À première vue, Mwali apparaît comme une exception comorienne. Dans cette île d’environ 52 000 habitants, l’électricité est disponible 24 heures sur 24, un privilège rare dans l’archipel. Derrière cette stabilité énergétique se cache pourtant une contradiction : alors que l’île accélère sa transition vers le solaire et réduit fortement sa consommation de gasoil, les habitants dénoncent toujours des factures jugées excessives et s’interrogent sur les nouveaux compteurs intelligents.

 

Longtemps dépendante du thermique, Mwali tire encore une grande partie de son électricité de groupes électrogènes fonctionnant au gasoil. Deux machines assurent aujourd’hui la stabilité du réseau : un groupe Mitsubishi de 1,8 mégawatt et un Caterpillar de 1,6 mégawatt, soit une capacité totale de 3,4 mégawatts. Cette production fossile émettrait, selon des cadres de la Société nationale d’électricité des Comores (Sonelec), près de «516 tonnes de CO2 chaque année».Mais depuis quelques années, le paysage énergétique de l’île change progressivement. Trois installations photovoltaïques publiques ont été mises en place. À Ndrondroni, une centrale financée par l’Union européenne injecte 150 kilowatts dans le réseau. 

Le modèle énergétique des Comores

Une seconde installation de 25 kilowatts, implantée à la centrale de la Sonelec, alimente surtout les zones périphériques. La plus importante reste toutefois celle de Mbangani, financée par Abu Dhabi et exploitée par la société Gsu, avec une puissance annoncée de 3 mégawatts.


Au total, les infrastructures renouvelables installées à Mwali produisent plus de 3 mégawatts d’électricité. Une avancée qui permettrait d’économiser environ 16 000 litres de gasoil par mois, soit 192 000 litres par an. Pour Hamada Irfane, technicien et cadre de la Sonelec à Mwali, «les effets économiques sont considérables».

Lors d’un exposé présenté au début de ce mois de mai au lycée de Fomboni, à l’occasion de la Fête des sciences, ce dernier a estimé les gains financiers à plus de 60 millions de francs comoriens par an. «Les 192 000 litres de gasoil économisés annuellement représentent un allègement significatif de la facture énergétique et des importations de combustible», a-t-il reconnu. Selon lui, cette transition pourrait même permettre une baisse sensible des tarifs de l’électricité. «Le coût de production au gasoil estimé à 120 francs par kWh devrait être réduit entre 50 et 70 francs par kWh», a-t-il affirmé.


Sur le papier, Mwali semble donc réunir tous les ingrédients pour devenir le modèle énergétique des Comores : stabilité du courant, diversification des sources d’énergie, réduction des émissions carbone et baisse de la dépendance au pétrole importé. L’introduction du solaire permettrait d’éviter jusqu’à 43 tonnes de CO2 chaque mois, tout en améliorant la qualité de l’air autour de la centrale thermique. Pourtant, sur le terrain, le sentiment dominant reste l’incompréhension. Dans plusieurs localités, des consommateurs disent constater «une hausse importante de leurs factures, malgré des habitudes de consommation inchangées». Certains pointent du doigt les nouveaux compteurs intelligents Sts, actuellement déployés dans le pays, qu’ils soupçonnent d’être «gourmands».

D’autres interrogations émergent également autour du modèle énergétique choisi. Faute de batteries de stockage suffisantes, une partie du courant produit par les centrales photovoltaïques semble encore dépendre d’opérateurs étrangers pour être intégrée et stabilisée dans le réseau.Ainsi, malgré ses performances énergétiques enviées, Mwali fait face à une question centrale : comment expliquer que l’île la mieux alimentée en électricité des Comores ne soit pas encore celle où l’énergie coûte le moins cher ?