Après la fermeture de neuf structures de médecine traditionnelle, l’Inspection générale de la santé poursuit son opération de contrôle. Six responsables ont été condamnés à six mois de prison avec sursis et à 100 000 francs d’amende. Certains ont toutefois récidivé, provoquant de nouvelles interventions de la gendarmerie.

 

La lutte contre l’exercice illégal de la médecine traditionnelle est lancée depuis peu, mais se poursuit sans relâche. Après la fermeture, le 18 août dernier, de neuf structures considérées comme non conformes à la réglementation sanitaire, l’Inspection générale de la santé a effectué une nouvelle descente à Moroni. Plusieurs praticiens ayant continué leurs activités malgré les décisions de justice ont été interpellés et leurs produits médicinaux saisis.Cette opération intervient quelques jours après le jugement rendu par le tribunal de première instance. Six personnes ont été reconnues coupables d’« exercice illégal de la médecine traditionnelle ». Elles ont écopé chacune de six mois de prison avec sursis et d’une amende de 100 000 francs comoriens. Le tribunal a également autorisé l’Agence nationale des médicaments et des évacuations sanitaires à confisquer les produits saisis lors des opérations de contrôle.

La fermeture de neuf centres

L’affaire avait débuté avec une enquête menée à partir du 10 août par les services de santé. Le 20 août, l’Inspection générale de la santé avait annoncé publiquement la fermeture de neuf centres, dont trois situés hors de Moroni. Selon les autorités sanitaires, ces établissements présentaient de graves manquements aux normes d’hygiène, de sécurité et à la réglementation en vigueur. L’arrêté ministériel portant fermeture des structures sanitaires non conformes invoque notamment ces infractions.


La nouvelle descente, coordonnée par l’inspectrice de santé Baraka Hamidou et menée avec des éléments de la gendarmerie nationale, avait pour objectif de vérifier le respect des décisions de fermeture. «L’objectif de cette descente était de voir si ces pratiquants ont respecté les ordres de la justice les autorisant de fermer définitivement leurs activités», explique le docteur Ridhoine Mohamed, inspecteur de la santé.Cinq sites ont été visités. Au centre traditionnel « Shifa », situé dans le quartier Philips au nord de Moroni et dirigé par un ressortissant béninois connu sous le nom de Papa Bénin, des médicaments à base de plantes ont été saisis. Le praticien possède également un centre à Mtsamihuli. Selon des témoignages recueillis dans le voisinage, les consultations pouvaient coûter entre 3 000 et 100 000 francs, tandis que le prix des médicaments variait selon les maladies traitées. Une bouteille contenant 25 050 francs en pièces de monnaie a également été saisie.

Une réglementation contestée

À Oasis, au nord de Moroni, les agents se sont ensuite rendus dans le centre d’Ali Mzé, présenté comme spécialiste notamment du traitement traditionnel de la paralysie, mais proposant également des prestations de beauté et de kinésithérapie. Le «praticien» a présenté une autorisation administrative datant de 2015, signée par un certain Mahamoud Mchangama. Un document que Baraka Hamidou a jugé insuffisant pour autoriser l’exercice de la médecine.
À Salimani-Itsandra, les agents ont également contrôlé le centre du dénommé «Docteur Positif», un ressortissant nigérien disposant d’un autre établissement à Fumbuni. L’homme ne pratiquait pas au moment de la descente, mais il a été quand-même conduit à la gendarmerie, et ses produits médicinaux ont été saisis.Deux centres spécialisés dans les traitements par la lecture du Coran ont également été contrôlés. Dans l’un d’eux, près du stade omnisports de Maluzini, aucun médicament n’a été retrouvé. Des équipements de sonorisation ont toutefois été emportés. Dans le second, situé à proximité du site de fabrication de gaz de Comores Hydrocarbure, une discussion tendue a opposé les agents à la femme du praticien avant la saisie des produits.Parmi les personnes condamnées figurent ainsi des praticiens mais aussi des guérisseurs spirituels, dont deux ressortissants étrangers. Le parquet avait requis leur expulsion, mais le tribunal n’a pas suivi ces réquisitions.


La répression suscite cependant des interrogations du côté de la défense. Me Nasser Daoudou, avocat de Zuhaira Bakary Abdallah, qui pratiquait la réflexologie, estime que certaines accusations présentent des incohérences. Il admet que l’article 287 du Code de la santé publique prévoit bien un agrément pour l’exercice de la médecine traditionnelle, mais rappelle aussi que les conditions de reconnaissance et la procédure d’agrément n’ont, selon lui, jamais été clairement établies. «Il est pour le moins paradoxal de poursuivre des citoyens pour l’absence d’un agrément alors même que l’autorité chargée de délivrer cet agrément n’a pas créé les conditions nécessaires à son obtention», déplore l’avocat.La défense rappelle également que sa cliente exerçait depuis 2020 et pratiquait uniquement des massages, sans prescrire de médicaments ni de plantes médicinales. Malgré ces contestations, l’Inspection générale de la santé affirme vouloir poursuivre son opération. Son responsable avait d’ailleurs annoncé, dans un entretien accordé à Al-watwan le 19 août, que les contrôles allaient également s’étendre aux pharmacies et aux cliniques médicales ne respectant pas les normes.

 

Abdou Moustoifa et Hamidou Ali