ne pouvais pas seulement guider, je devais aussi agir. C’est ainsi qu’est née cette mission de lutte contre les déchets», confie le jeune homme.
Le guide touristique insiste sur l’importance de transmettre un message clair avant chaque départ. «Avant chaque randonnée, j’explique toujours le principe et les objectifs. Je dis aux participants que nous ne sommes pas seulement là pour admirer le paysage, mais aussi pour protéger ce patrimoine naturel. Chacun doit être responsable de ses déchets. Heureusement, tout le monde accepte cette démarche et l’accueille bien. Lors de la sortie du 11 janvier 2026, nous étions 80 personnes et l’engagement a été réel. Le 15 février, nous sommes repartis à 12 pour contrôler les activités et identifier les points à baliser. Notre objectif est d’avoir zéro déchet sur le parcours », affirme-t-il.
Habiroune reconnaît toutefois que la mission n’est pas sans difficultés, notamment en raison de la diversité des profils des randonneurs. «Le principal défi, c’est la gestion des participants. Il y a des rythmes très différents. Certains n’ont jamais fait de randonnées. L’ascension prend environ deux heures avec cinq arrêts pour souffler, mais la descente est encore plus difficile. Cela demande beaucoup d’attention, surtout dans les passages dangereux. J’avoue qu’il me manque un certain nombre de matériels de secours. Malgré tout, je reste motivé, car je vois qu’il y a un réel engagement des locaux depuis 2025. C’est encourageant», explique le guide.
Désireux de faire de cette activité un métier à temps plein, il plaide pour une meilleure organisation du site et une sensibilisation continue. « Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est un balisage clair du parcours et des panneaux de sensibilisation pour changer les comportements. Nous sommes souvent négligents, mais cela peut évoluer avec une éducation progressive et continue. La protection du Mont Tringui ne doit pas être l’affaire d’une seule personne. C’est une responsabilité collective. Mon initiative est personnelle, mais elle est intégrée dans mon agence, Comores Rando et Culture. J’espère qu’elle inspirera d’autres actions pour soutenir la biodiversité dans d’autres sites écotouristiques de l’île», conclut-t-il.



