Manque de personnel, moyens financiers insuffisants, équipements vieillissants et faible couverture du signal : la radio Mwali traverse une crise qui fragilise sa mission d’information publique.
L’Office de radio et télévision de Mwali (Ortc), communément appelé radio Mwali, traverse une période particulièrement difficile. Ce média de l’île, chargé d’informer, de sensibiliser et d’éduquer la population sur les sujets d’intérêt public, fonctionne aujourd’hui avec des moyens très limités.Installée sur la route de Bonovo, à quelques mètres de la gendarmerie nationale, la radio occupe un bâtiment datant de l’époque coloniale. Selon un agent qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, l’antenne est progressivement délaissée au profit d’autres médias.À sa création, au début des années 2000, la radio comptait plus d’une vingtaine d’employés. Aujourd’hui, seuls six agents assureraient son fonctionnement. «Selon notre statut, ce média dispose d’un directeur général, d’un service financier et d’autres services techniques. Mais tous ces postes existent uniquement sur le papier, car notre équipe est très réduite», déplore l’agent. Selon lui, plusieurs employés ont quitté l’institution en raison de la dégradation des conditions de travail. «Le reste du personnel a abandonné la boîte à cause de nos conditions de travail, devenues compliquées ces dernières années», affirme-t-il.
Un budget de fonctionnement suspendu
La question du financement constitue également une source de préoccupation. D’après notre source, la radio bénéficiait, entre 2001 et 2016, d’une dotation annuelle accordée par l’exécutif de l’île. Cette enveloppe était complétée par une dotation en carburant destinée notamment aux déplacements des journalistes à travers l’île. «De 2001 à 2016, la radio Mwali était dotée d’un budget de fonctionnement annuel de cinq millions de francs comoriens par l’exécutif de l’île, sans compter la dotation en carburant. Cela nous permettait de sillonner l’île à la recherche d’informations. Mais actuellement, ce budget a été suspendu sans aucune explication», soutient-il.
Cette situation, selon lui, remonterait à 2022. La faiblesse des moyens affecte directement le travail des journalistes. «On n’a plus les moyens d’entretenir nos équipements. Se déplacer dans les régions éloignées à la rencontre des populations ou pour couvrir des événements est devenu impossible», explique l’agent. La couverture radiophonique aurait également considérablement diminué. Le signal serait aujourd’hui difficilement capté en dehors de Fomboni, alors qu’il couvrait autrefois une grande partie de l’archipel. «Il y a quelques années, notre émetteur arrosait jusqu’à Maoré et Ndzuani. La radio Mwali était même écoutée au sud de Ngazidja», rappelle-t-il.
Un bâtiment au cœur des tensions
Les conditions d’installation de la radio interroge également. Sous l’ancien gouverneur Mohamed Ali Saïd, l’Ortm avait construit un nouveau bâtiment destiné à accueillir la télévision de l’île. Celui-ci aurait ensuite été mis à la disposition de l’Office de radio et télévision des Comores (Ortc), qui ne disposait pas alors d’un siège permanent. Selon l’agent interrogé, l’installation de l’Ortc aurait été acceptée à condition que l’ancien local de la radio soit réhabilité. «On a accepté de loger nos confrères à côté de nous à condition qu’ils réhabilitent notre ancien local, mais jusqu’à présent rien n’a été fait. », regrette-t-il. Contacté par téléphone, le directeur général de l’information affirme ne pas avoir reçu de rapport détaillant la situation de l’antenne de Mwali. «Moi-même, je n’arrive pas à savoir qui dirige l’antenne de la radio Mwali. J’ai seulement le contact d’un employé qui y travaille», indique-t-il.Un ancien secrétaire général du ministère de l’Information affirme, pour sa part, avoir proposé, lorsqu’il était en fonction, un projet visant à donner un statut spécifique aux trois radios des îles : Radio Ndzuani, Radio Ngazidja et Radio Mwali. L’objectif était notamment de leur permettre de bénéficier d’une plus grande autonomie budgétaire.



