Dans notre pays, la construction de grandes mosquées se poursuit malgré une fréquentation parfois jugée faible. Les arguments qui reviennent souvent invoquent des besoins croissants, mais aussi des projets éducatifs parallèles.
Dans plusieurs villages de Ngazidja, des édifices religieux impressionnants dépassent parfois largement les besoins immédiats en termes de capacité d’accueil, alors même que certaines prières ne mobilisent qu’une partie des fidèles attendus. À Bambadjani ya Hamahame, un vaste projet estimé à près d’un milliard de francs comoriens démontre cette tendance. Pour le chef du village, Athoumane Ahamada, cette construction répond avant tout à une contrainte structurelle. L’ancienne mosquée, devenue trop petite, ne permet plus d’accueillir les fidèles lors des grandes prières et des événements religieux importants. Il évoque également «l’augmentation de la population» et «remercie» d’ailleurs «la diaspora ainsi que les jeunes du village pour leur contribution au projet».
Au-delà du culte, le projet porté à Bambadjani ambitionne de faire de la mosquée un véritable centre communautaire. Selon Dr Mohamed Badaoui Maoulana, elle intégrera une madrasa, une école franco-arabe allant de la maternelle à la terminale, un centre pour les récitants du Coran, une bibliothèque, des bureaux administratifs, ainsi que des espaces commerciaux.
Le projet prévoit aussi des infrastructures d’accueil pour les visiteurs et les musulmans étrangers, ainsi qu’un poste médical. Pour lui, «la mosquée doit répondre à des besoins sociaux larges tout en renforçant la pratique religieuse, notamment à travers des programmes réguliers de sensibilisation des fidèles».
À Malé ya Mbadjini, un projet de construction de la plus grande mosquée de vendredi mobilise également la communauté depuis un an.
Des nuances en fonction des localités
L’actuel édifice étant trop exiguë pour accueillir les fidèles de plus en plus nombreux. Le coût du chantier est estimé à près de 800 millions de francs comoriens, études et terrassement du site compris. «Nous prévoyons un centre d’apprentissage de la religion et des festivités religieuses comme les concours de lecture du Coran. Le terrassement a été finalisé. Nous poursuivons l’opération de mobilisation des fonds avant de lancer les appels d’offre pour recruter l’entreprise et le cabinet de contrôle des travaux», a souligné Youssouf Moussa, membre du comité de pilotage du projet. À Mde ya Bambao, la dynamique est similaire mais la perception est nuancée.
Le chef du village, Youssouf Bacar Ali, alias Onzad, met en avant «l’arrivée de nouveaux habitants et l’affluence croissante lors des prières du vendredi». Le maire de la ville, Mohamed Massoundi Ali, salue quant à lui «une initiative qui fait de la mosquée un lieu d’apprentissage et de cohésion sociale pour les jeunes». Mais de son côté, Ahamada Moussa, enseignant et ancien responsable de l’éducation nationale, estime que ces infrastructures « répondent à une vision de prestige et de développement religieux ». Il note néanmoins «une amélioration progressive de la fréquentation, notamment grâce à l’implication des jeunes et à des mouvements religieux qui contribuent à mobiliser les fidèles».



