Concernant la liberté de la presse et d’expression dans le pays, le président de la République a tenu à préciser « qu’aux Comores, contrairement à ce que certains voudraient véhiculer, il n’y a pas de répression pour délit de presse ». Il a insisté que « personne n’est inquiété pour sa plume », rappelant tout de même que « toute liberté suppose une responsabilité ».

 

Le chef de l’État, Azali Assoumani, a présidé hier, mardi 5 mai, la cérémonie d’ouverture du colloque international consacré aux «nouveaux enjeux de l’éducation aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique». Il s’agit d’un événement organisé par le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (Cnpa) et qui a vu la participation d’organisations et d’experts, aussi bien nationaux qu’internationaux.


Dans son allocution, Azali Assoumani, a d’emblée, déclaré que sa présence à ce colloque se justifie davantage par conviction que par devoir protocolaire, car, dit-il, « la réussite de l’action politique, de l’entreprise économique ou de l’activité sociale dépend, dans une large mesure, de la maîtrise, sur le terrain, des enjeux de l’information et de la communication », raison pour laquelle il a indiqué avoir toujours été attentif au développement et à l’évolution des Tic dans le pays.

«Toute liberté suppose une responsabilité »

Le président a ensuite rassuré l’assistance en affirmant que lui et son gouvernement seront très attentifs aux recommandations et à la feuille de route issue de ces deux jours de travail. «Vos conclusions ne finiront pas dans un tiroir, mais elles guideront notre action », a-t-il martelé.

Concernant la liberté de la presse et d’expression dans le pays, le locataire de Beit-Salam a déclaré vouloir être clair sur ce point, en prenant à témoin l’Afrique et le monde. «Aux Comores, contrairement à ce que certains voudraient véhiculer, il n’y a pas de répression pour délit de presse», a-t-il souligné, ajoutant que « personne n’est inquiété pour sa plume », rappelant tout de même «que toute liberté suppose une responsabilité ».

«L’État et le peuple comoriens, qui garantissent cette liberté, sont donc en droit d’attendre en retour que les organes de régulation, ainsi que les médias publics et privés, fassent de l’autorégulation un rempart contre les méfaits du numérique : la désinformation, le discours de haine et les manipulations», a soutenu Azali Assoumani, selon qui, «la liberté d’informer ne devrait pas se transformer en liberté de détruire».


Saluant le travail accompli par le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (Cnpa) pour le renforcement des capacités des professionnels des médias en vue d’assainir l’environnement médiatique, le président de la République s’est dit convaincu que l’organe de régulation «ne doit être soumis ni au pouvoir politique, ni à la puissance de l’argent, ni à la dictature de l’audience». Il poursuivra en expliquant que la seule boussole de cet organe «doit être le droit, le professionnalisme, la déontologie et la rigueur».Le chef de l’État s’est également dit confiant quant à l’avenir, affirmant repartir de cet événement avec l’espoir que ce colloque aura un impact positif sur les régulateurs afin qu’ils puissent harmoniser les pratiques et parler d’une seule voix face aux plateformes.

«Une action forte, gage du dynamisme»

Pour sa part, la ministre de l’Information, Fatima Ahamada, a indiqué que la globalisation devait constituer une opportunité pour le développement du pays et non une contrainte. Elle impose de ce fait une responsabilité réelle : « celle de ne pas laisser nos citoyens, et particulièrement notre jeunesse, désarmés face à la submersion informationnelle actuelle ». Le chemin pour y parvenir, selon la ministre, passe par l’éducation aux médias, qui constitue, à ses yeux, un défi majeur pour la cohésion sociale du pays.« Un défi qui ne peut, en conséquence, être l’affaire exclusive des enseignants. Non, l’éducation au numérique est l’affaire de tous. C’est une responsabilité partagée qui demande une synergie inédite, d’abord avec les institutions de régulation (…), ensuite avec les professionnels des médias », a-t-elle précisé.

 La ministre a également rappelé que la régulation des plateformes numériques est nécessaire, tout comme l’éducation des citoyens. « On ne protégera pas notre jeunesse en coupant Internet. On la protégera en lui apprenant à lire une information, à vérifier une source, à résister à la colère facile et à la haine virale », a-t-elle soutenu.Même son de cloche pour le président du Cnpa, selon qui, une presse de qualité ne suffit pas si le public n’est pas en mesure de l’apprécier, de la distinguer et de la valoriser. «La liberté de la presse et l’éducation aux médias sont les deux piliers indissociables d’un espace public sain. C’est pourquoi nous avons fait de l’éducation aux médias et à l’information une priorité stratégique», a-t-il déclaré, invitant tout le monde à attendre de ce colloque des réponses concrètes.

Le président du Réseau des instances africaines de régulation de la communication (Riarc), Me René Bourgoin, a abondé dans le même sens. L’organisation de ce colloque à Moroni constitue, à l’en croire, «une action forte, gage du dynamisme» du réseau. C’est ainsi qu’il a, au passage, remercié le président de la République pour avoir permis la tenue de cet événement dans le pays. Les travaux techniques du colloque se poursuivent.